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s' om. D

8o EXHORTATION A LA PAIX

qu'il les ait reconquis, qu'ils luy font aujourd'huy la guerre, prennent des villes d'assault à la barbe de son armée. Sera-il plus puissant qu'il n'a esté depuis cinq ans,

52) qu'il a employé ses forces en ceste cause ? S'il s'estfeintà nous ayder, c'est un mauvais amy : s'il a faict tout ce qui luy a esté possible, c'est un foible protecteur. Car depuis ce temps-la nous avons avec ses forces perdu les batailles que nous avons données, et noz ennemis sont grande-

550 ment accreuz. Il se forcera, dira-on, quand nous serons à luy. Au contraire, dis-je, il n'aura plus que faire d'y faire dépense, car il aura ce qu'il désire. Un jeune mignon, qui poursuit une belle et riche maistresse, faict de la despence pour l'espouser ; après les nopces il faict le maistre,

535 songe à acquiter ses debtes et vendre le bien de sa femme ; mais au bout il ne fera pas plus qu'il ne peut.

Considérons par le menu que c'est que de ses forces, et ne nous trompons point en choses si importantes. Si vous

540 regardez ses finances, qui sont les nerfs de la guerre, il est tout espuisé. Dés le temps de Charles quint, la despense ordinaire de ses Estats, sans celle des guerres, excedoit la recepte de deux millions d'or. Il a depuis tousjours eu de grandes guerres sur les bras en Flandres, en

545 Levant, en Portugal, en Aphrique, aux Isles et contre l'Angleterre. Il y a despendu cent millions d'or, dont il doibt encores la plus-part aujourd'huy, tant à ses subjects qu'aux Genevois, Lucquois, Florentins etAUemans. Vous sçavez la défection qui advint l'année passée des mutinez

5)0 en Flandres, faute de payement de vingt-deux mois de solde, sur lesquels ils n'avoyent receu que unze reailes.

525-4. à la veùe de son armée D — 531. plus besoin d'y faire D — 539. chose si importante CD — 541. Charles le Qjuint D — 546. despensé D — 549. la révolte qui D — 551. qu'unze C D.

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Il y a plus de deux ans que les garnisons de Naples et dt Milan n'ont esté payées : vous voyez à voz yeux que celles de Paris, dont il doibt estre plus soigneux pour

5)5 s'entretenir en crédit parmy nous, sont longuement sans recevoir un sould, et, si elles n'estoyent remplies de Gentils-hommes de moyens qui s'entretiennent du leur, elles seroyent contrainctes ou de se rompre, ou faire quelque desordre. S'il leur vient en trois mois quinze ou vingt mil

s6o escus, il faut plus de mistere à les recevoir ; vous diriez que ce sont des montagnes d'or que l'on apporte. Ils font de belles promesses : en promettant, leurs comptes sont par doubles ducats, en payant, par maravedis. Bref proposons-nous une chose, que le siège de la Rochelle cousta

565 deux millions d'or, sans la despence des Seigneurs et gentils-hommes qui y vivoyent sur leur bourse, et prions un peu le Roy d'Espagne de s'upputer à combien luy reviendra à ce pris-Ià la conqueste de ce Royaume. Est-il mieux garny d'hommes que d'argent ? Les Espagnes sont

570 de soy fort désertes, ces guerres les luy ont encor dépeuplées. Le Portugal conquis de nouveau le tient subject d'y avoir des hommes. Il n'y a pays ny contrée où il ne luy faille des garnisons pour les garder. Naples, Sicile, Milan, Majorque, Minorque, Sardaigne, les villes de Barbarie,

S7') les Essores, les costes d'Aphrique, l'Inde Orientale et Occidentale ne luy sont asseurez que par les Espagnols qui les tiennent. Si l'on dict : il en tirera de Flandres ; ce qu'il y tient est peu de chose, et tantost tout désert ; il y a la guerre et forte. Si Ion dict : d'Italie ; elle a des hommes,

s8o mais qui ne veulent qu'une vie douce. Aussi voyez-vous combien peu il en tire d'Allemagne ; la voila fermée pour la crainte du Turc, Les gens les plus belliqueuses qui y

556. sold D — 573. falle D — 582. Les nations les plus D. Actions et Traictti Oratoires. 6

soyent sont les Protestantes. Ce sont forces qui reviennent à une infinie despence, car il ne faut pas que la paye

585 manque, ou vous n'avez point devallets.

De penser donc que le tiltre de Roy de France donné au Roy d'Espagne nous rende plus forts, c'est nous abuser. Voyons s'il rendra le party contraire plus foible. Tant s'en faut, il le rendra en toutes façons infiniment plus fort,

590 leur ouvrira le chemin à s'emparer par force de l'Estat, et renverser la religion, non seulement en France, mais en toute l'Europe. Premièrement le titre de la guerre sera changé, et, au lieu que c'estoit guerre de religion, elle sera guerre d'Estat et guerre estrangere.

)95 Ceux du party du Roy de Navarre qui branloient seront confirmez et r'alliez avec luy pour l'interest commun de leur conservation, et par la haine de nostre party, qui favorisera l'invasion de l'estranger. Secondement, il ne faut pas doubter que toute la noblesse, et beaucoup de

600 villes de ce party ne se rangent avec luy. Car, si jusques aujourd'huy la seule nécessité et incommodité de la guerre y en a faict ranger beaucoup, comme avec ceux qui sembloyent désirer plus que nous la fin de la guerre, que fera ce nouveau prétexte ? Et quant aux villes qui demeu-

605 reront, quand elles auront un peu esprouvé la domination Espagnolle, senti l'insolence des garnisons et supporté les charges de la guerre, vous les verrez se deffier l'une après l'autre, et sur ces deffiances-la, mile cruautez s'exercer, qui augmenteront au peuple la haine de l'es-

610 tranger et le désir de retourner aux François. Quand les volontez se seront esmeuës, quelle force faudra-il pour garder tant de villes en tous les coings de la France, voisines des forces du Roy de Navarre, et qui n'ont qu'à luy tendre la main ?

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