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Mais la fondation de Windthorst n'était pas destinée à être seulement un foyer de lumière : elle devait être aussi un centre d'action.

Elle Test devenue grâce à un bureau d'informations.

Cette institution a un double but :

1° Donner aux membres de l'Association populaire des consultations écrites sur toutes les questions relatives au fonctionnement des diverses assurances ouvrières;

2° Venir en aide aux personnes qui dirigent ou veulent fonder des œuvres et institutions économiques chrétiennes ; et, pour cela faire, leur procurer tous les renseignements, statuts et documents nécessaires, au besoin même en leur prêtant un appui matériel.

En vue de promouvoir la fondation d'institutions de ce genre, surtout de coopératives et d'unions professionnelles, le Comité directeur du Volksverein a publié des tracts spéciaux : dans toutes ces brochures, comme d'ailleurs, en général, dans toutes les publications de l'Association populaire, on insiste sur la nécessité des groupements de métiers pour le succès de la réforme sociale chrétienne.

C'est, en effet, ce succès que poursuit le Volksverein. Et dans ses efforts si divers, la lutte contre le socialisme révolutionnaire n'est, on peut le dire, qu'un incident. Le péril collectiviste a bien été, à l'origine, la raison d'être de l'Association populaire allemande, mais le but suprême que le Verein propose à ses quatre cent mille adhérents, c'est l'avènement et le triomphe du christianisme intégral.

Et il est permis d'affirmer que le Volksverein est pour une très large part dans la diffusion, en Allemagne, des doctrines du catholicisme social.

rable : après le Centre catholique, c'est le parti qui compte le plus grand nombre de députés au Parlement fédéral ; avec le Centre, c'est assurément le parti qui mène, à travers le pays, la plus active propagande. 11 pourra donc y avoir intérêt — et peut-être profit — à considérer comment les socialistes d'outre-Rhin ont su organiser cette propagande et grouper les forces populaires. Il y a là une leçon d'activité et de tactique qui peut ne pas être tout à fait inutile ^ .

De l'autre côté du Rhin, la propagande des idées qui ne plaisent pas à l'empereur ne se fait point sans difficultés.

Et d'abord, toutes les lois d'exception ne sont pas abrogées depuis bien longtemps. Dans ce pays où les catholiques forment au Parlement le parti le plus nombreux, le gouvernement impérial a maintenu jusqu'à ces derniers mois les dispositions législatives qui proscrivaient les Jésuites à titre individuel — et néanmoins,

1. Celle leçon, on peut la recevoir, non sans agrément, en lisant le livre que M. Edgard Milhaud vient de consacrer à la Démocratie sociale allemande. Sans doute, le volume du professeur d'économie politique à l'Université de Genève, est de taille : il compte près de six rcnts pages, il y a peut-être un peu de flottement dans le plan suivi, mais il est d'une lecture aisée et suggestive. J'ajoute que cette étude est écrite consciencieusement et qu'elle a été préparée par un assez long séjour dans le pays même. L'auteur a consulté les principales sources; il a causé avec les chefs de mouvement et entendu, dans les meetings, les principaux propagandistes.

D'ailleurs, il a pu d'autant mieux pénétrer dans les groupes socialistes allemands que lui-même est socialiste. Il le déclare dès la seconde page de son Avant-propos : « A la fin de l'année 1896 et pendant les premiers mois de 1897, j'ai vécu, dit-il, à Leipzig, socialiste, parmi les ouvriers socialistes, fréquentant les mêmes établissements qu'eux, instruit par eux de tout ce qui ])ouvait m'aider à connaître le mouvement, les accompagnant aux réunions publiques, aux fêtes familiales, prenant part avec eux aux démonstrations populaires. » Cette déclaration, qui ouvre le livre, est une garantie de la loyauté de l'auteur : assurément, il a vu et il écrit en socialiste, mais il ne s'en cache point et il ne nous invite pas à l'oublier. A nous, de nous souvenir du point <Ie vue spécial auquel s'est placé l'observateur et l'écrivain. Sous ces réserves, nous suivrons M. Edgard Milhaud dans son exposé de Taction et de l'organisation des Collectivistes allemands.

