Le Mouvement socialiste, 15 décembre
congrès : c'est le point de départ d'une nouvelle vie syndicaliste. L'ouvrier rural, jusqu'ici indifférent, veut maintenant savoir; il discute, tâche de comprendre, se serre près de ses camarades. L'éducation syndicale fait de rapides progrès; des camarades se sont signalés dans les différentes sections, par leur intelligence, leur énergie, leur bonne volonté : leur influence s'est fait ressentir, et nul doute qu'ils ne guident le prolétariat agricole vers un intégral affranchissement. »
Cet enthousiasme a dû baisser de ton : le troisième « congrès des travailleurs agricoles et parties similaires de la région du Midi » qui s'est tenu à Perpignan du 13 au 16 août 1905, ne semble pas avoir été marqué par un brillant succès. Les syndicats représentés étaient moins nombreux qu'au congrès de Narbonne et, pour expliquer cette diminution, le secrétaire général, M. Ader. déclara que « bon nombre des syndicats, et des plus militants, avaient eu à supporter le lourd poids des dernières grèves et que condamnations et amendes ne leur avaient point été épargnées, ce qui les avait mis dans l'impossibilité de se faire représenter1 ». Les débats n'ont pas présenté vif intérêt : les congressistes ont décidé le maintien de la réglementation du travail votée à Narbonne. se sont occupés des retraites ouvrières et ont préconisé l'incorporation des paysannes dans leurs syndicats.
Dès 1904. les meneurs avaient cru le moment venu, de constituer une Union fédérale terrienne qui engloberait, dans la France entière, les syndicats de travailleurs agricoles, viticulteurs, bûcherons, horticulteurs, journaliers de toute sorte. La fondation de cette union fut décidée dans une conférence qui eut lieu au cours du congrès de Bourges et à laquelle assistè-
i. Cf. (>. E. Prévôt i Revue socialiste <le septembre V*0o. p. 3<;:;.
rent les délégués des « organisations terriennes ». Voici l'ordre du jour adopté à cette séance :
Les délégués des travailleurs de la terre, ouvriers agricoles, bûcherons, jardiniers, journaliers, horticulteurs, etc.. présents à la conférence: considérant : que l'union intime de tous les travailleurs de la terre pour la défense de leurs intérêts s'impose de plus en plus: qu'il est utile que les groupements régionaux et les syndicats isolés aient un lien commun: décident en principe la création d'une « Union fédérale nationale des travailleurs de la terre », qui, tout en laissant à chaque groupe l'autonomie qui lui est nécessaire en raison de la diversité des travaux terriens, serait le trait d'union pour la défense de tous les intérêts généraux des travailleurs de la terre, et prendra le nom d'Union fédérale terrienne.
Décident que chacun des organismes représentés au congrès de Bourges sera d'ici à l'année prochaine chargé, chacun en ce qui le concerne, de prendre les mesures nécessaires et de faire dans son milieu toute la propagande utile pour que cette décision reçoive une prompte réalisation.
Décident, en outre, qu'aux prochains congrès annuels que tiendra chacune des organisations, un délégué sera envoyé dans ces congrès par chacune des organisations représentées.
Les délégués ont la ferme espérance que du rapprochement des organismes de la terre sans distinction sortira bientôt un puissant organisme étroitement lié à la grande famille prolétarienne, qui entraînera des conséquences incalculables pour l'amélioration du sort des exploités des bois et des champs et l'affranchissement intégral du prolétariat en voie d'émancipation.
Assurément, il ne faudrait pas être dupe des mots. Le « prolétariat des bois et des champs » est loin d'être organisé sous les ordres des prôneurs de révolution.
