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CHAPITRE II

UNE LIGUE d'ux NOUVEAU GENRE. — DES CONSOMMA- TEURS QUI S^INQUIÈTENT DE LEURS RESPONSABILITES SOCIALES.

I. Un rappel. — Le double but que s*est proposé à Paris la Ligue des acheteurs. — Faire l'éducation sociale des consommateurs.

— Encourager les patrons qui respectent les règles de la justice sociale. — La liste blanche, — IL Une innovation : les cartes postales de la L. S. A. — La veillée homicide. — Le déballage inutile. — Pour les marmitons. — III. Les groupes d'études de la Ligue sociale. — Le « groupe du sixième étage ».

— La question des domestiques. — Une communication de M"* Chalamet. — Deux défectuosités des chambres de bonnes.

— Guerre aux fenêtres à tabatière. — Un couvreur qui transforme à la fois son immeuble et ses locataires. — La désinfection des chambres de domestiques. — Comme pour vos filles!

— IV. La question des cuisines sombres. — Comment la tuberculose fait son entrée dans une famille parfaitement saine. — Une liste blanche d'un nouveau genre. — Une loi évangélique.

— V. Le mouvement des Ligues sociales d'acheteurs en France.

— En Suisse. — Le type idéal d'une bonne fabrique de chocolat.

Dans un précédent ouvrage ^ , nous avons parlé des Ligues sociales d'acheteurs qui ont pris naissance aux Etats-Unis et qui commencent à se répandre dans TEurope occidentale. La première Ligue française a été

1. Cf. ôSins l7iitiativcs féminines (Lecoffre, éditeur), p. 281 et suivantes, le chapitre intitulé le devoir des acheteuses, la Ligue sociale des consommateurs.

notre éducation sociale d'acheteurs. Dans ses assemblées générales et dans ses réunions spéciales, elle fait connaître les résultats des enquêtes entreprises sous son inspiration. Mais tout le monde ne peut assister à ces réunions. La Ligue, voulant étendre son action, publie un Bulletin et des tracts de quatre ou cinq pages dont elle désire une grande diffusion. Dans ces quelques feuilles, on s'applique à attirer l'attention du lecteur — et mieux encore de la lectrice — sur tel ou tel point pratique : on expose, par exemple, la législation protectrice du travail des femmes, ou bien encore on recommande aux adhérents, pour faire leurs achats, de ne pas attendre les époques de presse, c'est-à-dire de surmenage pour les employés.

A côté de ce but d'éducation, la Ligue s'en est proposé un second : elle a voulu donner à ses associés le moyen certain d'encourager les patrons qui, dans leurs établissements, s'inspirent de la Justice sociale. Dans une des premières assemblées générales de la Ligue parisienne, M. Jean Brunhes indiquait en des formules fort nettes ce second but de l'association : a La Ligue des acheteurs, déclarait-il, ne vous demande pour ainsi dire aucun geste nouveau. Vous achetez, vous achetez tous les jours, c'est un fait. La Ligue ne vous demande pas d'acheter davantage ou d'acheter des choses nouvelles : elle vous demande et elle vous offre le moyen d'acheter avec plus de clairvoyance; elle vous demande et elle vous offre le moyen de transformer en actes bienfaisants des actes parfois neutres, toujours aveugles et souvent malfaisants... Si un patron déplaît à ses clients, ajoutait M. Jean Brunhes, on le boycotte! En certains cas, je ne dis pas que le boycottage ne soit pas légitime, mais c'est une mesure purement négative. La Ligue sociale d'acheteurs préconise la méthode in-

quatre cartes postales qui permettent à ses membres de révéler « par Fîmage », à ceux qui Tignorent encore, le contre-coup des exigences quotidiennes de Tacheteur.

