Cf. Annales du Musée social^ septembre 190^, p
3. Les cinq ou six syndicats du Gard n'avaient pas encore adhéra à la Fédération.
6° Le salaire des femmes sera la moitié de celui des hommes en argent et en vin;
1^ Les heures supplémentaires en dehors des vendanges et les forfaits sont supprimés;
8*^ Les mésadiers * gagneront îJ5 francs par mois pour des journées de 6 heures et 45 francs pour 8 heures;
9^ La paie aura lieu tous les samedis sur le lieu de travail ;
10^ Le temps employé pour aller au travail est au compte du patron, le retour est au compte de Touvrier;
11 o 2 litres de vin potable seront donnés toute l'année;
12<> Le travail reprendra dans les vignes deux jours après la pluie ;
13® Toute heure commencée est due.
La grève générale fut Tobjet d'une discussion longue et confuse. Le rapporteur, tout en déclarant « que la cessation complète du travail était le moyen le plus efficace pour arriver à Fémancipation des travailleurs », exprima l'avis que « le prolétariat agricole, jusqu'à ces derniers temps encore si individualiste, était insuffisamment pénétré des sentiments de solidarité, base fondamentale de cette importante question ; en conséquence, il proposa simplement d'adopter le principe de la grève générale et de travailler sérieusement au sein des organisations agricoles à la diffusion de cette idée. Finalement, on se rallia à cette motion en laissant au comité fédéral le soin de préparer le terrain et de fixer la date de la « guerre des bras croisés ^ ».
Enfin le congrès de Narbonne s'inquiéta de constituer solidement la Fédération nationale. Celle-ci est
i. Ce sont des ouvriers agricoles payés au mois, logés et nourris. .
â. Au commencement de l'hiver, le comité fédéral crut que le moment était venu de décréter la grève et, dans les communes de l'Aude, on put voir de grandes affiches rouges, invitant les travailleurs à se mettre en grève. Cet appel ne fut entendu que dans quelques communes.
congrès : c'est le point de départ d'une nouvelle vie syndicaliste. L'ouvrier rural, jusqu'ici indifférent, veut maintenant savoir; il discute, tâche de comprendre, se serre près de ses camarades. L'éducation syndicale fait de rapides progrès ; des camarades se sont signalés dans les différentes sections, par leur intelligence, leur énergie, leur bonne volonté ; leur influence s'est fait ressentir, et nul doute qu'ils ne guident le prolétariat agricole vers un intégral affranchissement. >
Cet enthousiasme a dû baisser de ton : le troisième « congrès des travailleurs agricoles et parties similaires de la région du Midi » qui s'est tenu à Perpignan du 13 au 16 août 1905, ne semble pas avoir été marqué par un brillant succès. Les syndicats représentés étaient moins nombreux qu'au congrès de Narbonne et, pour expliquer cette diminution, le secrétaire général, M. Âder, déclara que « bon nombre des syndicats, et des plus militants, avaient eu à supporter le lourd poids des dernières grèves et que condamnations et amendes ne leur avaient point été épargnées, ce qui les avait mis dans l'impossibilité de se faire représenter^ ». Les débats n'ont pas présenté vif intérêt : les congressistes ont décidé le maintien de la réglementation du travail votée à Narbonne, se sont occupés des retraites ouvrières et ont préconisé l'incorporation des paysannes dans leurs syndicats.
Dès .1904, les meneurs avaient cru le moment venu, de constituer une Union fédérale terrienne qui engloberait, dans la France entière, les syndicats de travailleurs agricoles, viticulteurs, bûcherons, horticulteurs, journaliers de toute sorte. La fondation de cette union fut décidée dans une conférence qui eut lieu au cours du congrès de Bourges et à laquelle assistè-
1. Cf. G. E. Prévôt, Revue socialiste de septembre 1905, p. 363.
seil d'administration est formé des secrétaires généraux de trois fédérations (bûcherons, viticulteurs et jardiniers*) ; il se réunit périodiquement et il agit sous Tinfluence de la Confédération générale du travail dont les récentes grèves ont montré la puissance. Nous assistons donc, surtout dans le Midi et dans le centre de la France , au début d'un mouvement qui pourrait s'étendre si les circonstances continuaient à le favoriser et surtout si les propriétaires, insoucieux des dangers de demain, ne prenaient pas d'énergiques et généreuses résolutions. Ce sont ces résolutions qu'il nous reste à examiner : pour le faire, il nous suffira de dire ce que l'on a très opportunément commencé à créer dans la région du Midi ^.
