‹ Activités sociales (volume 2)Chapitre 12 sur 51 · Cf. op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. op. cit., p

propriété. « Dans le canton de Fosses, les ménages ouvriers restent fortement enracinés à la terre natale. Les grandes fermes sont relativement rares. La culture est beaucoup plus divisée. 11 existe encore un grand nombre de petites exploitations de faire-valoir direct, et d'autre part le prix moyen des locations des terres — qui est de llô francs à l'hectare, dans le canton de Gembloux — n'est que de 56 francs. La plupart des ouvriers sont propriétaires de leur maison, dont les matériaux proviennent de carrières appartenant aux communes. Presque tous les ménages — outre les poules et le cochon traditionnel — possèdent au moins une vache qui constitue, pour la famille ouvrière, une ressource dont on ne saurait exagérer l'importance. Un ouvrier mineur, habitant Fosses, à qui nous demandions pour quels motifs il s'astreignait à un long trajet en chemin de fer, plutôt que de se fixer à proximité de son charbonnage, nous répondait, avec un accent de conviction indicible : « Parce que, là-bas, nous n'aurions pas assez « de terre pour garder notre vache ! » On voit que, dans certaines conditions, propriété paysanne, même à l'état d'accessoire^ peut contribuer efficacement à empê" cher la désertion des campagnes*. »

Cette constatation de M. Vandervelde est à retenir : nous la signalons à nos amis de la Ligue du coin de terre et du foyer dont elle confirme la thèse.

Mais si la propriété est pour les populations rurales, un élément de stabilité, encore faut-il, pour atteindre ce but, que la propriété ne soit pas trop parcellaire. L'extrême division peut devenir, en effet, un facteur de l'exode rural : c'est ainsi qu'en France, pendant la période décennale 1882-1892, la population agricole a subi une diminution plus grande dans les dix

i. cf. Exode rurale p. 51.

n'est aussi faible que dans cette région, couverte de bois et dépourvue de localités importantes ; mais nulle part, aussi, l'équilibre n'est aussi parfait entre la population et les subsistances :1e climat est rude; la terre, revéche ; les gens doivent travailler dur pour gagner leur pain ; mais l'extrême misère est aussi inconnue que l'extrême richesse. Tous ceux qui connaissent l'Ardenne — ou des pays de constitution économique analogue — ont fait maintes fois cette constatation, devenue banale : mais il est intéressant de noter que les habitants de ces régions eux-mêmes se rendent compte de ce que leur situation a de relativement favorable.

Un jour, raconte M. Vandervelde, que nous faisions route, à travers la forêt de Saint-Remacle, avec un bûcheron de Hautfays, qui s'en allait au travail, accompagné de son fils, la conversation tomba sur les conditions d'existence de la classe ouvrière locale, et notre interlocuteur, après avoir cité des faits et des chiffres, conclut de la manière suivante : « Ce pays « vaut mieux pour l'ouvrier que le pays bas. J'ai pu « m'en convaincre du temps où j'étais soldat. Dans les « villes, les riches sont très riches, mais les pauvres « sont très pauvres. Ici, toutes les familles ont au « moins une vache et tout le monde fait un peu de « culture, plante du grain et des pommes de terre... »

Il faut ajouter qu'en général, les communaux sont assez étendus pour fournir à chaque ménage, à chaque « feu », des avantages importants;

Voici comme exemple de ces communes forestières, le village même du bûcheron qui s'entretenait avec M. Vandervelde. Hautfays est une commune de 800 habitants, au cœur de la Haute- Ardenne. Les communaux y sont extrêmement étendus puisqu'ils couvrent

seigle et d'avoine sans avoir recours au fumier et aux engrais chimiques. La part d'essartage qui est attachée à chaque feu présente surtout cet avantage, si^ gnalé par M. Vandervelde, de fournir aux travailleurs le moyen d'appliquer fructueusement leur force de travail.

La liste des services rendus par les communaux n'est pas encore épuisée.

Dans les coupes de plus de douze ans, chaque habitant a le droit de faire paître son bétail. Il peut également y couper la litière et l'on tolère que, dans les bois de haute futaie, il prenne les feuilles mortes, dans le même but.

Leshabitants ont aussi droit à la ramille des bouleaux, que Ton emploie pour la confection des balais de luxe, vendus dans le reste du pays belge.

Enfin, la récolte des faînes, dans les bois de hêtres, peut rapporter parfois aux femmes qui s'y livrent des salaires de 2 fr. 50 à 4 francs par jour, pendant plusieurs semaines. Des marchands, venus d'Allemagne, achètent ces faînes pour en extraire de l'huile. Enfin, ajoutons, comme dernier produit des communaux, la récolte des glands.