L'une est intitulée : La veillée homicide. Deux jeunes femmes, harassées de fatigue, travaillent à la lueur d'une lampe, et le texte suivant commente Timage : « Dans un atelier de couture. Pour achever une robe, trop tard commandée, trop vite exigée, elles sont contraintes de travailler jusqu'au milieu de la nuit, douze et quinze heures de suite, et sur des sièges sans dossier. La terrible veillée, malgré la loi, et le plus souvent par le caprice de la clientèle, est plus fréquente qu'on ne peut le supposer : en 1903, à Paris seulement, les inspecteurs du travail ont dressé de ce chef 2.992 contraventions. »

Une autre a pour titre : Le déballage inutile. Dans un grand magasin, une élégante, commodément installée, examine, sans intention d'acheter, les étoffes que déplie devant elle une vendeuse dont le gain sera proportionnel aux ventes effectuées par elle. Et le texte explique : « La cliente, insouciante et impassible, fait déballer tout le rayon, sans songer à la perte de temps, de force et d'argent qu'elle inflige à la vendeuse — et elle s'en va sans rien acheter. » Je gage que toute femme de cœur qui aura vu cette carte postale renoncera à satisfaire sa curiosité aux dépens des malheureuses demoiselles de magasin...

Les deux dernières cartes sont consacrées aux petits marmitons. Celle-ci est particulièrement saisissante : elle représente deux gamins, dont l'un porte le bonnet classique et la veste blanche, qui viennent se coucher sous les combles, dans une misérable mansarde. Et le commentateur remarque : « Le décor brillant de quelques-unes des plus grandes pâtisseries

rîères, les autres des blanchisseuses ou des pâtissiers, < d'autres enfin du travail à domicile ou de la question des domestiques. Quand un groupe a poussé suffisamment loin son enquête et qu'il est en mesure d'apporter, avec des informations intéressantes, des résolutions pratiques, on l'invite à exposer, dans une assemblée générale, les résultats de ses recherches.

Dans les deux dernières séances, on s'est notamment occupé de la question des domestiques, au point de vue de leur logement et des conditions d'hygiène que nous devrions leur assurer. Question d'importance, qui touche des milliers et des milliers d'êtres humains, rien qu'à Paris, mais question extrêmement délicate, dont la solution complète ne dépend pas uniquement de la bonne volonté des maîtres.

M"*® Chalamet, directrice du « groupe d'études du sixième étage », a fait une communication qui a vivement intéressé et touché les nombreuses maîtresses de maison que comptait son auditoire.

Elle s'est uniquement occupée de la chambre de bonne au sixième étage et elle ne s'en est occupée qu'au point de vue de l'hygiène physique, tout le monde étant à peu près d'accord pour reconnaître qu'au point de vue moral, il serait à souhaiter que se répandît l'habitude de loger les serviteurs, au moins les jeunes filles, dans l'appartement des maîtres.

Tout d'abord, dans son souci d'être pratique, M""® Chalamet s'est demandé ce qu'on pouvait obtenir concernant le logement des domestiques. « Évidemment, répond-elle, ce n'est pas la suppression du sixième. Le sixième n'a que des ennemis déclarés dans nos rangs et il en a beaucoup ailleurs aussi. Des coups sensibles lui ont été récemment portés, entre^^ autres par un architecte qui a édifié, rue de Rennes, une maison de rapport — et de bon rapport ! — où les cham-

de cause, pour les domestiques femmes, qui doivent, hiver comme été, raccommoder chez elles leurs vêtements, avant ou après le service, c'est-à-dire aux heures les plus froides de la journée. »

Aussi, pour assurer aux domestiques un minimum de salubrité et de bien-être, le « groupe du sixième » a-t-il émis le vœu que « les membres de la Ligue visitassent les chambres de domestiques dans leurs maisons et, au moment d'une location, refusent, autant que faire se pourra, les chambres fournies seulement d'une fenêtre à tabatière et dépourvues de tout moyen de chauffage ». Sans doute, l'exécution de ce vœu n'ira pas toujours sans difficultés. Mais cependant la fenêtre verticale devient de moins en moins rare, à Paris tout au moins, parce qu'un règlement nouveau a remplacé celui qui poussait le propriétaire à pratiquer de simples trappes dans le toit.