Après un premier moment de surprise et de mécontentement bien compréhensible, les propriétaires de vignobles se sont ressaisis : un examen attentif et impartial de la situation leur fit reconnaître qu'il y avait « quelque chose » à tenter. Il fallait tout d'abord se garder de heurter de front les ouvriers agricoles, dont de beaux parleurs avaient su exaspérer Tirritation ; on devait aussi faire le départ entre leurs réclamations et s'appliquer à donner satisfaction à celles qui étaient justes et d'une réalisation possible ; enfin, par tous les
1. En 1905, la Fédération des ouvriers jardiniers a tenu un congrès à Orléans.
2. Le Centre et le Midi de la France sont les deux régions où le mouvement a pris une réelle importance. Mais, en d'autres points de notre pays, on constate des symptômes significatifs ; de-ci de-là se constituent des syndicats de métayers (notamment dans les Charcutes et dans les Landes). Cf. à ce sujet un article de M. Robert Duval dans l'Univers du 24 mai 1906.
104 DA!tS LE MONDE RURAL.
suffrages exprimés. Jasque-làrien de bien particulier, mais rimiovation ingénieuse consiste dans la création, à côté de ce bureau, d'une commission spéciale, à laquelle on donne le nom de chambre syndicale.
Cette commission est composée de six membres, dont trois patrons nommés par les propriétaires et trois ouvriers élus par les journaliers, aucun d'eux ne peut faire partie du bureau du syndicat. Cette commission est présidée par le doyen d'âge afin d'éviter de la sorte toute difficulté de préséance; le plus jeune des membres est secrétaire * . Les attributions de la chambre syndicale sont extrêmement importantes; elles sont indiquées ainsi qu'il suit à l'article 29 des statuts :
La chamlMre syndicale revisera périodiquement, où et quand le besoin se fera sentir, le taux des salaires et les conditions de travail, en tenant compte des facteurs économiques qui les dominent. Elle réglera par voie de conciliation d'abord, par voie d'arbitrage ensuite, tous les différends qui s'élèveraient sur les conditions du travail ou encore le taux des salaires entre les patrons et les ouvriers faisant
i. Dans une communication au congrès de l'Union centrale des syndicats des agriculteurs de France, M. Félix Bouffet disait récemment : « ... Permettez-moi de faire une courte digression pour vous signaler un grave défaut qui, selon moi, existe dans certaines associations du Midi. Ce défaut consiste dans la mainmise par certaines personnalités puissantes sur la direction ou le développement de ces sociétés qu'elles mettent trop souvent au service de leurs ambitions personnelles. J'ai craint que, dans une organisation aussi délicate que celle qui nous occupe, cette direction unique ne fût une cause de faiblesse et j*ai pensé qu'il serait prudent de faire partager par plusieurs personnes la responsabilité des décisions prises dans les circonstances graves. D'un autre côté, j'avais constaté une difficulté contraire : comment trouver dans un village plusieurs personnes pouvant consacrer leur activité à des tâches autres que leurs occupations professionnelles, tâches qui non seulement ne sont pas rémunérées, mais qui souvent nécessitent certaines dépenses, comme, par exemple, la fonction de président d'un syndicat? Pour résoudre ces deux difficultés, j'ai cru devoir conseiller à mes amis de Tourouzelle la séparation complète des pouvoirs entre le bureau cliargé uniquement de la gestion administrative et la chambre syndicale destinée à s'occuper de la fixation des salaires e de trancher les différends entre employeurs et employés. »
maladie et d'accident ou, avec le reliquat des fonds en caisse, délivrent des livrets de retraite aux ouvriers âgés de soixante ans et faisant partie du syndicat depuis cinq ans ^
Tout cela est appréciable — et apprécié. Mais ce qui, dans les arrondissements de Narbonne et à Béziers, fait auprès des journaliers le succès des syndicats mixtes, ce sont les mesures adoptées par ceux-ci pour diminuer le chômage de leurs adhérents, c'est-à-dire pour combattre la cause principale des souffrances et de rirritation des ouvriers viticulteurs.
