en un an om. D — 669. estimans se pouvoir plus D
se joindre à la France pour s'y opposer. Si le Roy de Navarre, seul jusques aujourd'huy, a non seulement résisté, mais s'est accreu et renforcé, que fera-il, quand le tiltre d'une guerre estrangere aura conjoint avec luy tant
680 de peuples et de nations mteressées ?
Dieu ne permettra point qu'un si funeste conseil entre en l'esprit d'hommes qui ont le cœur François, et qui aiment leur pays, leurs enfans et leur propre salut. Mais si cela arrivoit, et qu'une parricide fureur nous empor-
685 tast à cette resolution, je vous diray ce qui nous en adviendroit, et m'asseure que vous mesmes vous le jugerez ainsi. Voila le Roy d'Espagne, ou l'Infante (car c'est une mesme chose) déclarez Roy de France : de penser que le Roy d'Espagne vous puisse mettre une grande et puis-
690 santé armée pour gagner autant de batailles que Ion luy en présentera, forcer autant de villes comme il en rencontrera, les enfans mesmes ne le croyent plus. Mais, quand il en auroit le moyen, vous congnoissez assez les conseils Espagnols, c'est de ne vouloir rien hazarder. Depuis
695 vingt ans qu'ils font la guerre, ou en Flandres, ou en France, ils n'ont voulu donner une seule bataille, et sagement ; car ils congnoissent bien qu'ayans leurs peuples mal animez et leurs Provinces fort séparées, la perte d'une bataille leur enleveroit tout ce qui seroit voisin du vain-
700 cueur. Davantage n'ayans point d'hommes chez eux, ils ne pourroyent qu'avec extrême despence, difficulté et longueur de temps remettre une autre armée debout. Que luy reste-il donc à faire ? S'asseurer des villes avec de bonnes et fortes garnisons, et à cela employer toutes ses
705 forces et tous ses artifices. Quand l'auctorité du Roy ne seroit suffisante pour l'introduire, il y a mille moyens, ou
695 . cognoissez C, connoiss«z D — 697. cognoisscnt C, connoissent D — 705 . authorité de Roy C t5.
gagnant les Gouverneurs, Maires et Eschevins, (car nostre guerre a rendu tout vénal et mis à prix la foy des hommes) ou entretenant dedans les villes des factions, et y semant
710 pour cet effect ce qu'ils appellent des sainctes Zizanies, c'est à dire des semences de séditions et partialitez. Par ce moyen un des partis, se trouvant le plus foible, preste la main aux forces de dehors pour dompter ses ennemis, et ainsi, faisant manger les peuples les uns aux autres, les
715 villes s'espuiseront de leurs naturels habitans et principalement des gens d'honneur, et n'y demeurera que la lie du peuple qui, n'ayant point de liaison, sera aisée à gouverner. Les maisons, les héritages, les biens desbannis.et proscripts seront usurpez par gens de guerre et estran-
720 gers, et se trouvera en fin qu'il n'y aura plus es villes rien de leur ancien estre, que les toits et les murailles à demy ruinées. Tenans les villes de cette façon, et ayans abandonné la campagne, on les laissera assiéger, battre et affamer l'une après l'autre. Si les villes sont assiégées,
72> on laissera mourir le peuple, et ne composera-on que lors que le Soldat n'aura plus de pain. Si elles sont battues, on les laissera prendre d'assault, piller et saccager, les garnisons se retireront aux Citadelles ou retranchemens et sortiront par composition ; et ainsi se servira-il
750 de noz villes, comme es fables faisoit Aenée, descendant aux Enfers, des tartes et gasteaux qu'il jettoit l'une après l'autre à la gueulle de Cerberus, pendant qu'il passoit chemin. Car on se servira de la ruine de noz villes pour retarder celle de l'Estat d'Espagne, et pensera l'Espagnol
755 avoir assez gagné de ruiner ses voisins, couvrir ses frontières des forces qu'il redoutoit, et faire croistre son fils
707. gaignant C — 711. et particularitez C — 714. ainsi faisant (faisant, C) manger les peuples les uns ai4X autres ; B C ; et ainsi mangeans les peuples les uns les autres, D — 731. jettoit l'un CD — 735'ga'gné C.
