‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 44 sur 103 · par haine D — 607. se défiler B · texte numérisé non relu

par haine D — 607. se défiler B

61; Voila pour le dedans. Pour le dehors, faudra-il pas que la Royne d'Angleterre use lors de toute sa force, voyant le mal l'approcher de si près et les baricades qui la couvroyent, faucées ? Il luy suffisoit auparavant d'entretenir le feu en France pour tenir son pays à couvert; raainte-

620 nant la France se sauvera ou perdra à ses périls et fortunes. Le jour que la France sera conquise par l'Espagnol sera la veille de la ruine du Royaume d'Angleterre. L'effort de l'Espagne estant diverty en France, les pays bas n'auront-ils pas subject de se resveiller et tenter de se croistre

62-, et r'enforcer au pays, ou plustost joindre leurs forces avec celles des reliques de France pour les hazarder ensemble, de peur que, se laissant combattre à part, leur ruine ne fust plus aisée ? Tous les Protestans d'Allemagne ne penseront-ils pas à leurs affaires? et ne jugeront-ils pas qu'il

630 y va du leur, non seulement pour la Religion, mais pour l'Estat ? Car estans tous petits Princes divisez, ne voyentils pas bien que, si cette Aigle croist comme elle prétend, elle dévorera leurs poussins? Les Suisses, qui voyent comme desja entr'eux ils sont divisez, et que le raesme

635 subject de religion, qui a introduit en France la guerre estrangere, l'a finie par l'usurpation de l'Estat, ne songeront-ils pas à leurs affaires ? Les potentats d'Italie, qui ont tousjours redouté la puissance d'Espagne, et qui n'ont jamais estimé leurs Estats asseurez que par le contrepoids

640 que les forces de France faisoyent à celles d'Espagne, voyant leur support se perdre et la grandeur qu'ils redoutoient s'accroistre, ne pour\-oiront-ils point à leur seureté ? et n'empescheront-ils point ce progrés, qui traine après soy leur ruine ? Ils sont gens de bien et bons Catho-

616. ReyneD — 624. se resveillir... s'accroistre D — 636. l'aura B^- — 641. voyans D — 643 . pas ce progrés D.

645 liques, je le croy, qui toutefois pour considération quelconque ne feront jamais rien qui prejudicie à leur Estât, et n'oublieront aucun moyen nécessaire pour le conserver. Le Pape mesmes le consentiroit-il ? Pensez-vous qu'il voulust réversion du Royaume qui l'a eslevé à la

650 grandeur temporelle où il est, et luy a tousjours servy de rempart contre les oppressions des autres puissances séculières ? Sa puissance ne s'est maintenue que par le contrepoids de ces deux grands Royaumes, la réunion desquels le rendroit esclave de celuy qui les possederoit.

655 A l'investiture des Royaumes de Naples et Sicile, il a tousjours apposé cette clause, que ceux qui les tiendront ne pourront accepter l'Empire ; c'est bien pis, s'ils peuvent conquérir la France. Ils ne seront plus subjects lors, mais Seigneurs des Papes. Mais le Turc mesme,

660 qui commence desja à se resveiller, ne pensera-il pas qu'il y va du sien, quand il verra qu'on voudra par la conqueste de la France joindre et assembler les Estats d'Espagne dispersez par les quatre coings du monde, et par ce moyen establir un Empire qui non seulement luy

66) feroit teste, mais pourroit renverser le sien en un an ? Doutez-vous que les Princes d'Italie mesmes et les Potentats d'Allemagne ne le sollicitent de s'armer contre l'Espagne, et ne luy donnent et des moyens et des passages pour l'attaquer, estimans se plus aisément garantir des

670 forces du Turc et arrester quand ils voudront ses progrez qu'ils ne feront ceux du Roy d'Espagne, s'il avoit estably un si grand Empire comme il projette en l'Europe ? Le mesme puis-je dire du Roy de Fez, qui sent il y a assez long temps combien luy est redoutable l'ac-

675 croissement et l'union des Estats d'Espagne, et qui offre

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