‹ Activités sociales (volume 2)Chapitre 8 sur 51 · EXEMPLE SYNDICAL · texte numérisé non relu

EXEMPLE SYNDICAL

I. Une œuvre de longue haleine : modifier la mentalité populaire. — Les hommes « ne s'occupant que de l'heure qui sonne » . — Les deux «journées sociales » d'Amiens. — IL Un exemple : le syndicat des employés du commerce et de l'industrie. — Un syndicat nettement professionnel. — Noyau homogène. — La progression du nombre des syndiqués. — Comment le syndicat des employés sut rester indépendant. — III. Les services annexes. — Un bureau de placement. — Le « chef-d'œuvre ». — Maintenir les prix. — Cours professionnels. — Huit groupements. — IV. Le service des escomptes : 130.(X)0 francs d'économies. — Caisse du prêt gratuit. — Un résultat moins brillant. — La soupe et les côtelettes syndicales. — Villégiature syndicale. — V. Un bulletin qui a une vraie valeur professionnelle : V Employé. — Le « cerveau «• du syndicat : la commission d'études. — Le syndicat prend part aux divers congrès, nationaux et internationaux, d'employés. — L'incident du Congrès de Bruxelles. — Des hommes qui ont su s'imposer à leurs adversaires.

La gravité des événements ne doit pas détourner les catholiques de l'action sociale, car, plus que tous les autres, les groupements sociaux, constitués sur la base chrétienne, pourront modifier la mentalité populaire. C'est assurément une œuvre de longue haleine et dont on ne peut toujours attendre des résultats immédiats. Mais, suivant la forte parole de Pie X, nous

ne devons pas être de ces hommes ne s'occupant que de l'heure qui sonne.

Or, parmi les groupements sociaux, il n'en est peutêtre aucun qui soit appelé à rendre plus de services que le groupement professionnel : pour notre compte, nous souhaitons voir les catholiques encourager et soutenir de toutes leurs forces les syndicats vraiment professionnels. Et, par cette expression, nous ne désignons aucun de ces syndicats qui obéissent à Tinfluence de politiciens ou de meneurs intéressés, quels que soient ces meneurs et ces politiciens. Un syndicat doit avoir uniquement à cœur la défense des justes intérêts de ses membres : il ne devrait jamais devenir une arme de lutte politique, ou, par contre, un moyen détourné d'asservissement économique.

Si parmi nos lecteurs, il en est qui doutent delà nécessité d'encourager les organisations syndicales, nous leur signalerons une brochure de nature à les éclairer et, croyons-nous, à les convaincre. C'est le compte rendu des Journées sociales d'Amiens^ tenues en septembre 1905 par la Jeunesse catholique de la Somme, sur la très opportune initiative de M. A. DoaP, et avec l'active collaboration de M. J. Dusart. Ces deux journées ont été entièrement consacrées à l'étude des principales questions que soulève l'organisation professionnelle. M. Louis Lorgnier a exposé l'histoire des corporations jusqu'en 1789, M. A. Doal a examiné les tentatives d'organisation syndicale qui se sont produites de la Révolution à 1884, M. l'abbé Léguillier s'est occupé de la législation et de l'état actuel des syndicats, M. Fabbé Garet a recherché les « mesures immédiates nécessaires à l'organisation profes-

1. V organisation professionnelle. Compte rendu des Journées sociales d'Amiens, 25 et 26 septembre i905 (Péronne, A. Doal, imprimeur éditeur, 4905).

dérés dans leurs revendications, mais on vit se multi-^ plier les unions tapageuses, violentes, révolutionnaires. Où était l'avantage?