On comprend que de tels avantages, faits à chaque famille, établie dans la commune de Hautfays depuis un an et un jour^ aient retenu et même attiré pas mal de paysans désireux de rester ou de devenir « affouagers ». Aussi Ton constate que de 1890 à. 1900, le nombre des habitants s'est élevé de 686 âmes à 799.

Ces chiffres démontrent l'utilité sociale des commu-

i. Jusqu'à présent, les individus, de nationalité étrangère, sont inscrits sur la liste des aifouagers, pourvu qu'ils résident dans la commune de Hautfays depuis un an et un jour. Chaque année, au commencement de l'hiver, le collège échevinal dresse la liste des affouagers qui reste affichée pendant quelques jours, avant d'être adoptée définiti vement par le conseil communal.

provenant de la futaie la plus proche, et se procure sur place le chaume et le torchis ; elle se chauffé, exclusivement ou principalement, avec de la tourbe, des bruyères, des ajoncs, du bois mort, ramassés dans les alentours ; elle file, tisse, transforme en vêtements le lin ou le chanvre de sa récolte; elle se nourrit avec son blé, ses pommes de terre, ses légumes, la viande de son porc; elle cuit son pain, fait son vin, son cidre ou sa bière, sèche elle-même son tabac, échange ses œufs et son beurre contre les rares marchandises qu'elle se procure au dehors : chandelles, pétrole, objets en fer, etc. Bref elle produit à peu près tout ce qu'elle consomme et consomme tout ce qu'elle produit, ne vendant que le strict nécessaire pour faire face à des dépenses en argent très limitées. »

Cet état de choses tend de plus en plus à disparaître; la division du travail a modifié profondément ce régime de production : un certain nombre de ruraux sont devenus des producteurs industriels, travaillant pour la consommation locale.

Cette production industrielliB, ainsi que l'observe très justement M. Vandervelde, reste intimement liée au travail agricole ou sylvicole. Le sabotier, le bûcheron, le scieur de long, le charbonnier s'établissent à proximité des bois ; le faiseur de balais s'installe dans la bruyère ; le meunier transforme en farine le blé que l'on récolte dans son voisinage ; le distillateur agricole emploie, pour fabriquer son eau-de-vie, les fruits, les grains ou les pommes de terre provenant de sa ferme ou des fermes d'alentour ; le vannier ou le chapelier en paille plantent eux-mêmes ou se procurent sur les lieux les osiers ou les épeautres qu'ils mettent en œuvre ; le tisserand fait ses toiles avec le lin ou le chanvre récoltés dans la localité et filés par les femmes du village.

de Tannée, pour aller faire la moisson dans les pays où l'agriculture manque de bras.

Concurremment avec cet exode s'est produit un autre phénomène économique — à la fois cause et effet du mouvement d'émigration.

Depuis une trentaine d'années, la technique de l'agriculture subit de prgfondes modifications. Nous n'insisterons pas sur ce fait que nous avons longuement étudié ailleurs ^ , mais il nous faut montrer la corrélation du développement du machinisme agricole avec le développement des émigrations vers les centres urbains.

Une monographie de l'enquête sur les populations rurales de la France, publiée lors de l'Exposition de 1900, fournit d'intéressants détails sur ce point. « L'augmentation croissante du nombre des machines a eu pour conséquence la diminution de la maind'œuvre et la diminution delà main-d'œuvre a été l'une des causes de l'émigration vers les villes. Voici le nombre des ouvriers de notre commune (Soing, Haute-Saône) et le nombre des journées faites par eux dans Tannée :

En 1852

Nombre Nombre

d'ouvriers. de journées.

Hommes 21 160

Femmes 28 150

En 1899

Nombre Nombre

d'ouvriers. de journées.

Hommes 4 50

Femmes • 5 75

« Il ressort de ces chiffres qu'en 1852, 49 ouvriers étaient occupés une grande partie de Tannée ; aujour-

1. Les Associations agricoles en Belgique^ cf. page i3 et saiv.

terminent Texode rural, il est intéressant de rechercher de quelle manière s'opère cet exode.

Il se produit sous trois formes principales : il y a d'abord Témigration permanente, puis l'émigration quotidienne, enfin l'émigration saisonnière.

L'émigration permanente des ruraux vers led centres industriels varie d'intensité suivant les régions. Ainsi, en France, 62 départements ont une population décroissante, non seulement parce qu'en beaucoup d'endroits les décès l'emportent sur les naissances, mais parce que, chaque année, des milliers de villageois vont s'établir, définitivement, ou pour longtemps, dans les agglomérations urbaines. En Belgique, il en va différemment : sur 41 arrondissements, il n'y en a que 4 où, par le fait d'émigrations permanentes, la population ait diminué pendant la dernière période décennale.