D'abord les propriétaires syndiqués s'obligent parfois à ne prendre, à leur service, sauf les cas de force majeure, que des gagés et des ouvriers inscrits au syndicat ou bien indépendants. A Tourouzelle, « les propriétaires syndiqués s'engagent à occuper de préférence les ouvriers faisant partie de leur syndicat », et, en retour, « les ouvriers syndiqués s'engagent à travailler de préférence chez les propriétaires faisant partie de leur syndicat ». Mais ces engagements réciproques n'auraient pas suffi à diminuer le nombre des chômeurs. A cet effet, on a eu recours à une organisation spéciale. A Saint- Couat- d'Aude, le syndicat donne quelques secours en argent à ceux de ses adhérents ouvriers qui sont en état de chômage « par des circonstances indépendantes de leur volonté » . Le système suivi à Tourouzelle présente un intérêt particulier, d'autant qu'il tend à se généraliser dans la région. Au lieu de donner de l'argent aux chômeurs, on leur procure du travail : double avantage, moral et matériel. Chaque propriétaire promet, suivant un roulement établi, de donner.
1. Pour subvenir aux dépenses de ces institutions, les propriétaires donnent à Saint-Couat-d*Aude 5 centimes par mois et par hectare ; à Tourouzelle, ils versent 50 centimes par an et par hectare ; mais ceux qui ont plus de 50 hectares 'donnent en outre de 20 à 30 francs.
aujourd'hui une force matérielle capable de coni lancer la puissance des syndicats rouges ; ils perni ainsi à leurs adhérents de résister aux injonctioi groupes révolutionnaires. La « mutuelle assisi dans le cas où il serait porté atteinte à la libei travail », se trouve inscrite dans tous les statuts ce qui vaut mieux encore, cette « mutuelle assista n'est pas restée une clause de style : elle se réalise les faits. Ainsi, il y a quelques mois, à Saint-C d'Aude, le syndicat rouge ayant décrété la grève gatoire, le syndicat mixte riposta immédiatemen une affiche où il était dit qu'il organisait des escoi pour protéger les travailleurs. Le second jour, bagarre se produisit. Ce fut la seule : l'attitude gique des syndiqués suffit à mettre fin à la grèv< pourrait citer plusieurs cas analogues : tous perm( de conclure que ces organisations syndicales on partie, ramené la sécurité dans les vignobles du ] comme, d'autre part, ces organisations s'efforce donner satisfaction aux justes revendications^ des vailleurs, on est en droit de penser qu'elles contr ront à établir la paix sociale dans un pays violem déchiré par des luttes qui, parfois, comme à Pot rappellent de lugubres souvenirs de guerre civile. Les propriétaires, soucieux de leur devoir soci intelligents de leurs propres intérêts, reconnaisse
1. A côté de la question du chômage, qui est en voie d'être r par les syndicats mixtes dont nous parlons, il est une autre cat difficultés : c'est la durée de la journée de travail. Jadis lorsqi journaliers possédaient un petit lopin de terre, ils s'étaient n chaque jour quelques heures pour travailler à leurs vignes : des journées de six heures. Aujourd'hui que la plupart d'entr sont malheureusement dépossédés de cette petite propriété, ils v< néanmoins maintenir les courtes journées. De là conûit avec le priétaires. Il est possible que la solution du différend, parfoi; aigu, se trouve dans le paiement à l'heure et non plus à la joi Seulement la fixation du tarif des heures « supplémentaires > pas sans débat irritant.
nécessité de ces groupements professionnels. Ils y entrent en grand nombre et acceptent les charges, parfois lourdes, que les institutions économiques annexées aux syndicats, font peser sur les possesseurs du sol. Les ouvriers comprennent les avantages matériels que leur offrent ces associations. Beaucoup n'hésitent pas à quitter le syndicat rouge pour s'affilier à une association qui leur assure de Touvrage et des conditions convenables de travail : ainsi, à Tourouzelle, le syndicat mixte compte environ 120 membres ouvriers, tandis que le syndicat rouge réunit péniblement une quinzaine d'adhérents. Dans les autres syndicats mixtes de l'arrondissement de Narbonne, la proportion, sans être partout aussi forte, est cependant très encourageante. Dans la région de Béziers, le mouvement est également en pleine activité.