Le syndicat des employés, que Ton appelle fréquemment, du ' nom de son siège sociaP, le syndicat des Petits-Carreaux, constitue une exception : nettement chrétien, il fut non moins net dans sa volonté de servir et de défendre les intérêts des employés. Dans une déclaration collective du conseil syndical, faite presque au début de Tinstitution, nous lisons, en effet : « Nous entendons que le syndicat soit pour chacun de nous l'instrument de la sécurité dans l'emploi, de l'aisance dans la famille, de l'élévation dans la position sociale, b Et le conseil syndical s'est tenu parole : il en a été récompensé par les progrès réguliers de l'association qui aujourd'hui compte plus de 3.600 membres et dont l'action s'est fait parfois sentir dans les milieux officiels. Aussi sommes-nous de l'avis de M. Ch. Claverie qui, dans une très intéressante monographie ^, écrivait récemment : « ... Jusqu'à ces dernières années, les syndicats socialistes avaient eu une singulière bonne fortune. Ils avaient vu se grouper autour d'eux, ne fût-ce que de très loin et en protestant intérieurement contre cette alliance bizarre et équivoque, des hommes que tourmentait tout bonnement et avec rai- . son, la nécessité d'une amélioration dans leur existence, sans admettre pourtant les doctrines subversives d'un socialisme en délire. L'entrée en scène de syndicats comme celui des employés du commerce et de l'industrie a eu pour effet de modifier singulièrement certaines attitudes. Beaucoup d'employés, indifféfents

1. Le siège du syndicat est établi à Paris au 14 de la rue des Petits - Carreaux.

2. Monographie syndicale : Syndicat des employés du commerce et de l'industrie (Action populaire, V. Lecofifre, éditeur).

d'autres syndicats, il s'agit vraiment là de membres dévoués et payant leur cotisation : ce ne sont pas seulement des individus inscrits un jour de propagande et que Ton ne revoit plus jamais ensuite.

Le tableau suivant donnera d'ailleurs une idée de la progression du nombre des membres et de la proportion, toujours croissante, des cotisations payées :

Nombre

Proportion

de

dee

Lunées.

membres.

ootisatUmB payées.

Dans la défense des intérêts des employés, le syndicat des Petits-Carreaux peut agir — et agit — en toute indépendance*. Cette autonomie, qui explique en

1. Pour bien marquer cette indépendance, nous ne pouvons mieux faire que de citer le passage suivant du rapport présenté à l'assemblée généraledul"' juilieti902, dans lequelle caractère professionnel du syndical est affirmé à rencontre des syndicats rouges et des syndicats jaunes :

• Nous nous sommes groupés entre catholiques sur le terrain syndical parce que nous vouions pouvoir défendre nos intérêts professionnels sans servir la passion politique et sans adhérer aux principes du matérialisme...

« Nous avons vu, ces temps derniers, la puissance syndicale se partager eu deux camps : Syndicats rouges d'un côté, Syndicats jaunes de l'autre ; ce n'est d'ailleurs qu'en spectateurs que nous avons assisté à cette division, car si, d'une part, les Syndicats rouges nous sont trop

125 francs; à 20 ans, 150 francs. Le tarif syndical s'arrête à ces indications. Au-dessus, les appointements dépendent de la capacité de chacun.

Ce service est très actifs : depuis les débuts, le syndicat a effectué dix mille placements. Aussi M. Fabbé Lemire, qui présidait une des récentes assemblées générales, pouvait-il dire : « ... Ce bureau de placement, que j'appellerai volontiers votre chef-d'œuvre, procure à peu près deux emplois par jour. C'est, au point de vue social et même au point de vue moral, un bienfait dont vous ne pouvez calculer ni mesurer l'importance. Mettre quelqu'un à même de gagner sa vie, cela vaut mieux que de lui faire gagner un gros lot. Voilà pourquoi je souhaite que votre œuvre de placement étende ses ramifications de toutes parts ; qu'elle projette son bienfaisant réseau sur tous les quartiers de Paris; que par des correspondants elle embrasse la France entière. Il faut que ce ne soit pas seulement à deux jeunes gens par jour qu'elle donne des emplois, mais à vingt et à trente. Voilà le bon moyen de faire apprécier et aimer l'action des catholiques. »

Le syndicat donne aux jeunes employés le moyen de développer leur savoir, surtout leur savoir professionnel, et partant de pouvoir aspirer à une situation plus avantageuse : il a organisé, en effet, un certain nombre de cours de comptabilité, de sténographie-dactylographie, de droit commercial, d'anglais, d'allemand et d'espagnol.

