du service divin D
la torce de leur aage employée ou à la guerre, au service du Prince et du pays, ou en la paix, en exercices gene- 120 reux. De sorte que les ennemis en avoient une extrême terreur, les amis une grande confiance. La vieillesse conduisoit les familles, leur enseignant les loix d'honneur, dressant le mesnage, et embelissant la campagne de beaux jardinages et bastimens. Quant au tiers Estât, y a-il lieu 125 au monde où l'agriculture fust ny plus soigneusement, ny plus légalement exercée qu'elle estoit? De sorte qu'il sembloit que la terre se pleust à estre cultivée des innocentes mains de ces bonnes et simples gens-la, et donnast sa fécondité comme recompense de leur prud'hommie ijo et saincteté. Les arts et mestiers estoient si dextrement maniez par les villes, qu'il n'y avoit manufacture au monde dont la France n'eust la perfection. Et ainsi elle pou voit fournir non seulement à sa nécessité, mais au luxe des nations voisines, qui n'estoient accommodées que de ce 133 qu'elles empruntoient de nous. Leurs délices ne naissoient que de nostre abondance. De là arrivoit un grand et célèbre traffic, conduit par de loyaux, riches et signalez marchans de nostre France, qui traversoient les mers et, distribuant aux nations esloignées les biens dont nous 140 avions trop, nous remplissoient en contr'eschangede l'or, de l'argent, des pierreries du Levant et de l'Occident, lesquels ne vivoient quasi que des biens de nostre terre, tenoient leur aisance, voire leur vie en hommage de nostre fertilité, et payoient pour tribut à nostre beneficence ces 14s beaux, rares, mais inutiles ouvrages de la nature.
Or toutes ces sortes d'hommes-là, d'ainsi différentes vaccations, estoient unis et contenus ensemble par le
139. distribuans D — 142. et ne vivoientD — 143. tenoient leurs commoditez, voire D . "*■
moyen du Prince souverain, lequel, comme le chef tenant en reserve les sens et les esprits, distribuoit aux membres
150 la force et le mouvement selon leur dignité et capacité, et entretenoit entr'eux une juste et exacte proportion qui les empeschoit de rien entreprendre l'un sur l'autre, et corrompre ce qui estoit de leur essence. Car la sagesse de noz ancestres avoit reiglé la Majesté Ro5^ale de si
155 sainctes loix et traditions, que jamais la puissance ne marchoit sans la justice. Et les Roys, ayans l'auctorité de bien faire à tout le monde, ne s'estoyent pas réservé le pouvoir de nuire au moindre de leurs subjects, voiremesmes qu'ayans seuls la dispensation des grâces et des
160 bien-faicts, ils n'avoyentpas celle des peines. Tout ce qui leur pouvoit acquérir la bienveillance de leurs subjects dependoit d'eux seuls ; tout ce qui leur en pouvoit acquérir la haine ou l'envie estoit exercé par autres, commis à l'exercice de la justice.
165 Cette justice-la avoit sa première et plus auguste séance es Parlemens, tant révérée et admirée que non seulement les habitans du Royaume y commettoyent leurs biens et leurs fortunes, mais aussi les Princes estrangers s'y rapportoyent de leurs differens, et s'y soub-
170 mettoyent volontairement. Au dessoubs de ces grandes compagnies, il y en avoit de moindres par les Bailliages et Seneschaussées, et au dessoubs de celles-là estoyent les Juges des Seigneurs que le Prince avoit anciennement honoré du droict de jurisdiction : tellement qu'il n'y avoit
175 endroit où la justice ne tint la balance en la main, pour faire aller le droict où la raison vouloit, et conserver à un chacun ce qui luy appartenoit. Bref il n'y avoit point au monde une si triomphante Province, plus aymée et admirée de ses voisins, plus heureuse pour ses habitans.