Mais, que faire dans les vieilles maisons? D'abord, il faut tâcher d'obtenir des propriétaires, comme débarras pour mettre nos malles, les soupentes dans lesquelles on fait souvent coucher les domestiques, et réclamer pour ceux-ci des pièces habitables.

Quelquefois, notre action sur les propriétaires peut être encore plus efficace. « Quant aux vieilles maisons, dit en effet M™® Chalamet, il faut savoir que la transformation du dernier étage est souvent possible, que les frais ne sont pas énormes, et que la plus-value des chambres permet de les récupérer ; nous tenons cette donnée, ajoutait M™^ Chalamet, d'un propriétaire du XVIP arrondissement, fort expert en ces matières,, puisqu'il est en même temps couvreur. Mû par ses préoccupations sociales et le sens de son intérêt bien compris, dans l'immeuble qu'il possède, il a fait, des taudis du sixième, de jolies chambrettes, dont la location, à prix évalué dans le loyer des divers étages, lui

douée d'une grande réceptivité pour les contagions : qui nous dit qu'elle ne fut pas une malade, la domestique fatiguée, partie pour se reposer? ou celle qui s'est fait renvoyer parce qu'elle faisait mal son ouvrage et, d'elle-même, a voulu cesser un travail qui lui était devenu à charge par suite d'un état de santé mal analysé? Or, n'y a-t-il pas grave imprudence à installer, sans prendre aucune précaution, dans une chambre étroite où il peut être resté des germes morbides, un autre sujet dont les prédispositions ne sont pas connues? Dans le doute, nous n'en userions pas ainsi s'il s'agissait de nos enfants. Votre comité, déclarait M°® Chalamet, a pensé que vous auriez la même circonspection et la même sollicitude pour les enfants des autres mères, et il vous propose de faire procéder, par le service des étuves, à l'assainissement des chambres chaque fois que devront y être installés de nouveaux domestiques. » Mais si, pour une raison ou pour une autre, on ne veut ou ne peut s'adresser à ce service municipal des étuves, il est toujours loisible à chacun de nous de procéder lui-même à cette désinfection avec l'adhélyde formique ou le sublimé.

La Ligue sociale des acheteurs a poursuivi son enquête sur la question des domestiques. Dans son assemblée générale de décembre dernier, elle a notamment entendu une très intéressante communication d'un haut fonctionnaire de l'administration parisienne, M. Juillerat, sur l'organisation fréquemment défectueuse des cuisines, et sur les déplorables conséquences sanitaires de cette défectuosité.

Dans un très grand nombre d'appartements pari-

ainsi cette pièce où vos enfants et votre nouvelle cuisinière viendront à leur tour respirer les mortels microbes. Et voilà comment une cuisine sombre aura contribué à la diffusion de la phtisie !

Il est donc d'un intérêt général de faire une guerre à outrance aux cuisines par trop obscures. La Ligue sociale d'acheteurs va s'y employer de son mieux, suivant la méthode qu'elle a adoptée. D'abord, ses membres s'efforceront, dans leurs milieux, de créer un courant d'opinion qui agira sur quelques propriétaires et architectes, sans parler des locataires dont on éveillera l'attention sur les dangers qu'ils courent, eux et leur famille. En second lieu, elle constituera une liste blanche comprenant les maisons organisées conformément aux règles de l'hygiène, en ce qui concerne les cuisines et les chambres de bonnes : les adhérents de la Ligue sauront donc où s'adresser, et les propriétaires finiront par céder à une pression, faible au début, mais dont la persistance accroîtra la force.

