‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 41 sur 103 · pas assez D · texte numérisé non relu

pas assez D

cachez en grande quantité. L'Espagne est pleine de mescontentement, de ce qu'il n'y a que quelques Castillans qui gouvernent. Les grands, tous retirez en leurs maisons, n'ont nul accès au Roy, ny part au gouvernement.

340 Ils ont autrefois osé remuer contre ce sage et heureux Empereur Charles quint, que feront-ils contre un enfant ? Le Portugal est une nouvelle conqueste, où il n'est ny sera jamais maistre que des corps ; les volontez luy seront tousjours contraires. Dom Antonio vit encor aujour-

345 d'huy ; la Flandres est à demy perdue ; les Estats et la Royne d'Angleterre y sont aussi forts que luy. Il n'y a que la prudence et vaillance du Duc de Parme qui luy maintienne ce qui reste : mais quoy ? il est valétudinaire, il pourra mourir, et, quand il vivra. Ion ne luy a point

350 encor fait raison de ses droicts de Portugal. Il n'a point esté recompensé de vingt années de si grand, si important et si heureux service qu'il a fait. Il a le cœur des peuples en sa main. Il a les capitaines et gouverneurs à sa dévotion. Il est à la vérité infiniment vertueux et fidèle,

35) mais, en termes d'Estat, comment se peut-on asseurer d'un homme, lors qu'il a moyen de s'agrandir impunément ? Et combien moins de celui qui a le prétexte et la puissance conjoincte ? Les Estats d'Italie ne sont pas mieux ; les hommes sont fort mal affectionnez à l'Es-

360 pagne, les garnisons mal payées leur sont fort à charge. Il y a des Princes voisins qui ont de grandes reserves de deniers, et ne manquent pas d'ambition ; joint que le Turc est tousjours pendu en l'air, prest à venir fondre dessus. Les Indes Orientales et Occidentales sont si

565 esloignées, qu'au moindre bruit que les gouverneurs auront que l'Estat branle, ils s'en empareront. Jamais

341. Charles cinquième D ; que ne feront-ils CD — 342-3. ny ne sera CD — 343 . le maistre D.

telles gens n'eurent moyen de devenir maistres qu'ils ne s'en soient ser\'is. Quoy doncques ? faictes-vous si mauvais jugement du Prince que vous voulez eslire pour

570 vous gouverner d'estimer qu'entre telles frayeurs, ausquelles toute la prudence du monde aura prou de peine à pour\'oir, il se veuille venir charger d'un tel faix que cettuy-cy ? Ce seroit un homme qui, tout malade et indisposé, et menacé de la mort, iroit faire des excès qu'à

37) peine pourroit supporter un corps plein d'une grande et asseurée santé.

Mais posons que noz importunitez le gaignent, que la splendeur de cette couronne luy esblouïsse la veuë, et que l'ambition de ses Ministres le précipite à le vouloir

380 consentir. Voyons un peu le profit que nous en pourrons tirer, et comme nous parviendrons à conserv'er l'honneur de Dieu et l'Estat 4e la France. Premièrement,, quand nous serions bien asseurez qu'après l'élection de sa personne toutes les Provinces de ce Royaume se soub-

585 mettroient à luy de leur consentement, si ne pouvonsnous pas nier que par cette élection nous n'eussions ruiné l'Estat. Car je croy que, qui nous eust demandé il y a 20 ans ce qu'on pourroit appeler la ruine de l'Estat de France, nous eussions respondu que c'eust esté d'estre

590 soubmis à l'Estranger. La passion qui nous aveugle fait que nous ne pouvons imaginer quelles désolations aportent les changemens d'Estat, combien il faut qu'un seigneur estranger altère les loix, combien il faut qu'il ruine de familles avant que se pouvoir asseurer. Mais, je

395 croy, nous recognoissons assez que jamais nous ne nous trouverons tous d'un accord en ce fait, et que non seulement ceux du party contraire, mais la plus-part mesmes

371. aura peine D — 577. gagnent D — 395. comme il faut D — 395. reconnoissons D.

du nostre y résisteront de tout leur pouvoir, et mourront de dix mille morts avant que souiller leur mémoire

400 d'une si honteuse et flagitieuse prodition.

Quand une faction populaire , par la multitude des voix et par les pratiques qui se pourroient faire, se laisseroit porter là, combien y auroit-il de choses qui l'empescheroient ? Monsieur le Duc du Mayne, sage de nature

405 et de tant d'expérience, estant ce qu'il est, si fort d'amis et d'intelligence en ce Royaume, en laissera-il emparer un grand Prince estranger, si puissant ? Ne voit-il pas à l'œil que ce seroit sa ruine certaine et de toute sa maison ? Je vous demande, si le Roy d'Espagne estoit appelle

410 à ce tiltre, congnoissant l'humeur changeant des François, voyant qu'ils se sont depuis trente ans si souvent souslevez contre leur Prince naturel, remarquant la différente nature de ce peuple d'avec celle de l'Espagnol, n'auroit-il pas un subject de s'en vouloir asseurer et mettre à port

