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585 Royaume qui, au commencement de ce trouble, lors que toutes choses estoient en confusion, que les plus audacieux et plus téméraires s'estoient emparez du commandement, ont esté non esleuz légitimement, mais nommez seditieusement par ceux qui tirannisoient les
590 villes. Vous-vous souvenez. Messieurs, quand en plain liostel de ville, mais de quelle ville ? de Paris, capitale de ce Royaume, à la face de ce Parlement, ce pendart de Louchart, opprimant la liberté des suffrages, après avoir dict pour advis ce qu'il vouloit, adjoustoit qu'il
S95 parloit pour cinquante mil hommes, menaçant de mort et de ruine ceux qui seroient de contraire advis. On n'a pas faict mieux autre-part : aussi a-on esleu pour la plus-part ceux qui se sont emparez des biens de leurs voisins, qui se sont emparez des offices et des bénéfices
600 de leurs concitoyens, qu'ils ont chassez et bannis soubs faux prétextes. On pourroit douter comme une partie d'eux est corrompue et achetée à pris d'argent, si publiquement leurs pensions ne se payoient, si les rescriptions de l'Ambassadeur d'Espagne ne se portoient en
605 pleins Estais, si tous les jours on ne voyoit par cette ville les crocheteurs porter de maison en maison l'argent d'Espagne. C'est ce qui se void, mais ce qui ne se void pas, ce sont les promesses particulières des offices, des bénéfices, des confiscations, que Ion faict à chacun d'eux, et
610 des vostres mesmes. Messieurs. Car n'estimez pas qu'il y en ayt pas-un de vous, de qui les terres, les meubles, les maisons, les offices, ne soient desja assignez.
Qu'attendons-nous doncques à lever l'auctorité à ceux qui se la sont usurpée ? à desadvoûer ceux qui prétendent
615 faire par vostre mandement ce qu'ils font, et qui n'ont authorité que celle que Ion croit que vousleur avez donnée ? Que si nous ne voulons prononcer contre les
Actions et Traictei Oratoire!^ g
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personnes et les déclarer ce qu'ils sont, prononçons au moins contre leurs desseins, et les prévenons par nostre
620 jugement, de peur qu'ils ne nous préviennent par leur violence. Voulons-nous attendre que Ion die : le Parlement a ordonné l'assemblée des Estats, aux Estats on a résolu telle chose, et que puis après, peut-estre, la dague sur la gorge, on nous le face authoriser ? et qu'ainsi non
*25 seulement nous souffrions le mal, mais encor en soyons estimez les Autheurs, et en portions l'infamie ? Nous avons faict jusques aujourd'huy ce que le temps a porté, et de ce que nous avons faict nous en avons peu espérer du bien. Nous avons veu toutes choses troublées, et qu'en
650 particulier il ne se faisoit rien qui ne tendist à une ruine universelle ; nous avons creu qu'en commun il se prendroit quelque salutaire conseil, que les Provinces qui seroient les plus affligées de la guerre, plus proches de kur ruine, deputeroient des gens qui feroient sentir leur
éj5 misère et en procureroient le remède. Nous avons esté trompez ; il est venu des gens qui se sont députez d'eux mesmes ; des gens qui pour la plus-part n'espèrent aucun bien, aucune seureté, aucune ressource, sinon par la guerre, par la confusion, par la dissipation de l'Estat ;
i^o qui ont trop faict sentir leurs intentions ; qui sont prests, si vous ne les empeschez, de frapper un coup qui donne à voz biens, à vostre vie, à vostre liberté : car ils sont tous résolus, entant qu'en eux est, de transférer cette couronne en la maison d'Espagne, ou, s'ils ne le peuvent
*45 faire si crûement, de faire une élection de quelque Prince estranger, seulement pour servir de marchepied au Roy d'Espagne à parvenir à ses desseins : sçachant bien que celuy qui sera esleu, estant pauvre, misérable, destitué