C'est dans ce sens que se sont orientés, en ces derniers temps, les efforts d'un groupe important d'adhérents parisiens de la Ligue d'acheteurs. Peut-être estimerez-vous qu'ils ont tort de se préoccuper des domestiques — de ces domestiques qui nous en font voir de toutes les couleurs! Je n'essaierai pas de démêler la part de responsabilité qui revient aux « maîtres », en général, dans l'état actuel de nos relations avec nos serviteurs, je craindrais trop de ne pas convaincre les intéressés. J'admets donc tous les griefs, je ne conteste aucune des accusations, mais griefs et accusations ne nous dispensent pas, nous autres patrons chrétiens, de la sublime loi de charité formulée par le Christ : nous devons faire aux autres ce que nous voudrions qu'on nous fît à nous-mêmes, et il faut rendre le bien pour le mal. Voilà pourquoi nous devons traiter

202 QUELQUES ORGA!aSATIO!CS DE PROPAGANDE SOCIALE.

autres, nous sommes le moins disposés à essayer; nous préférons cent fois payer une souscription et faire mécaniquement partie d'une association qui n'exige aucun effort ni aucune modification dans notre existence quotidienne.

Mais si le mouvement des Lignes sociales se propage avec lenteur, il est des plus féconds parce qu'il éveille précisément, chez les associés, le sens social et le goût des enquêtes.

La France n'est pas le seul pays d'Europe qui compte des Ligues sociales d'acheteurs. Il y en a en Hollande, il s'en organise en Belgique et en Italie, il vient de s'en créer une en Suisse.

Cette dernière est due à l'initiative de quelques femmes d'élite, au premier rang desquelles nous trouvons M"® Jean Brunhes, qui fut en France la promotrice de la Ligue parisienne. La méthode suivie par nos voisins d'outre-Jura est intéressante à examiner et elle nous paraît particulièrement suggestive^.

C'est au sein de l'Alliance des sociétés féminines suisses que le mouvement a pris naissance : on ne pouvait trouver meilleur milieu, et cependant les organisateurs ont rencontré des difficultés dont ils sont parvenus à triompher, mais qui les auraient peut-être arrêtés longtemps encore s'ils n'avaient obtenu l'appui moral de l'Alliance. Donc, en 1903, lors de l'assemblée générale tenue à Genève, une conférence fut faite par M™*" Jean Brunhes pour exposer le principe des Ligues d'acheteurs. 11 fut décidé que l'on tenterait un essai à Genève. Mais, à l'assemblée générale suivante, tenue

1. Elle est exposée dans un remarquable rapport présenté par M. Jean Urunhes à l'assemblée générale de l'Alliance des sociétés féminines suisses tenue à Wintertliur, le 7 octobre 4905. Ce rapport est publié dans lo bulletin de la Lijjue sociale d'aclielcurs de Paris du i*"^ trimestre 1000.

fournisseurs habituels d'épicerie ou de chaussures ; et puisque le dessein d'une Ligue d'acheteurs est de déterminer chez les clients un bon vouloir pratique en faveur des fournisseurs sociaux, c'est une bonne condition de succès que de commencer à expérimenter ce bon vouloir pour un métier et pour un produit où le changement de marque et le choix d'un nouveau fournisseur sont choses plus aisées.

4^ A cause de ces conditions mêmes du marché quotidien du chocolat, toutes les fabriques sont intéressées à faire connaître leurs produits par tous les moyens au grand public, et la plupart d'entre elles sont affamées de publicité. Donc, offrir aux fabricants, moyennant des conditions sociales à débattre, la réclame gratuite et spontanée d'un groupe d'acheteurs et d'acheteuses, tel que pourraient être les membres d'une Ligue ou tel que pourraient être encore les 13.000 femmes de l'Alliance, ne pourra jamais les laisser indifférents.

Le choix arrêté sur les fabriques de chocolat, on dressa la liste de celles-ci : il y en a vingt-trois en Suisse. On distribua ensuite le travail d'enquête entre les membres de la commission suivant les régions qu'ils habitaient, et chacune des enquêteuses se mit

la besogne.

L'enquête terminée, — elle a demandé quelques semaines, — la commission se réunit et arrêta ce qu'elle appela le type d'une bonne fabrique, c'est-àdire les conditiojis sociales qui devraient être réalisées par toute fabrique de la liste blanche.