Cette Union fêdérative des travailleurs de la terre (tel est le titre qu'elle a récemment pris) n'est pas encore très agissante ; mais elle est constituée, son con-
seil d'administration est formé des secrétaires généraux de trois fédérations (bûcherons, viticulteurs et jardiniers' ; il se réunit périodiquement et il agit sous l'influence de la Confédération générale du travail dont les récentes grèves ont montré la puissance. Nous assistons donc, surtout dans le Midi et dans le centre de la France . au début d'un mouvement qui pourrait s'étendre si les circonstances continuaient à le favoriser et surtout si les propriétaires, insoucieux des dangers de demain, ne prenaient pas d'énergiques et généreuses résolutions. Ce sont ces résolutions qu'il nous reste à examiner : pour le faire, il nous suffira de dire ce que l'on a très opportunément commencé à créer dans la région du Midi2.
Après un premier moment de surprise et de mécontentement bien compréhensible, les propriétaires de vignobles se sont ressaisis : un examen attentif et impartial de la situation leur fit reconnaître qu'il y avait « quelque chose » à tenter. Il fallait tout d'abord se garder de heurter de front les ouvriers agricoles, dont de beaux parleurs avaient su exaspérer l'irritation; on devait aussi faire le départ entre leurs réclamations et s'appliquer à donner satisfaction à celles qui étaient justes et d'une réalisation possible; enfin, par tous les
1. En 1908, la Fédération des ouvriers jardiniers a tenu un congrès à Orléans.
■2. Le Centre et le Midi de la France senties deux régions où le mouvement a pris une réelle importance. .Mais, en d'autres points de notre pays, on constate des symptômes significatifs ; de-ci de-là se constituent (1. s syndicats de métayers (notamment dans les Cliarenfes et dans les Landes). Cf. à ce sujet un article de M. Robert Ornai dans l'Univers du M mai 1906.
moyens, on s'efforcerait d'améliorer la condition matérielle des journaliers et, d'autre part, on organiserait une force capable de tenir en respect les manifestants des syndicats rouges.
C'est l'œuvre que se sont proposée un certain nombre de syndicats mixtes d'un type un peu spécial, fondés depuis quelques mois, dans la région du bas Languedoc; ils semblent avoir atteint leur but et nous paraissent un des meilleurs remèdes que Ton puisse adopter dans la crise présente.
D'abord, ils rapprochent utilement les deux éléments en présence ; d'un côté, les propriétaires, de l'autre, les journaliers ; mais ils les rapprochent sans les confondre, en respectant dans leur organisation la diversité des conditions et des intérêts. Le problème était délicat à résoudre ; la solution trouvée fait honneur à M. Félix Bouffet qui, croyons-nous, en a été le principal auteur.
Nous prendrons comme exemple le syndicat agricole mixte de Tourouzelle (Aude) qui a servi et sert de modèle à plusieurs autres. Il comprend deux catégories de membres : les propriétaires, payant une cotisation annuelle de 0 fr. 50 par hectare ou fraction d'hectare de terre cultivable qu'ils possèdent; les ouvriers agricoles, c'est-à-dire tous les individus qui possèdent moins de 1 hectare ', versaient 0 fr. 10 par mois 2. Le syndicat est administré par un bureau, nommé par l'assemblée générale, à la majorité des
1. Il est bien évident que cette limitation variera avec la valeur de l'hectare de vigne. Ainsi, tandis que, dans le bas Narbonnais. on a adopté la limite d'un hectare, dans les hautes régions de l'Aude, cette limite a été portée à trois et même quatre hectares.
-2. Néanmoins, s'il le demande, le propriétaire possédant de 4 à 3 hectares peut élre considéré comme membre ouvrier, et participer aux avantages assurés aux ouvriers, mais, dans ce cas, il devra payer les deux cotisations comme ouvrier et comme propriétaire.
suffrages exprimés. Jusque-là rien de bien particulier, mais l'innovation ingénieuse consiste dans la création, à côté de ce bureau, d'une commission spéciale, à laquelle on donne le nom de chambre syndicale.