Cette formation technique a reçu un heureux complément pratique dans la constitution des groupes

\. Ce service de placement gratuit a fait tomber la moyenne des chômeurs du Syndicat à 2 X, alors que , d'une façon générale, cette moyenne s'élève pour les employés à 5 X- (Rapport de M. Charles Viennet, secrétaire, présenté à l'Assemblée générale du 3 juin 1905. Cf. Annuaire du Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie pour 90G.)

On voit que ces groupements, outre les services qu'ils rendent à leurs adhérents, s'efforcent, pour la plupart, d'organiser quelque chose d'agré8Î)le ou d'avantageux pour l'ensemble des membres de Fassociation syndicale.

Passons aux services d'ordre économique créés par le syndicat.

D'abord'le service des escomptes. Les syndiqués ont obtenu de fortes remises dans un grand nombre de maisons. Pour avoir droit à ces remises, les syndiqués, en faisant leurs achats, demandent une facture acquittée. Ces factures sont présentées ensuite, une fois par mois, aux fournisseurs par l'administration syndicale qui rembourse ensuite aux sociétaires les escomptes correspondant à leurs emplettes *. Pendant la période de 1887 à 1905, le syndicat, au moyen de son système d'escompte, a encaissé sur un chiffre total de factures de deux millions de francs, une somme de 150.000 francs, il a retenu pour sa part environ 20.000 francs et a versé

1. Pour faciliter le règlement des escomptes, le syndicat a adopté des méthodes différentes suivant le commerce exercé par le fournisseur.

a) Système des factures. Cette méthode le plus ordinairement employée s'applique à tous les fournisseurs autres que les maisons d'épicerie, boulangerie, laiterie. Le sociétaire, en réglant ses achats, demande une facture acquittée sans avoir besoin en aucun cas de faire connaître sa qualité de syndiqué. Celte facture est adressée au siège social.

b) Système des carnets. Le syndicat délivre gratuitement aux sociétaires qui en font la demande deux carnets, dont l'un en échange de l'autre, sur lesquels le fournisseur inscrit le montant de l'achat effectué. Ces carnets, déposés mensuellement au siège social, tiennent lieu de factures. Le système s'emploie surtout pour l'épicerie.

c) Système des jetons. Les syndiqués sont priés de réclamer à leurs fournisseurs des jetons pour une valeur équivalente à leur achat. Ces jetons tiennent lieu de facture.

« villégiature syndicale »*. A Saint-Laurent-sar-Mer, un chalet est ouvert Tété aux syndiqués qui peuvent y venir passer leurs quelques jours de congé, seuls ou avec leur famille. Lés prix sont des plus modérés : logement et nourriture, 2 fr. 50 pour les jeunes gens couchant en dortoir, 3 francs pour les pensionnaires en chambre. Il serait difficile de réaliser organisation plus économique.

Obligé de me restreindre, je cite seulement la « commission des soldats », qui se met à la disposition des futurs conscrits pour les préparer à bien remplir leur devoir patriotique ; je rappelle simplement la publication de l'excellent bulletin périodique, V Employé^ ^ et j'arrive à Tun des organes essentiels du syndicat, à celui qui, plus que tous les autres, a donné à ses adhérents conscience du rôle important des associations professionnelles, je veux dire la Commission d* études.

Depuis une dizaine d'années, le troisième vendredi de chaque mois, se réunit cette commission qui est vraiment dans le syndicat « la tête qui pense et qui conçoit la

1. Dans cet ordre d'idées, nous signalerons la colonie syndicale organisée par les syndicats féminins de Lyon. (Cf. Eti plein air, p. 26, Lecoffre, éditeur.)

2. Voici, comme exemples, les titres de quelques-uns des principaux articles parus dans VEmployé en i905 : Le commerce français à l'étranger; le commerce de l'Angleterre; les distractions de l'employé; le logement de l'employé; le crédit et l'épargne de l'employé; l'hygiène de l'employé; l'assurance contre la vieillesse et l'invalidité ; les retraites ouATiéres ; le Code du travail ; la législation du travail eu Angleterre et la Nouvelle-Zélande; le Délai-Congé ; vendeurs aut détail; le travail aux États-Unis; les origines de la Mutualité; participation aux bénéûces; le prêt gratuit; le repos hebdomadaire; les deux syndicalismes.