Voici ces conditions :

Une « bonne fabrique » est celle :

1" Où les prescriptions fjénèralcs de la loi fédérale concernant le repos hebdomadaire et les conditions d'hj^giène

Également suggestive, la conclusion du rapport de M. Jean Brunhes, que nous donnerons comme conclusion à notre étude sur Tétat actuel du mouvement des Ligues sociales d'acheteurs :

Nous avons Thabitude de nous indigner contre les défauts des autres et de frémir en face des injustices conmiises par autrui. Tne bonne bourgeoise suisse ou française se révolte à la jHMisée des trafiquants d'esclaves de TAfrique équatoriale ! Qu elle continue à se révolter, mais qu'elle fasse un rotoiir sur elle-même, qu elle songe par-dessus tout à ce qui est pour elle devoir, et devoir immédiatement réalisable. Qu'elle songe qu'en soutenant telles ou telles marques de chocolat elle accomplit une bonne action. C'est peu, pour commencer, mais c'est quelque chose. Et que serait le inonde si chacun de nous à chaque minute se résolvait à travailler ainsi pratiquement pour la justice 1 Le bonheur des hommes ne résultera jamais d'un seul grand effort, mais d'une infinité de petits efforts, indéfiniment continués et renouvelés...

Dans le milieu où Dieu nous a placés, ne négligeons donc pas ce petit effort, qui apportera au prochain une parcelle de bonheur — ou, tout au moins, supprimera quelques causes de souffrance.

C'est pourquoi nous tenons à signaler ce qui est essayé pour apporter quelque coordination dans les efforts isolés que font nombre de catholiques, pleins de générosité, mais insuffisamment soucieux de ce qu'entreprennent, à côté d'eux, d'autres catholiques, non moins généreux, et non moins individualistes...

Le secrétariat social nous paraît être une des ins titutions qui répondent le mieux à ce besoin de cohésion dans une nécessaire autonomie : il met en relations les unes avec les autres toutes les œuvres d'une région, il leur procure des membres actifs et, d'autre part, il renseigne les catholiques, désireux de faire « quelque chose », sur les moyens pratiques de réaliser ce t quelque chose ». C'est, en somme, dans Tordre de l'activité sociale, une organisation analogue aux bureaux de placement et aux offices d'achats et de vente. Le secrétariat est mieux encore : il ne se contente pas de mettre en rapport l'offre et la demande, mais il suscite l'une et multiplie l'autre, car il est vraiment un a centre vivant d'initiatives » et un « milieu éducateur ».

Ce double caractère vient d'être nettement mis en lumière dans une brochure de V Action populaire. Sous le titre : Un secrétariat d'action sociale dans le Sud' Est, M. Rémy nous donne l'historique et expose le fonctionnement du très actif secrétariat qui, depuis quelque douze ou quinze ans, se développe dans la région lyonnaise, à l'ombre de la Chronique du Sud-Est. Puisque l'occasion s'en offre à nous, nous sommes heureux de dire combien la lecture de cette revue est réconfortante pour toute âme profondément chrétienne. Elle peut être extrêmement profitable aux jeunes gens qui vont entrer dans la vie civique, elle est de nature à « former » admirablement les collégiens qui dans deux ou trois ans seront des

leur activité à la publication et à la diffusion d( journaux populaires : ils songèrent à tirer parti d< l'influence de la presse catholique pour susciter le initiatives sociales. On tint un petit congrès, et d'ui commun accord, on s'arrêta au programme suivant

1" Sans cesser de poursuivre directement son œuvr de diffusion par les moyens classiques (crieurs, dépôts et comités de propagande), chaque rédaction de Croix départementale cherchera à constituer un se^ crétariat actif qui prendra souci de la vie et du développement des conférences, des œuvres sociales, des groupes de toutes formes ;

2*^ Ces secrétariats en communication constante avec la rédaction du journal, entretiendront des relations de services pour tout ce qui concerne leur action ;

3^ Le secrétariat lyonnais sera le point de liaison entre les autres secrétariats, et pour lui permettre de remplir plus efficacement sa mission, une petite revue, la Chronique du Sud-Est, sera publiée chaque mois et contiendra les lettres des secrétaires départementaux.