415 tant et tant d'or et d'argent qu'il a despendu à cette conqueste ? Les Espagnols sont plus deffians que tous les peuples du monde ; ils ne s'asseurent que de ce qu'ils tiennent, voire avec les deux mains. Quel moyen auroient-ils doncques d'asseurer cet Estât, sinon par la

420 ruine de Monsieur du Mayne premièrement, et puis des grands de sa maison ? Car, laissant Monsieur du Mayne, il pourroit tous] ours faire party contre luy : mille occasions, mille mescontentemens se peuvent présenter qui en donneroyent subject, tant que luy et les siens tien-

42s droyent les gouvernemens. La Royauté ne seroit qu'imaginaire au Roy d'Espagne, il la voudra rendre véritable. Lon me dira : Il ne sera pas aisé. Si sera. Le nom et titre de Roy, à un grand Prince comme le Roy d'Es-

404. duc de Mayenne D {et partout de même) — 410. cognoissant C, connoissant D — 415- a- despensé D.

pagne, est de grand effect. Les prétextes sont bien aisez à

430 trouver à celuy qui a la force. Il pourra facilement, soubs couleur de liberté et de privilèges, establir des factions populaires par les villes, donnant les offices, les bénéfices et les confiscations dont les guerres civiles sont si fertiles. Il aura aussi moyen de gaigner ceux qui auront crédit

45) aux villes. Monsieur du Mayne a desja esprouvé comme par ces factions-là il a esté dénigré et réduit en tel poinct que, si ceux mesmes qu'on estimoit les moins affectionnez à son party ne l'eussent relevé, il estoit tombé. On fera le semblable des autres Princes et grands Sei-

440 gneurs de ce Royaume. Premièrement on les divisera entr'eux, donnans des moyens aux moindres et plus mal advisez, et leur promettant les charges des autres plus grands et plus suffisans, et avec des faux bruits et calomnies on halera les peuples après eux. Et après qu'on les

445 aura rendus odieux aux peuples et desarmez de l'auctorité, on les fera retirer à leurs maisons, si ce sont gens dont on ne puisse rien craindre ; sinon. Ion leur dressera des parties, on les envoyera mal accompagnez au combat. On meslera parmy eux des gens qui les estren-

450 neront de quelque harquebusade ; et s'il n'y a autre moyen, on les mettra à l'inquisition et les envoyera-on prisonniers en Espagne. Quand, par le moyen des peuples et de ceux qui les manient, on aura ruiné les grands, on n'aura pas beaucoup de peine de venir à bout des peuples.

45) Bref c'est une maxime tenue de tout temps, et qui sera tousjours pratiquée par un Prince estranger qui occupe un pays, d'y ruiner tout ce qui est de grand et d'eminent et qui peut faire party contre luy.

Outre cet interest gênerai, qui rendra le Roy d'Espagne

434. gagner D — 436. a esté mesprisé D — 441. donnant CD — 446. en leurs maisons CD.-

460 contraire à monsieur du Mayne, le particulier du duché de Bourgongne y servira beaucoup. Monsieur du Mayne y est fort estably, et vray-semblablement il le doit conserver pour sa seureté particulière et de tous ceux de son party. Le Roy d'Espagne prétend que c'est son patri-

465 moine ; comment supportera-il que Ion l'en prive ? Ayant le droit et la force, l'endurera-il ? Deux voisins sont ennemis pour une perche de terre; voudriez-vous que deux grands Princes fussent amis, ayans telle maille à partir ? Ouy, mais on en traittera auparavant, et luy fera-on ac-

470 corder que le Duché de Bourgongne demeure à monsieur du Mayne. Souvenez-vous que les officiers du Roy d'Espagne, ayans gaigné tous les grands de Portugal par semblables promesses, lors qu'il fut estably au pays, représentèrent leurs promesses et en demandèrent l'exécution :

47S on les renvoya au conseil Da mèxa di conscienia, où Ion leur respondit que, si le Royaume appartenoit à Dom Antonio, ils estoient des trahistres de l'avoir abandonné; s'il appartenoit à sa Majesté Catholique, ils estoyent des meschans de luy avoir vendu ; et pource, qu'en toutes

480 façons ils meritoyent la mort ; toutesfois que sa Majesté de grand grâce leur remettoit la peine, et leur permettoit de se retirer en leurs maisons. Monsieur du Mayne n'ignore pas qu'un peu devant la Toussaincts 1590 Dom Bernardin de Mendoze dist en bonne compagnie en ceste

485 ville que son maistre feroit grans Messieurs du Mayne et d'Aumalle; qu'il feroit l'un Gouverneur de Milan et l'autre Viceroy de Naples : voila comme il désire les agrandir. A peine est-il entré par espérance en France, qu'il les en veut chasser par dessein. Les mesmes consi-

490 derations tombent en l'esprit de Monsieur de Mercueur,

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