penser tout dire D — 227. réduite C D
point l'un l'autre ; nous avons tous failly. Ne nous amusons point à cercher des peines contre les autheurs de noz maux : qui en est innocent? mais proposons des
245 loyers à ceux qui en trouveront les remèdes. Car qui qu'ils soient, nous leur serons bien tenus. Quittons donc tous, je vous adjure et conjure, noz desseins, noz espérances, noz craintes, noz colères et noz vengeances, et n'apportons à cette consultation qu'une pure et saincte
250 affection à l'honneur de Dieu et conservation de nostre pauvre pays. O Dieu immortel ! qui voyez le profond de noz cœurs et gouvernez comme il vous plaist noz pensées, prenez, je vous supplie très ardemment, la conduicte de noz volontez et, les délivrant du violent mou-
25s vement que leur ont donné noz passions, r'amenez-les par vostre grâce au chemin qui les peut conduire à vostre honneur et à nostre salut. Ouvrez-nous, Seigneur, les yeux de l'esprit, pour discerner d'un sain et paisible jugement ce qu'il nous faut faire pour nous tirer de cette
260 lamentable captivité.
En cela convenons-nous tous qu'il nous faut un seul Roy catholique, soubs l'obeïssance duquel nous puissions réunir tous les membres de cet Estât, la division et dissipation desquels cause cette espouventable ruine. Loué
265 soit Dieu, qui nous met à tous ce dessein en l'esprit. Je commence à espérer quelque bonne union, puisque des esprits, auparavant si divisez, se réunissent au moins en ce poinct. Quand nous venons au particulier à demander qui sera ce Roy, c'est où nous sommes empeschez. Je
270 ne m'estonne pas si nous sommes si differens ; les esprits des hommes sont naiz avec celte variété, plus divers en leurs jugemens qu'ils ne sont en leurs visages. Je croy
24)-6. quels qu'ils soient D — 247. jevous en conjure D — 266-7. les esprits D. ^
que chacun a bonne intention, et se propose les moyens d'y parvenir selon sa capacité ; mais il n'y a qu'une
275 droicte ligne, qu'un droit chemin, qu'une vérité, difficile toutesfois à trouver, principalement es affaires du gouvernement des grands Estats, qui est meslé de tant de circonstances, lesquelles il faut si diligemment observer, que ce n'est pas merveilles si bien-souvent les plus
280 advisez se mesprennent. Considérons donc ensemble avec un esprit de douceur et de charité de tous ceux qu'on nous propose qui peut estre celuy soubs lequel nous puissions voir en ce Royaume l'honneur et le service de Dieu conservé, l'Estat et le repos du peuple restauré.
285 Car je croy que voila les poincts où nous devons tendre, et que où nous les trouverons, nous aurons ce que nous cerchons ; où nous ne les trouverons point, nous n'aurons rien que nous devions accepter.
Le premier que Ion met sur le tapis, c'est le Roy d'Es-
290 pagne, comme le plus grand Prince, qui a plus de forces et de moyens pour ruiner le party contraire, conquérir cet Estât et le conserver. Si on nous eust proposé cela autrefois, lors que nous avions quelque amour de nostre patrie et l'affection que nous devons au nom François,
295 le cœur nous eust aussi tost bondy. Et, comme la nature sans autre advertissement abhorre ce qui luy est contraire et mortel, nous eussions, sans en vouloir davantage discourir, à ce seul mot d'Espagnol, rejette une telle proposition et vomy dessus nostre colère. Mais, puisque
300 nous-nous sommes si bien desnaturez que la charité de nostre patrie, ny à peine celle de noz enfans, n'a plus de part en noz délibérations, et que, quant à cet honneur dont nos majeurs estoient si jaloux, c'est quasi crime
279. merveille C D — 295. aussi-tost sous-levé. D — 300. sifort desnaturez D.
que de l'alléguer, que nous réduisons tout à ce que nous
505 disons estre meilleur pour nostre conservation et celle de nostre religion, examinons cette proposition par cette reigle-la mesme.
Je ne me puis imaginer ny que le Roy d'Espagne \Tieille accepter ce tiltre, ny qu'il puisse conquérir ce
510 Royaume, ny moins qu'il nous soit utile. Comment le voudroit-il, luy qui est sage Prince et bien conseillé ? Car, laissant le blasme qu'il encourroit en toutes nations de la terre d'avoir donné ayde à la subversion de cet Estât, pour en recueillir les ruines, contre ce qu'il a tous-
315 jours protesté, ne juge-il pas qu'en l'aage où il est, entreprendre une guerre de telle conséquence que cellecy, pour la laisser par héritage à ses enfans, seroit chose indigne de sa prudence ? Les Espagnes sont-elles pas ja assez espuisées d'hommes et. d'argent par les guerres de
)2o Flandres et les nostres passées, sans qu'il vueille, par nouvelles subventions, contributions et levées, donner nouveaux subjects de mescontentement à ses pays ? Avons-nous opinion qu'il ne prevoye pas l'altération que peut apporter sa mort en ses Estats ? Un jeune homme
325 peut mourir bien tost, mais un vieil Prince ne peut pas vivre long temps. Pensez-vous qu'il ne considère pas l'aage auquel il laissera son fais, sa naturelle indisposition, le courage et générosité de sa seur, les grands et advantageux desseins de son gendre, les divers droicts et
550 diverses affections qui naissent de divers licts et de diverses conventions ? Combien estimez-vous qu'il peze tous les jours l'incommodité qui est en ses Estats, dispersez par tous les coings du monde, joint les particuliers soupçons et jalousies qu'il en a ? Il y a grand nombre de Mores
35? couverts en Espagne, il n'y manque pas d'heretiques