leurs, en Saxe, sont allés jusqu'à suspendre à la porte de leurs maisons des écriteaux portant ces mots : Entrée interdite aux socialistes notoires. » A leur tour, les socialistes se servent de cette arme du boycottage. « Ils font savoir à Thôte qui refuse sa salle que les camarades n'iront plus consommer chez lui tant qu'elle ne sera pas à leur disposition. Lorsque la population ouvrière est bien organisée, bien disciplinée, le boycottage réussit. Les socialistes n'avaient, à Berlin, qu'une salle un peu grande où ils pussent tenir leurs réunions publiques : par un boycottage bien conduit, ils ont conquis toutes celles dont ils avaient besoin. Une commission a été instituée, la Commission des locaux y qui signale, dans le VorwàrtSy les restaurateurs qui capitulent, et, par des feuilles volantes répandues dans les masses, font connaître les établissements de Berlin et des environs que l'on doit fréquenter. »

Cette difiiculté de se procurer des locaux avait donné l'idée à quelques militants de demander que le parti fît des avances pour construire des salles. Mais on n'a pas cru devoir s'engager dans cette voie. « Dans les villes où des membres du parti possèdent des restaurants, les groupes socialistes utilisent les salles de réunion de ces maisons; mais il n'y en a qu'un bien petit nombre qui puissent contenir plus de trois à quatre cents personnes. Dans certaines localités, les camarades se sont arrangés pour acheler ou construire des établissements avec salles de conférences : ils ont fondé des casinos ouvriers. Mais, même alors, le problème n'est pas définitivement résolu. Lorsque les autorités sont mécontentes de ces casinos, elles font naître mille difficultés. A Neuwied, l'établissement fut fermé parce qu'on y débitait de la bière; il a pu être ouvert à la condition expresse de renoncer à

dent demande : « Y a-t-il des apprentis dans la salle? » Personne ne répond. Le président continne : « S'il y « a des apprentis, je les prie de sortir. » Personne ne sort. Le fonctionnaire reprend : « Je vois un apprenti. <( — Je vous en prie, montrez-le-nous, je le ferai sortir, « lui dit le président. — Je vois un apprenti, répète le « fonctionnaire, je dissous la réunion. » On se retire, mais la salle est exaspérée.

Très souvent, un des orateurs du meeting est poursuivi pour telle ou telle de ses paroles jugées offensantes à regard du gouvernement. Très souvent également, il est condamné à la prison ou tout au moins à Tamende. Tous les ans, le comité directeur du parti socialiste consigne, dans son rapport au congrès, le nombre des années d'emprisonnement (en excluant les mois de prison préventive) et le chiffre des amendes auxquelles ont été condamnés les propagandistes : ainsi, en 1902, il y a eu de ce chef, comme condanmations prononcées, trois ans de réclusion, quarantehuit ans d'emprisonnement et vingt-deux mille francs d'amende.

M. Edgard Milhaud estime que ces mesures coercitives, si désagréables qu'elles soient pour les individualités du parti, contribuent, en réalité, à la diffusion des doctrines. A ce propos, il rappelle deux chiffres signilîcatifs : l'année où fut promulguée la loi des so^ cialistesy en 1878, il y avait en Allemagne 437.158 voix socialistes. Après douze années de régime d'exception, en 1890, le parti obtenait 1.427.298 voix. Ce chiffre est aujourd'hui de beaucoup dépassé. « Les socialistes, déclare notre auteur, s'accordent à reconnaître que les autorités de police, par leurs interdictions de réunions publiques, leurs dissolutions de sociétés, leurs saisies de feuilles volantes, obtiennent le résultat inverse du résultat cherché. Ces mesures de répression éveillent

Wi QUELQUES ORGANISATIONS DE PROPAGANDE SOCIALE.

huéoH. Dans les landtags, les élus reçoivent de TEtat una indi^mnité parlementaire. Ce sont alors les élus qui remettent au parti, à l'organisation du pays, une portion do leur traitement. Les écrivains du parti re- »;oivt»nt dos honoraires pour leurs travaux. On donne aux oratours que l'on envoie dans le pays des indemnitÔH do séjour. On entretient dans certaines localiit^M (ois organisateurs et propagandistes dont la pré- Mohoo o8t jugée nécessaire.

n On oxpédie des fonds à des circonscriptions où le parti ost faiblo encore. Les journaux qui se trouvent dauM un ombarras momentané reçoivent des subsides. Tuo fouillo socialiste doit-elle fournir une caution oloVlH^ lo parti avance la somme. Un rédacteur est-il povtrHuivi pour délit de presse : si le journal n'est pas a^HOt rioho, le parti prend à sa charge les frais de justh'o ; s'il y a condamnation, il pourvoit aux besoins du oaïuarade et de sa famille pendant la durée de la détoution. Un ouvrier est-il congédié pour son activité politique, le parti lui vient en aide; parfois, il lui fournit la somme nécessaire; j)our acheter un petit fonds de commerce qui lui permettra de vivre tout en s'occupant des affaires du parti. » On comprend qu'avec une telle organisation et un emploi si intelligent des ressources iinancières, le socialisme allemand ait fait de rapides et énormes conquêtes : à son service, il a un personnel, nombreux, dévoué, ardent — et dont c'est le métier d'être propagandiste, ou comme l'on dit là-bas, agitateur.