Comme on le voit, ce bulletin syndical est des mieux compris et sa lecture ne peut que développer la valeur intellectuelle et professionnelle des adhérents.

Commerce et de l'Industrie de Paris. A cet appel, M. Arthur Rozier, conseiller municipal de Paris, membre du Conseil d'administration de la Chambre syndicale des Employés, dont le siège est à la Bourse du Travail, demande la parole :

* Nous formulons, dit-il, les plus expresses réserves au sujet de Padmission de ce Syndicat qui est un Syndicat confessionnel. En effet, pour être admis à en faire partie, il faut appartenir à une religion déterminée. «•

M. Jules Zirnheld, délégué du Syndicat des Employés, répond : « Nous avons, en effet, érigé notre Syndicat sur un terrain bien défini. Ce n*est point une raison pour que nous n'ayons rien fait au point de vue du bien-être des employés. Si vous voulez la raison de notre recrutement spécial, la voici :

« Pendant longtemps les catholiques de France se sont montrés réfractaires à l'organisation syndicale, à cause du caractère politique qu'elle revêtait le plus souvent. C'est alors que nous avons eu la pensée de fonder un Syndicat exclusivement réservé aux employés catholiques, dans lequel ils pussent entrer en toute confiance. Notre but n'était pas un but religieux, mais bien celui qui nous rassemble tous en ce moment, c'est-à-dire l'amélioration du sort des employés. D'ailleurs, je vous aurai suffisamment renseigné sur la légalité de notre association, lorsque je vous aurai dit qu'elle est notoirement connue au Ministère du Commerce qui la consulte au besoin dans ses enquêtes sociales, et qu'elle participe valablement à tous les actes officiels qui sont actuellement permis en France au monde du travail.

« Nous sommes réunis ici pour répondre à l'appel adressé à toutes les associations d'employés, ne pensant pas que nos convictions personnelles fussent un motif d'exclusion. Notre but, je le répète, n'est pas un but confessionnel, et nous n'avons d'autre ambition que de servir comme vous la grande cause des employés. >•

M. Bologne, conseiller communal socialiste de Liège, intervient alors :

« J'engage, dit-il, les camarades à admettre le Syndicat en question. Nous avons fait appel à toutes les bonnes volontés; il nous apporte la sienne ; nous n'avons pas à discuter ses opinions philosophiques. •

M. Troclet, député socialiste de Liège, demande à son tour la parole : « Je partage l'opinion de Bologne, dit-il. Pourquoi exclure les catholiques? Je me souviens qu'un incident semblable à celuici surgit un jour, dans une assemblée, en Suisse. Permettezmoi de conclure comme le fit alors M. Decurtins qui déclara : « Notre esprit doit être un esprit de large neutralité. »

Et M. Bologne ajoute : « Il y a ici des délégués de Syndicats neutres, mais il y en a d'autres qui représentent des Syndicats

dans le Midi pour lutter contre les syndicats rouges. — Un nouveau type de syndicat mixte qui donne satisfaction aux ouvriers viticoles. — L'organisation du syndicat agricole mixte de Tourouzeiles (Aude). — Une commission de conciliation et d'arbitrage. — Comment à Tourouzeiles on a diminué le chômage des ou\Ticrs syndiqués. — Excellents résultats obtenus par ces syndicats. — Un essai de syndicat mixte pour les bûcherons du Loiret. — L'organisation professionndle s'impose comme solution de la crise sociale qui commence à menacer le monde agricole.

Un fait vient de se produire en France, dont l'importance relativement faible encore, pourrait grandir avec rapidité suivant les occurrences politiques et les conditions économiques. C'est Torganisation de syn-dicats d'ouvriers agricolesy — et de syndicats ayant une orientation nettement socialiste et réifolution" naire.

Comment expliquer la naissance de telles associations et quel en est le développement actuel? Quels remèdes, d'autre part, propose-t-on,.pour rétablir la paix sociale, ainsi profondément troublée en certaines régions de notre pays ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous voudrions répondre.

