‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 39 sur 103 · justice avoit D · texte numérisé non relu

justice avoit D

180 Le sort en est bien changé maintenant ! Et qui à tous ces heurs-la opposera tous leurs contraires aura descrit une partie de noz calamitez, une partie, dy-je. Car, outre ce que nous avons perdu tous les biens que nous avions, nous avons receu tant de nouvelles afflictions, qu'à peine

i8s les eussions-nous peu craindre, ny ceux qui viendront après les comprendre. Geste belle et féconde campagne est maintenant toute en friche, en savart. Tant de Chasteaux et de belles maisons sont en ruine ; les couvertures en touchent maintenant le sol, il n'y reste que les

190 marques du feu en la plus-part, ou quelque pignon penchant. Les vignes et les vergers sont du tout arrachez, bref la campagne pleure par tout. Les hommes qui l'habitoient sont la plus-part péris. Mais las de quels accidens ! la peste et la famine ont esté des plus doux, car la

195 rage des voleurs et des brigan» en ont fait mourir la pluspart entre les tourmens. Il n'y a sorte de dignité qui ait esté exempte d'injure et de contumelie, si furieusement noz péchez nousarmentà nostre ruine ! LesEvesques, les Abbez, les Prélats et autres gens d'Eglise ont esté de part et

200 d'autre chassez, expulsez, rançonnez, leur revenu entièrement ruiné et occupé. De sorte que les Monastères dont les bastimens restent encor entiers sont du tout abandonnez. Les sanctimoniales ayans perdu la pudeur de leur voile, vaguent par tout meslées parmy les laiz en

205 très-grand scandale. Le service divin commence mesmes à faillir dans les villes pour la pauvreté de l'Eglise, qui n'a plus moyen de s'entretenir, ny d'estre secourue par les autres. La Noblesse s'est tantost toute consumée à tant de batailles, rencontres, assaults, et ce peu qui

2x0 reste est chassé de ses maisons, se nourrit au brigandage,

182. dis-je seulement. D — 1&^. en savart om. D — 200. expulsezo»». D.

perd l'honneur et la crainte de Dieu. Le trafic et la manufacture cesse entièrement par les villes. Les arts mesmes dépérissent du-tout, la misère faisant périr les ouvriers ou les reléguant aux Provinces voisines. Et pour comble

215 de tous ces maux, la justice n'a plus de puissance : car la vaine image qui en reste, n'estant point animée de l'authorité du Souverain, ne sert que de bute à l'outrage et violence, laquelle faict droit de tout ce qu'elle veut. De sorte que la foy et publique et particulière est violée,

220 l'impunité règne par-tout. Ce seroit horreur de raconter combien de voleries, de violemens, d'incestes, de sacrilèges se commettent tous les jours. Bref la pauvre France est tellement désolée et défigurée, qu'elle commence à faire pitié à ses plus grands ennemis.

225 Voila une partie de son mal : car de penser le tout dire, ce seroit chose infinie. L'ordre voudroit que nous touchassions maintenant les causes qui l'ont réduit en cet estât : mais, outre ce qu'elles sont assez évidentes, nous avons affaire à un malade fascheux et difficile à traitter :

230 luy reprocher son intempérance luy feroit hayr le médecin et le remède. Destournons donc de cet escueil le cours de nostre parolle et la convertissons à une gracieuse et fervente prière, que nous adresserons à tous ceux qui ont le nom et cœur François, et les conjurerons

235 au nom du Dieu vivant, par les cendres de leurs Ancestres, par le salut d'eux-mesmes et de leur postérité, qu'ils ayent quelque compassion de ce grand et florissant Empire, qu'ils secourent sa calamité et aydent son infortune. Ce qui est fait est faict, abolissons la mémoire de

240 ce que nous ne pouvons plus amander. L'oubliance est le souverain remède des maux passez. Ne nous accusons

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