De ces agitateurs, il y en a aujourd'hui dans la plupart des localités ; le dimanche, ou dans la soirée en semaine, ils font des tournées, et c'est grâce à eux,, grâce à leur parole et aux brochures qu'ils distribuent, que ridée socialiste recrute chaque jour de nouveaux adhérents. 11 y a là, nous tenons à le répéter, une leçon

c'est essentiellement dans les syndicats que Ton s'est efforcé de grouper les femmes. »

Afin de développer le mouvement socialiste féminin, on avait créé en 1889 des « commissions de propagande parmi les femmes ». Mais, en 1895, ces commissions, ayant été considérées comme des sociétés politiques, furent obligées de se' dissoudre. On dut alors adopter le système des personnes de confiance qui était en vigueur pour la propagande masculine et que nous aurons Toccasion d'étudier en exposant l'organisation de la (( Social-Démocratie » allemande. Désormais ce sont des « femmes de confiance d qui convoquent les réunions destinées aux ouvrières, qui veillent à la distribution parmi celles-ci de brochures et de tracts, bref qui, dans chaque ville ou localité, dirigent la propagande socialiste auprès de la population féminine. Cette p)*opagande en est encore à ses débuts; elle ne semble pas avoir donné de très grands résultats: d'instinct, la mère et l'épouse sentent dans le collectivisme l'ennemi de la famille, et, quelles que soient leurs idées sociales, elles demeurent attachées à l'institution familiale.

Le parti socialiste allemand possède une organisation à la fois souple et puissante.

Cette organisation remonte, sauf quelques modifications récentes, au congrès de Halle de 1890, On se préoccupa surtout alors d'éviter que ce groupement pût tomber sous le coup des lois des divers Etats interdisant l^s coalitions de sociétés politiques.

La difficulté était grande de maintenir en rapport les unes avec les autres toutes les associations de la

2M QUILQI1B8 ORGANI8ATION8 Dl PEOPAGANDB SOCIALE.

Enfin un journal central, le Vorwàrt».

Au mois de décembre 1809, une loi d'empire supprima tonte interdiction relativement aux coalitions politiques. Aussi Torganisation des social-démocrates aurait^e pu être alors profondément modifiée. Certains eussent désiré qu'entre les groupes et Torganisme central, Fintermédiaire de la réunion publique disparût : le parti socialiste aurait eu une organisation fermée. « I..es partisans de cette transformation faisaient valoir que le parti y eût gagné au double point de vue de la cohésicm et de la puissance financière. La nécessité d*étre membre de Tassociation, membre d'un groupement socialiste, — c'est-à-dire de payer une cotisationi — pour avoir voix délibérative dans le parti, pour exercer les droits de citoyen socialiste, eût considérablement accru, selon eux, le nombre des membres des groupes et par suite les ressources du parti. »

Ce ne fut pas cependant la solution qui prévalut.

Elle avait, en etTet, rinconvénient d'exclure de rorganisation officielle un assez grand nombre de personnes auxquelles la loi interdit d'adhérer à des organisations politiques : ainsi, si ce système avait été adopté, les femmes et les ouvriers de TEtat eussent été dans Timpossibilité de faire partie de rassociation. « En organisant le parti sur le type d'une association fermée, on en eût écarté certains de ses adhérents, on eût fait d'eux, malgré leur meilleur vouloir, malgré leurs convictions, malgré leurs sacrifices et leurs efforts, des adhérents de second rang. Au congrès de Mayence, les femmes surtout firent valoir cet ordre de considérations, déclarant que puisqu'elles avaient, dans le parti, les mêmes devoirs que les hommes, elles devaient avoir les mêmes droits. Puisque, dans plu-

A la tête du parti socialiste, se troave, avons-nous dit, le comité directeur, composé des membres élus par le congrès annuel et surveillés par un autre comité, la commission de contrôle ^ comprenant neuf membres qui sont également désignés par le congrès.