Depuis un demi-siècle, la technique agricole subit de profondes transformations, que l'on exprime, dans leur ensemble, par la formule un peu vague « d'industrialisation de l'agriculture ».

L'introduction du machinisme, surtout des moteurs à vapeur, a modifié jusqu'à l'aspect de la campagne. Aujourd'hui, les routes sont sillonnées de tramways et de chemins de fer vicinaux ; dans les cours des fermes ou dans les champs, on aperçoit en mouvement nombre

profit de cette situation en essayant de donner un caractère révolutionnaire à ces groupements naissants, répondant ainsi à une évolution, doctrinale et pratique, de leur parti.

Si Ton en excepte les très anciens écrivains du socialisme utopiste, on peut affirmer que les théoriciens socialistes ont délaissé les questions agricoles. Sans doute, dans le Capital, Marx tient compte de la transformation de la petite propriété anglaise en grande propriété terrienne, mais ce qu'il y a d'essentiel dans le marxisme a pour base des faits d'ordre industriel. Jusqu'en ces derniers temps, il en était ainsi dans toutes les écoles socialistes qui se préoccupaient, avant tout et à peu près exclusivement, des problèmes intéressant les ouvriers des villes. Aujourd'l^ui, il y a dans les préoccupations des chefs du mouvement une réaction rurale. Elle a commencé à se produire le jour où il est devenu évident que le collectivisme ne se réaliserait point par une brusque et prochaine révolution, mais qu'au contraire la conquête des pouvoirs publics par les moyens électoraux restait la seule chance sérieuse de succès. De ce moment, les socialistes résolurent la conquête des masses paysannes.

Le ralliement des gens de la campagne au programme du « parti ouvrier » ne pouvait s'opérer sans qu'on élaguât le programme doctrinal : il fallait faire disparaître notamment le fameux article portant suppression totale de la propriété privée. Alors, se répandit dans les milieux socialistes, la théorie de « la reprise partielle de la terre ». Elle fut défendue à la Chambre, en 1893, par M. Jules Guesde qui invoquait les décisions de deux congrès de Roanne (1882) et de Roubaix (1884) ; la première de ces assenîblées laissait les instruments de production aux petits producteurs, la seconde conservait leur propriété aux petits propriétaires.

66 DANS LE MOrïDE RURAL.

tant pour les ouvriers à la journée que pour les loués à l'année (bouviers, vaïets dm ferme, filles de ferme, etc.).

Art. 2. — Création de prud'hommes agricoles.

Art. 3. — Interdiction aux communes d'aliéner leurs terrains communaux ; amodiation par l'ultat aux communes des terrains domaniaux maritimes et autres actuellement incultes; enfploi des excédents des budgets communaux à l'agrandissement de la propriété communale.

Art. 4. — Attribution par la commune des terrains concédés par l'Etat, possédés ou achetés par elle, à des familles non possédantes associées et simplement usufruitières, avec interdiction d'employer des salariés et obligation de payer une redevance au profit du budget de l'assistance communale.

Art. 5. — Caisse de retraite agricole pour les invalides et les vieillards alimentée par un impôt spécial sur les revenus de la grande propriété.

Art. 6. — Achat par la commune de machines agricoles et leur location à prix de revient aux travailleurs agricoles; création d'associations de travailleurs agricoles pour l'achat d'engrais, de grains, de semences, de plants, etc., et pour la vente des produits.

Art. 7. — Suppression des droits de mutation pour les propriétés au-dessous de 5.000 francs.

Art. 8. — Réduction par des commissions d'g<rbitrage, comme en Irlande, des baux de fermage et de métayage, et indemnité aux fermiers et aux métayers sortants pour la plus-value donnée à la propriété.

Art. 9. — Suppression de l'article 2102, C. civ., donnant au propriétaire un privilège sur la récolte ; suppression de la saisie-brandon, c'est-à-dire des récoltes sur pied ; constitution pour le cultivateur d'une réserve insaisissable comprenant les instruments aratoires, les quantités de récoltes, fumiers et têtes de bétail indispensables à l'exercice de son métier.