Cette commission est composée de six membres, dont trois patrons nommés par les propriétaires et trois ouvriers élus par les journaliers, aucun d'eux ne peut faire partie du bureau du syndicat. Cette commission est présidée par le doyen d'âge afin d'éviter de la sorte toute difficulté de préséance; le plus jeune des membres est secrétaire l . Les attributions de la chambre syndicale sont extrêmement importantes; elles sont indiquées ainsi qu'il suit à l'article 29 des statuts :
La chambre syndicale revisera périodiquement, où et quand le besoin se fera sentir, le taux des salaires et les conditions de travail, en tenant compte des facteurs économiques qui les dominent. Elle réglera par voie de conciliation d'abord, par voie d'arbitrage ensuite, tous les différends qui s'élèveraient sur les conditions du travail ou encore le taux des salaires entre les patrons et les ouvriers faisant
I. Dans une communication au congrès de l'Union centrale des syndicats des agriculteurs de France. M. Félix Kouffet disait récemment : « ... Permettez-moi de faire une courte digression pour vous signaler un grave défaut qui, selon moi, existe dans certaines associations du Midi. Ce défaut consiste dans la mainmise par certaines personnalités puissantes sur la direction ou le développement de ces sociétés qu'elles mettent trop souvent au service de leurs ambitions personnelles. J'ai craint que, dans une organisation aussi délicate que celle qui nous occupe, cette direction unique ne fut une cause de faiblesse et j'ai pensé qu'il serait prudent de faire partager par plusieurs personnes la responsabilité des décisions [irises dans les circonstances graves. D'un autre cote, j'avais constaté une difficulté contraire : comment trouver dans un village plusieurs personnes pouvant consacrer leur activité à des taches autres que leurs occupations professionnelles, tâches qui non seulement ne sont pas rémunérées, mais qui souvent nécessitent certaines dépenses, comme, par exemple, la fonction de président d'un syndicat? Pour résoudre ces deux difficultés, j'ai cru devoir conseiller à mes amis de Tourouzelle la séparation complète des pouvoirs entre le buri.au chargé uniquement de la gestion administrative et la chambre syndical», destiner à s'occuper de la fixation des salaires e de trancher les différends entre employeurs et employés. »
partie du syndicat. Relativement à ces deux objets, les décisions de la chambre syndicale seront obligatoires pour tous les membres du syndicat sous peine d'exclusion et de perte de tous droits financiers pour ceux qui refuseraient de s'y soumettre. Ces décisions sont également sans appel devant rassemblée générale.
Mais cette commission de conciliation et d'arbitrage peut se trouver partagée en deux fractions égales et d'avis contraire. Dans ce cas, deux arbitres sont nommés, l'un par les propriétaires, l'autre par les ouvriers. En cas de conflit prolongé, un troisième arbitre est élu par les membres du syndicat réunis en assemblée générale, et les décisions de ce troisième arbitre sont sans appel et exécutoires dans un délai fixé par la chambre syndicale.
Cette organisation a déjà permis de trancher quelques difficultés qui eussent pu. en s'envenimant. donner lieu à de graves conflits. Aussi plusieurs syndicats mixtes de la région ont-ils adopté cette excellente disposition : il est probable que leur exemple sera suivi dans le bas Languedoc.
Il est incontestable que cette forme de syndicats rapproche heureusement les deux parties hostiles; mais, pour que le rapprochement ait lieu, encore faut-il que les ouvriers consentent à entrer dans l'association professionnelle. En dehors d'autres considérations plus généreuses, il est un motif qui déterminera les hésitants : ce sont les avantages matériels que le nouveau groupement syndical procure aux travailleurs adhérents. Le syndicat a créé des institutions d'assistance; ainsi, à Saint-Couat-d'Aude, le sociétaire dont la femme vient à accoucher, reçoit, pendant trois mois, une somme quotidienne qui peut s'élever jusqu'à 75 centimes. Plusieurs syndicats, notamment à Portel et à Pouzols Aude , accordent des secours en cas de
maladie et d'accident ou, avec le reliquat des fonds en caisse, délivrent des livrets de retraite aux ouvriers âgés de soixante ans et faisant partie du syndicat depuis cinq ans '.