Le comité directeur détient vraiment le pouvoir exécutif dans le parti de la social-démocratie : « Le comité directeur, dans Tensemble de la démocratie socialiste, est Torgane de la centralisation et de Funité. C'est par lui que sont rendus possibles les actions d'ensemble, les grands mouvements d'agitation, de protestation, qui vont d'une extrémité du territoire à l'autre, éveillant l'attention des masses indifférentes, remuant l'opinion publique. C'est par lui, par les tournées de propagande qu'il organise, par les brochures, par les feuilles volantes qu'il envoie aux personnes de confiance et que les personnes de confiance répandent, qu'au-dessus de toutes les considérations d'ordre local ou provincial les principes communs sont maintenus. C'est par lui qu'au point de vue financier un nivellement se fait entre les diverses parties de la démocratie socialiste, les fonds centra-

1. La commission de contrôle se réunit une fois au moins tous les trimestres; elle inspecte l'état delà caisse et l'état des livres du comité directeur; elle examine les comptes du Vorwdrts et de la librairie du parti.

Les membres de la commission de contrôle, r(ui n'habitent pas nécessairement la ville où réside le comité directeur, reçoivent des indemnités j)Our leur déplacement.

Les membres du comité directeur, qui se réunissent au moins deux lois par semaine, sont de véritables fonctionnaires qui reçoivent un traitement (312 fr. :>0 par mois pour chacun des deux secrétaires, 187 fr. 50 pour le trésorier et 62 fr. 50 pour les deux présidents).

passent dans le royaume de Saxe ; nous reproduisons son récit, d'autant qu'à quelques détails près, on procède de manière analogue dans les autres parties de Fempire allemand. « Un comité d'agitateurs qui se trouve à la tête de l'organisation locale du parti, raconte l'auteur de la Démocratie socialiste allemande, invite les camarades, quelques semaines avant la réunion, à se concerter pour savoir qui doit être élu comme délégué, et à lui donner connaissance du résultat de leurs conférences. Parfois, en même temps qu'il fait cette communication, il propose certains noms, que les camarades sont libres d'écarter. Le jour de la réunion venu, un membre du comité d'agitation fait connaître à l'assemblée les noms qui ont été proposés, et lui demande si elle veut faire d'autres propositions ; la plupart du temps, elle ne met en avant aucune nouvelle candidature. On fait alors circuler des bulletins de vote, tous les assistants, les femmes aussi bien que les hommes, inscrivent, suivant le cas, le nom d'un, de deux ou de trois candidats. Afin que les personnes qui n'appartiennent pas au parti n'assistent pas à ces réunions, on annonce celles-ci non par voie d'affiches, comme les autres réunions, mais par le moyen du journal du parti, que ne lisent en général que les socialistes. D'ailleurs, dans certaines villes, telles que Leipzig, toute personne qui veut entrer dans la salle de réunions doit « se légitimer », c'est-à-dire montrer sa carte de membre de groupe ou une carte délivrée par les personnes de confiance. »

Le congrès annuel est véritablement souverain : il tranche tout conflit, toute controverse, surgissant entre socialistes.

Il exerce son contrôle sur la politique suivie par les députés socialistes au Reichstag : ceux-ci doivent lui rendre compte de leur mandat, car, en même temps

que, par suite de la discussion, ropinion générale se soit peut-être modifiée. C'est dans cette soumission, pour V action, à la volonté de la majorité, que consiste la discipline, d Cette conclusion de M. Edgard Milhaud est faite sur un ton quelque peu triomphant : mais, il faut bien le reconnaître, malgré les divisions de doctrines et de personnes qui actuellement déchirent^ le parti socialiste allemand, celui-ci trouve dans ses congrès annuels le moyen de maintenir son unité d'action et sa force d'expansion.

On vient de voir, dans ses grandes lignes, l'organisation générale de la Social-Démocratie. Mais, dans la plupart des régions, à côté de l'organisation centrale, il existe des organisations locales.

En général, l'organisation locale réunit les groupes socialistes d'une même circonscription électorale, car la circonscription du Reichstag est l'unité administrative du parti. Pour être membre d'un cercle politique, il faut payer, outre un droit d'entrée, qui est généralement de 20 pfennigs (25 centimes), une cotisation mensuelle qui est aussi, généralement, de 20 pfennigs. Le paiement de la cotisation, attesté par un timbre apposé sur le cahier du membre, doit s'effectuer, sous peine d'exclusion, et sauf le cas de maladie ou de chômage, avec une parfaite régularité. Tous les ans, un congrès réunit les délégués de ces groupes qui sont, avant tout, des centres d'activité et de propagande révolutionnaires.

Au-dessus du groupement par circonscription électorale, mais au-dessous de l'organisation générale du parti, il y a un groupement par régions politiques,

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