Art. 10. — Révision du cadastre et, en attendant la réalisation de cette mesure générale, révision parcellaire par les communes.

Art. 11. -^ Cours gratuits d'agronomie et champs d'expérimentation agricole.

Ce programme, combiné de façon à dissiper les défiances et à flatter les secrètes jalousies du paysan, fut répandu à des milliers d'exemplaires, et Ton édita une brochure qui le commentait :

Vous savez maintenant, y était-il dit aux cultivateurs, comment le Parti ouvrier, dont on vous faisait un monstre, comprend vos intérêts et leur défense. Vous savez dans quel but il s'adresse à vous et vous invite à vous joindre au prolétariat industriel, déjà organisé pour chasser du pouvoir les faux républicains qui vous exploitent depuis trop longtemps et installer au gouvernement le parti du travail et des réformes. Vous viendrez au Parti ouvrier qui, le premier, a pris votre cause en mains et est le seul parti politique qui ne vous offre pas à manger dans une assiette vide.

En somme le congrès de Marseille marque vraiment le début des tentatives socialistes dans les milieux ruraux français. VAlmanach du Parti ouvrier pour 1893 le notait en des termes qu'il n'est pas inutile de rappeler, aujourd'hui que nous sommes témoins des premiers résultats de l'action révolutionnaire :

c Le congrès de Marseille, lisait-on en effet dans cet opuscule, aura donné au Parti ouvrier avec un programme agricole, le pont qui lui manquait pour transporter sa propagande dans le milieu rural, enpleine paysannerie française. Jusqu'alors, nous avions dû nous limiter au prolétariat industriel. Le machinisme, en l'agglomérant dans de vastes usines, le livrait pour ainsi dire au socialisme, qui, divisant très intelligemment sa tâche pour mieux Taccomplir, a levé sa première armée dans la classe ouvrière proprement dite. Mais il n'oubliait pas que derrière les serfs de la machine, il y avait, plus nombreux encore, quoique plus éparpillés, les serfs des champs, qu'il aurait à conquérir un jour. Le temps au programme de Marseille de pénétrer dans les campagnes, et le pacte d'alliance nécessaire sera scellé entre le travail agricole et le travail industriel, combinés en une seule armée contre la réaction capitaliste et gouver-

nementale. C'en sera fait de la dernière forteresse sur laquelle le conservatisme bourgeois comptait pour arrêter dans sa marche la Révolution sociale. »

Sous les mots sonores, il est indispensable de découvrir le rêve persistant des meneurs du socialisme, à savoir la conquête de ce qu'ils appellent la paysannerie française ^ . Examinons où ils en sont de cette conquête ardemment désirée.

En France, leurs efforts pour Torganisation des onvriers agricoles, se sont produits ou, plus exactement, ont été favorisés par les circonstances en deux régions principales : dans le Midi viticole et dans les régions boisées du Centre, chez les vignerons du bas Languedoc et chez les bûcherons du Cher ou de la Nièvre.

Bien que le mouvement, entre ces deux centres, présente quelques ressemblances et, d'une manière générale, s'explique par les considérations que nous indiquions au début de ce chapitre, cependant, pour mieux en marquer les origines et les développements, il convient d'étudier séparément ce qui touche aux ouvriers forestiers et ce qui concerne les viticulteurs.

Vers 1891-1892, les bûcherons du Centre s'étaient mis en grève, dans un grand nombre de localités : ils réclamaient une augmentation des salaires qui étaient

l.Cf. sur ces efforts Paul Consiini^ Socialisme et Action rurale {Lecoffre, éditeur). Ce mouvement est particulièrement marqué en Italie : Cf. Paolo Mazzoldi, Le syndicalisme rural en Italie dans le Mouvement socialiste du 15 janvier 1906 (Au Congrès de Bologne, 704 • ligues » étaient représentées comprenant environ 150.000 travailleurs agricoles). A consulter sur ces questions l'ouvrage très documenté du c*« de Rocquigny : Ligues et Grèves de Paysans (A. Kousseau, éditeur, Paris, iî)04).

causée par la substitution du fer au bois dans les tructions, par Tachèvement des grands réseaux ferrés, pa la ruine de la marine marchande. L*importation des boi de Norvège pour la marqueterie et la menuiserie, celle du^ sapin et des gros arbres pour tous les emplois a été d^ plus en plus forte : de 1894 à 1898, nous avons enviroc»- 140.780.000 francs par an d'importation et l'exportation n^ s'élève qu'à 41.822.000 francs.