En retour, l'émigration quotidienne est extrêmement active chez nos voisins du Nord : plusieurs milliers de campagnards se rendent chaque matin à l'usine, à la mine ou à l'atelier et regagnent, le soir, leur domicile.

Les uns font la route à pied. « D'autres profitent des chemins de fer, des tramways de pénétration, des trains vicinaux, et, dans les régions à voie navigable, des bateaux à vapeur. 11 en est, dans le Tournaisis, qui se font conduire au charbonnage où ils travaillent, par des charrettes à chiens. D'autres enfin, plus nombreux, recourent à la bicyclette. C'est aipsi, pour ne citer qu'un fait entre mille, que dans les villages des bords de l'Ourthe (province de Liège), nombre d'ouvriers ruraux, qui travaillent en aval, dans les carrières de grès, possèdent une « bécane », achetée d'occasion, ou payée par abonnement. »

Le chemin de fer est le mode de locomotion adopté

Dans V Exode rural, M. Vandervelde trace un tableau très exact — et fort intéressant — des modifications que ces migrations ont apportées à la vie des campagnes belges. « Rien de plus frappant, dit-il, pour le voyageur qui passe de Londres à Bruxelles, que le contraste entre les pâturages solitaires du Kent et les plaines si animées, qui avoisinent nos grandes villes. De quelque côté que Ton aille, en Hesbaye ou en Flandre, la campagne est couverte d^innombrables maisons blanches, à toits rouges, dispersées ou agglomérées en villages populeux. Cependant, si vous vous arrêtez pendant le jour, dans Tun ou Fautre de ces villages — j'entends ceux où il n'y a pas d'industrie locale, — vous n'y trouverez guère d'ouvriers adultes, et vous seriez portés à croire que la population se compose surtout de vieillards, de femmes et d'enfants. Mais attendez le soir et le spectacle change.

a Nous sommes, par exemple, à vingt kilomètres de Bruxelles, dans une petite gare du Brabant wallon, Rixensart, Genval ,ou La Hulpe. Arrive un train de longueur anormale, composé presque entièrement de voitures de troisième classe : de toutes les portières, brusquement ouvertes, s'écoulent des flots d'ouvriers, aux vêtements poussiéreux ou tachés de boue, qui se précipitent vers la sortie, bousculant tout sur leur passage, dans la fièvre d'être plus tôt chez eux, où les attend le repas du soir. Et, de quart en quart d'heure, depuis le crépuscule jusqu'à la nuit tombée, d'autres trains se succèdent, déchargeant une partie de leur cargaison humaine, débarquant des escouades de travailleurs, — maçons, plafonneurs, paveurs, menuisiers portant au dos leur sac de tapisserie. Ailleurs, ce sont des charbonniers, des métallurgistes, des ouvriers travaillant dans les laminoirs ou les glaceries, qui viennent des bassins de Mons, de Charleroi ou de Liège

et, le soir, en sortant de la mine ou de Tusine, le travailleur peut gratis se débarbouiller de fond en comble, et, redevenu propre, reprendre des vêtements qui ne sont pas noirs de charbon ou de cambouis. J'ajoute que, dans ces maisons religieuses, on respecte profondément la liberté de conscience : on demande seulement à chaque pensionnaire de ne point blasphémer et, dans Tintérieur du local, de ne pas se livrer à la propagande anti-chrétienne. Ce. respect des opinions, joint à une bonté dévouée, produit la plus heureuse impression sur les ouvriers qui apprennent à mieux juger les prêtres et les apôtres du Christ.

Malheureusement, ces hôtelleries sont en nombre insuffisant pour loger tous les travailleurs qui passent la semaine dans les centres industriels. Et il est incontestable que ce va et vient des ruraux entre la campagne et la ville contribue, dans une assez large mesure, à la diffusion des idées socialistes révolutionnaires dans les milieux agricoles. C'est là un des effets les plus importants de ce mouvement d'exode rural.

Enfin, il est un troisième mode d'émigration : c'est l'émigration saisonnière.

En de nombreux pays, en Belgique, en Italie, en Irlande et dans le sud de la France, ces migrations sont assez considérables : chaque année, à des époques déterminées, une grande partie de la population masculine quitte la région et s'en va, dans des contrées plus ou moins éloignées, louer ses bras aux propriétaires qui ne trouvent pas, autour d'eux, assez d'ouvriers agricoles. En France notamment, dans le centre, des centaines de Flamands et de Wallons viennent tous les ans faire la moisson et la récolte des betteraves.

Les catholiques se sont préoccupés de la condition matérielle et morale qui était faite à leurs compa-

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