Nous avons là, à Tétat embryonnaire, l'organisation qui, développée aujourd'hui, constitue pour les catholiques une force d'action considérable dans toute la vallée du Rhône. Nous y trouvons notamment cette préoccupation essentielle d'éviter les œuvres de pure façade. « De peur qu'on perde de vue, écrit M. Remy \ les résolutions du premier congrès, la Chronique des comités revient sans cesse sur la méthode adoptée. Ce qu'elle s'attache à démontrer à ses correspon-

i. Le nom de Rémy cache, si nous sommes bien renseigné, une des personnalités les plus actives des groupes du Sud-Est; dans la brochure de l'Action populaire, l'auteur, dont nous ne nous croyons pas autorisé à dévoiler le pseudonyme, n'a oublié que lui-même : il est vrai qu'il est coutumier du fait.

ver : « Par destination, écrit M. Rémy, le Secrétariat n'aspire pas à faire double emploi avec les groupements régionaux existants; il ambitionne, au contraire, d'apporter à ceux qui rentrent dans le cadre prévu dans son programme, un concours loyal et désintéressé. Si, par hasard, les doctrines sociales de ces groupements sont flottantes, il compte sur Tinfluence naturelle des contacts et sur Tascendant des idées précises que ses membres propageront pour dissiper les préventions et rallier les esprits hésitants. » C'est là, nous le répétons, un excellent état d'esprit; il explique la sympathie qui, dans la région lyonnaise et hors de cette région, entoure les groupes d'études et d'action fédérés autour de la Chronique du Sud^Est^ Il a été pour beaucoup dans le succès de la dernière innovation de cette jeune et puissante fédération: nous voulons dire l'institution des Semaines sociales^.

1. On lira avec intérêt une brochure de M. Joseph Vialatoux, intitulée la Fédération des Groupes d'études du Sud-Est (son but, ses tendances sociales, ses coutumes). (Aux bureaux de la Chronique du Sud-Est Lyon, 10, quai Tilsitt).

2. Nous en avons parlé précédemment, cf. pages 177 et suivantes.

Les récentes élections italiennes ont été marquées par un fait d'importance : les catholiques paraissen" s'être abstenus en moins grand nombre que par passé. La chose est surtout significative dans la province de Bergame où, jusqu'ici, la règle du Non expe dit était respectée dans toute sa rigueur. Or, le 6 novembre 1904, les catholiques de cette région ont fai élire un des leurs contre le député socialiste sortant. Mais ce serait leur faire injure que de voir dans cett^ élection un volontaire oubli des prescriptions pontificales ; et, sans crainte de démenti, VEco di BergamOy dont on n'a jamais suspecté la fidélité au Saint-Siège, déclarait au lendemain du vote : a Les catholiques de Bergame qui sont allés aux urnes se sont mis en état de pouvoir le faire en pleine tranquillité de conscience. »

La puissance électorale dont ils viennent de faire preuve pour le choix d'Un député leur appartenait depuis longtemps, et ils l'avaient plus d'une fois déployée dans les élections provinciales et municipales. Ils ont la majorité dans le Conseil provincial et dans la plupart des municipes de la région. Ils pourraient être les plus nombreux au Conseil municipal de Bergame, puisque, depuis 1893, ils disposent, dans la ville, de près des deux tiers des voix ; ils ne l'ont pas voulu : ils eussent été obligés, en effet, de choisir parmi eux le syndic, et celui-ci eût dû, le 20 septembre de chaque année, envoyer au roi un télégramme qui eût été la reconnaissance de la spoliation du Saint-Siège. Ils ont trouvé à cette difficulté une élégante solution. Sur les quarante sièges du Conseil municipal, leurs adversaires de toutes nuances sont assurés d'en obtenir huit. Restent trente-deux places : les catholiques n'en gardent pour eux que quatorze et en accordent dix-huit à des « libéraux » qui acceptent leur programme, mais

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