On consomme de moins en moins le bois de chauffage : en 1873, Paris en achetait plus de 400.000 stères; une vingtaine d'années plus tard, la capitale diminuait du quart sa consommation ^ ; par contre, dans le même laps de temps, l'emploi de la houille triplait environ. Le charbon de bois est également remplacé par le charbon de terre. Il n'est pas jusqu'à l'écorce, utilisée pour la tannerie, qui ne se place aujourd'hui plus difficilement. Résultat : une baisse de prix qui entraîne une baisse dans les tarifs payés aux bûcherons.

La baisse considérable des salaires ne fut pas acceptée. Les ouvriers agglomérés dans les coupes, au nombre de quinze à soixante ou même quatre-vingts par coupe, prirent conscience de la communauté de leurs intérêts et s'encouragèrent mutuellement à la résistance. Chaque fois que, dans le bois, l'agglomé-

1. Les droits d'octroi sont pour quelque chose dans cette diminution. Aussi, à son assemblée générale de 1903, la Société des Agriculteurs de France, qui prend toujours en mains la défense des intérêts agricoles, votait-elle le vœu suivant : « Considérant que, depuis 4872, la consommation de la houille a quintuplé, tandis que celle du bois a diminué d'un tiers et celle du charbon de bois de un huitième... Que le bois de chauffage, payant un droit d'octroi égal et même supérieur à sa valeur d'origine, doit subir une détaxe proportionnelle, d'autant plus qu'il se substitue aux houilles d'Angleterre et de Belgique... Que le charbon de bois, à son entrée à Paris, paie 33 pour 100 de sa valeur, tandis que la houille paie 18 pour 100 seulement... La Société estime qu'il y a lieu de demander le dégrèvement total des droits d'octroi .«ur les charbons de bois, fagots et coterets, un dégrèvement des deux tiers sur les bois à brûler, et une augmentation proportionnelle de fr. 28 sur les houilles et charbons de terre ».

ration fait défaut, nous constatons Tabsence de grèves et la soumission des travailleurs aux offres de Temployeur. Ainsi : « les abatteurs, les charbonniers, les scieurs de long, dès l'origine ne se coalisent ni ne s'organisent, quoiqu'ils eussent, pour le faire, les mêmes motifs que les bûcherons proprement dits. Mais c'est qu'ils sont par deux ou par quatre perdus dans les forêts, couchant dans les cabanes ; ils n'ont point entre eux de communications, ils sont plus sérieusement sous la main de l'employeur. Ils ne peuvent songer à profiter des avantages que leur donnerait, dans une lutte ouvrière, leur situation privilégiée de travailleurs ayant une instruction professionnelle » .

Pour faire triompher leurs revendications, les bûcherons se mirent en grève et organisèrent des « comités de résistance » qui se transformèrent le plus souvent, surtout dans le Cher, en associations permanentes et syndicales : « Chez les bûcherons, lit-on dans une publication de l'Office du travail ^ , la grève a précédé le syndicat ; celui-ci a été la conséquence de celle-là. »

Le mouvement se généralisa : après plusieurs semaines de lutte, les marchands de bois se virent obligés de céder sur bien des points et les salaires se relevèrent d'un seul bond de près de 50 pour 100. Ils atteignirent en moyenne 1 fr. 75 à 2 francs. Le retentissement de ce succès fut d'autant plus grand que, Tété venu, les bûcherons syndiqués, se répandant dans les villages, s'employèrent aux travaux des champs et vulgarisèrent, parmi les paysans, les idées nouvelles de « lutte des classes ». La Fédération des syndicats forestiers du Cher émit, en juin 1892, la prétention de fixer les prixpourles labeurs agricoles. Le groupe de

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