‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 79 sur 103 · HARANGUE DU PREMIER PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

HARANGUE DU PREMIER PRÉSIDENT

Mais les loix du Royaulme sont immortelles et ne peuvent estre changées, immuées, variées ny altérées pour quelque cause que ce soit. Entre ces dernières une est certaine et inviolable, qu'une loy n'est point réputée loy, une ordonnance tenue pour ordonnance qu'elle n'aye esté apportée en ce lieu, qui est le consistoire des Roys et du Royaume, délibérée, publiée et registrée, et a tousjours ainsi esté observé pour plusieurs bonnes causes et considérations, particulièrement affin qu'estant jugée bonne, juste et raisonnable, elle soit mieux gardée et observée et les contrevenants puniz, parceque, la loy estant faicte, il n'est plus loisible d'en disputer, mais il fault obéir et juger selon la loy.

Pour ceste considération vostre court de Parlement vous supplie treshumblement avoir agréable que la loy du Royaume soit gardée et observée et luy permettre de vous dire en toute humilité qu'il est besoing pour le bien de vos affaires qu'il soit ainsi faict comme il est accoustumé, d'autant que, pour bien faire observer une lov et rendre l'exécution facile, il est nécessaire qu'elle soit approuvée par la forme ordinaire et usage de ceux ausquels elle est imposée, parcequ'en l'obserN'ation des formes consiste une partie de la Justice. En cet endroict je vous pourois particularizer quelles doibvent estre les loix, la diversité [49 r°] des formes gardées du temps des Empereurs devant la publication, que je passeray soubs silence de crainte de vous ennuyer, seulement vous diray que nos majeurs ne nous ont laissé aucun monument par lequel nous puissions remarquer que Vos prédécesseurs soient venuz en leur parlement faire publier en leur présence les edicts sans y avoir esté préalablement délibérez.

Ne changez point (Sire) celles qui de si long temps ont esté obser\'ées soit en la publication des edicts, lesquels, bien qu'ils n'ayent force que soubs vostre authorité, toutesfois vos prédécesseurs ont tousjours voulu qu'ils ayent esté apportez, délibérez et resoluz en vostre parlement, que de la ils prissent leur origine, comme de l'Océan les eaux prennent leur source, pour estre après publiées par son arrest, et non de puissance absolue, que vous avez despoùillée pour ce regard. Les edicts (Sire) sont

estimez trop fréquents, puisque tous se trouvent dommageables.

Un empereur fut repris d'avoir faict vingt edicts en un jour, un autre fut loué et benist d'avoir consolé son peuple par des edicts, mais ils estoient bien dissemblables des nostres, et neantmoins vous sçavez (Sire) combien nous en avons vérifié pour vous donner contentement et rendre tesmoignage particulier de nostre obéissance, non sans encourir quelque note de défaillir à nostre debvoir, que nous avons postposé à la crainte d'encourir vostre indignation . Et n'en sont demeurez qu'aucuns qui ne peuvent recevoir tempérament quelconque, et lesquels, survenants à la suitte d'un si grand nombre d'autres, se rendoient moins favorables. C'est pourquoy (Sire) quant vostre Majesté nous commande la publication d'aucuns edicts, à laquelle nous estimons eu nos consciences et par la nécessité de nos charges ne pouvoir procéder, ne le debvez prendre en mauvaise part, ny juger désobéissance le debvoir que nous faisons en nos estats, par ce que nous estimons que ne la voulez sinon en tant qu'elle est juste et raisonnable, et qu'ayant entendu qu'elle est autre, vous la revocquerez, comme fist un Empereur sa promesse, bien qu'elle fust [49 v»] faicte avec grande solemnité, disant que sa parolle ne l'obligeoit point, si non d'autant qu'elle estoit accompagnée de Justice. Pour cette considération vos prédécesseurs ont tousjours faict cet honneur à leur parlement de régler la balance de la Justice par leur advis, et, combien que ils peussent user de puissance absolue comme vous, toutesfois ils ont toujours eu cette proposition engravée en leur esprit de réduire leur puissance à la civilité des loix . Car tout ainsi que les moyens de la consers'er et acroistre sont prescrits par les loix tant divines qu'humaines, aussi le vray moyen de la destruire et ruiner est faire chose qui, estant contre les loix, ne puisse avoir heureux succès.

A nos remonstrances " s'oppose la nécessité sur laquelle les edicts sont fondez, qui ne reçoit point d'excuse, mais il y a si long temps qu'elle dure et apporte desordre et confusion en ce

a. remonstrance (Ms.).

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