avant que le danger puisse entrer chez luy. Les peuples, avec le temps, qui se verront foulez de garnisons, privez de tout commerce et de tout labourage, n'auront plus
740 autre occupation que d'aller porter la hotte aux tranchées, et verront avec mille indignitez leurs femmes, leurs filles et leurs enfans ser\-ir aux délices les plus abominables des Estrangers ; pleureront, mais trop tard, leur folie, et voudront secouer le joug qui commencera à leur pezer.
745 Ils jetteront l'œil sur les Princes qui avoient accoustumé de leur commander, mais ils les trouveront tous ruinez, car les moyens en sont ja projectez et bien aisez à effectuer. Ce desordre et ceste confusion se mettant ainsi parmy nous, qu'arrivera-il autre chose, sinon que le party
750 contraire ira croissant petit à petit ? Et la religion nouvelle s'establira plus aisément par nostre ruine. Car outre que la barbarie, que la guerre ameine avec soy, rend les hommes peu soigneux de la religion, et que ce grand ravage rend le ser%ice de Dieu tout délaissé et abandonné,
75 s les gens d'Eglise seront tellement haiz, pour avoir esté principaux Autheurs de cette ruine, que la haine de leurs personnes rendra odieux le ministère etapplanira le chemin à l'heresie. Je conclus donques, et il est vray, que d'eslire le Roy d'Espagne ou sa fille Roy ou Royne, c'est
760 ruiner Testât de la France et la religion. Venons maintenant aux autres.
Comme le Roy d'Espagne s'est acquis un grand crédit entre nous, il est certain que, quand il ne pourra arriver à ce tiltre, celuy qu'il y désirera le plus sera le Duc de
76) Savoye. Lon dira que sa mère estoit fille de France, que sa femme est l'une des filles de la fille aisnée de la maison de Valois ; qu'il est Prince souverain, fort voisin de
747. desja projectez D — 750. et que la Religion D — 755. haiz C, haïs D — 757. odieii B. ^
ce Royaume, de mesme langue, allié à la maison d'Espagne, et qui pourra joindre les pais bas à cette couronne.
770 Mais comment supportera cela monsieur de Lorraine et ses enfans masles, venus d'une fille de France, par conséquent plus habiles à succéder, si le droict successif est considérable ? De droit, je croy que ledit sieur Duc de Savoye n'en prétend point, ains se recommande de sa
77) puissance et de ses moyens. Or sçavons-nous tous ce qu'il a de commoditez, et comme, en six mois de guerre qu'il a voulu faire contre la seule ville de Genève, il a espuisé tout ce que son père luy avoit espargné en vingtans, avec un extrême mesnage. Il a pensé se prévaloir des
780 divisions qui estoient en France pour en occuper un canton, mais, comme un verre qui heurte une grosse et rude paroy, ses forces sont tombées en pièces, et, pensant mettre le feu en la maison d'autru}-, il a brûlé la sienne ; il a maintenant la guerre jusques aux entrailles de Pied-
785 mont. Les Italiens n'endureront jamais qu'il s'accroisse : ils sçavent combien une grande puissance entre les mains d'un Prince qui peut à toute heure leur tomber sur les bras leur seroit dangereuse. Les Suisses aussi ont desditferens avec luy, ils ont occasion et beaucoup de moyen
790 d'empescher sa grandeur, et de luy lever une partie de son pays en vingt-quatre heures. De dire que le Roy d'Espagne luy aydera à conquérir cet Estât, s'il en eust eu le moyen, il l'eustplustost aydé à conquérir la Provence et le Dauphiné, afin de démembrer l'Estat, et se rendre par
795 ce moyen la conqueste du reste plus aisée. De penser que tous les princes de ce party se r'allieront soubs luy par une pleine et entière obéissance, il n'y en a pas un qui ne s'estime d'aussi grande maison que luy, aussi grand Capitaine que luy ; pourquoi luy cederoient-ils ?