Le syndicat agricole de l'arrondissement, nous écrivait-on récemment, comprend à l'heure actuelle 46 groupes communaux, réunissant près de 3.000 membres. La majorité des Inscrits (qui peuvent être des hommes ou des femmes) se compose d'ouvriers. Ainsi à Vias, sur 209 inscrits, 2 seulement sont propriétaires. Il faut remarquer, d'ailleurs, que, dans le pays, — la commune de Béziers exceptée, — le nombre des ouvriers ne vivant que de leur travail est relativement rare; ils sont, pour la plupart, propriétaires d'un lopin de terre. Pour la commune de Béziers, le nombre des inscrits n'est que de 121, ici majorité de gros propriétaires, très peu d'ouvriers, à cause de l'influence néfaste des syndicats rouges. Chaque groupement syndical se double d'une société de secours mutuels, d'une caisse rurale de crédit agricole (avec une caisse centrale d'arrondissement), et enfin, dans tous les syndicats (sauf deux ou trois) fonctionne le roulement en cas de chômage. Quant à l'influence que ces groupes ruraux ont eue au moment des grèves, ajoute notre obligeant correspondant, M. J. Sournies, elle est prépondérante. Partout où le syndicat fonctionnait bien, celles du mois de mars de l'année dernière ont fini
régulièrement, et celles qu'on a essayé de fomenter depi lors, dans ces mêmes endroits, ont toutes avorté. Ceci diû, en outre de l'existence du syndicat, à la situation leur fondateur et président, M. Auguste de Crozals, i s'est voué corps et âme à cette organisation et qui, en divi conflits entre patrons et ouvriers, s'est vu choisir, bien q grand propriétaire, comme arbitre et comme représenta par les ouvriers.
Ce sont là des faits encourageants, et des exemp: qui méritent d'être imités. On nous signale, dans même genre, un syndicat mixte de bûcherons, tJ heureusement établi par M. H. Brun dans la commu de Ouzouer-sur-Trezée (Loiret). Cette association commencé à fonctionner en octobre 1903 ; elle s'est si tout occupée du placement des ouvriers, elle s'est éj lement proposé de réglementer équitablement le p du travail forestier. Elle réunit actuellement 180 me bres dont une quinzaine seulement sont des propr taires ou des fermiers : elle tient énergiquement t au <( syndicat rouge », établi dans la commune, assure du travail à tous ceux qui refusent de s'emh gader dans les rangs des révolutionnaires. Nous se haitons que ce mode de groupement donne pour centres forestiers' des résultats aussi satisfaisants ç ceux constatés dans les pays viticoles du Midi. Mail faut bien reconnaître cependant que cette forme peu particulière de syndicat et surtout l'institution roulement en cas de chômage, ne sauraient convenir toutes les régions. Le principe en est excellent, m il comporte des applications qui doivent varier a\ le milieu. L'essentiel, c'est que partout il se crée < associations rapprochant, dans une même pensée d' ganisation professionnelle et de justice sociale, te ceux qui possèdent ou travaillent la terre de Fran
moulins en ruines : « Tous ces moulins, dit-il maintenant déserts, on les a abandonnés fau bras... Même dans notre Haute-Savoie, où le p aime sa montagn^e, les jeunes gens qui consen travailler la terre deviennent de plus en plus i Les filles sont attirées vers votre Paris, comn: alouettes au scintillement d'un miroir. En qu le service militaire, les garçons ne se soucient p] porter la bennette dans les vignes ou de pousse traîneaux par des couloires. Ils vont chercher fo dans les grands centres. La ville les prend et r lâche plus. Les vieux demeurent seuls au village, j face avec la terre qui redeviendra une friche, pou; que ce mouvement d'émigration continue... Il y i ans, dans ma paroisse d'Entrevernes, il y avait ei sept cents âmes ; il n'y en a plus trois cents au d'hui... »
Toutes les communes campagnardes de Franr ou même de la Haute- Savoie — ne se dépeuplent dans les mêmes proportions que la paroisse du cur voyard d'André Theuriet, mais bon nombre d'< elles voient néanmoins le chiffre de leurs habitant croître assez rapidement au profit des villes, — si est que, pour ces dernières, il y ait vraiment prof
Il y a donc un exode rural, — et ce phénomèi s'observe pas seulement dans notre patrie, mais da plupart des nations civilisées. Partout on constate croissement de ce qu'un écrivain belge appelle les i tentaculaires.
Cette expression caractérise assez heureusement immenses cités modernes qui tendent à devenir de' tables monstres, absorbant une population touj plus considérable. En 1800, dans les pays de civilisa chrétienne, il n'y avait pas une seule agglomératioi baine de plus d'un million d'hommes. Aujourd'hui