Tout cela est appréciable — et apprécié. Mais ce qui, dans les arrondissements de Narbonne et à Béziers, fait auprès des journaliers le succès des syndicats mixtes, ce sont les mesures adoptées par ceux-ci pour diminuer le cbômage de leurs adhérents, c'est-à-dire pour combattre la cause principale des souffrances et de l'irritation des ouvriers viticulteurs.
D'abord les propriétaires syndiqués s'obligent parfois à ne prendre, à leur service, sauf les cas de force majeure, que des gagés et des ouvriers inscrits au syndicat ou bien indépendants. A Tourouzelle, « les propriétaires syndiqués s'engagent à occuper de préférence les ouvriers faisant partie de leur syndicat », et, en retour, « les ouvriers syndiqués s'engagent à travailler de préférence chez les propriétaires faisant partie de leur syndicat ». Mais ces engagements réciproques n'auraient pas suffi à diminuer le nombre des chômeurs. A cet effet, on a eu recours à une organisation spéciale. A Saint-Couat-d'Aude, le syndicat donne quelques secours en argent à ceux de ses adhérents ouvriers qui sont en état de chômage « par des circonstances indépendantes de leur volonté ». Le système suivi à Tourouzelle présente un intérêt particulier, d'autant qu'il tend à se généraliser dans la région. Au lieu de donner de l'argent aux chômeurs, on leur procure du travail : double avantage, moral et matériel. Chaque propriétaire promet, suivant un roulement établi, de donner,
I. Pour subvenir aux dépenses de ces institutions, les propriétaires donnent à Saint-Couat-d'Aude 5 centimes par mois et par hectare; à Tourouzelle, ils versent 50 centimes par an et par hectare; mais ceux qui ont plus de 50 hectares donnent en outre de 20 à 30 francs.
par semaine et par 5 hectares qu'il possède, une journée de travail à un membre du syndicat inoccupé. Ainsi, le possesseur d'un vignoble de 50 hectares devra au syndicat, en cas de chômage, cinq journées de travail par semaine: mais, pour éviter des inconvénients qu'il est facile d'entrevoir, la journée ainsi procurée est payée 50 centimes au-dessous du salaire fixé par la chambre syndicale pour les travaux de la saison '.
Mais si le propriétaire qui, d'après Tordre de roulement, doit employer un sans-travail, se refuse à l'embaucher pour la ou les journées dues au syndicat, quelle est la sanction qui interviendra? Elle est suffisamment sévère : 10 francs d'amende pour la première infraction ; à la seconde, on peut exclure le membre récalcitrant. L'ouvrier adhérent qui contrevient aux décisions obligatoires le concernant est passible d'une amende de 1 franc et, en cas de récidive, de l'exclusion.
Enfin, il est un dernier genre de services que les syndicats mixtes rendent actuellement dans le bas Languedoc : en beaucoup de communes, ils constituent
1. Voici d'ailleurs les deux articles des statuts qui concernent cette organisation :
Art. 15. — Les propriétaires syndiqués s'engagent à fournir du travail à tous les ouvriers de leur syndicat qui se trouveront en état de chômage, sauf les cas où le chômage serait occasionné par la pluie ou une force majeure. Ne pourra être considéré en état de chômage l'ouvrier qui aura la possibilité de travailler sur les chantiers communaux ou qui, par sa faute professionnelle ou mauvaise volonté, se mettrait dans le cas de ne plus pouvoir être occupé par les propriétaires. En pareil cas, la commission, dite chambre syndicale, appellera devant elle l'ouvrier et les propriétaires, et après les avoir entendus contradictoirement, statuera en dernier ressort.
Art. 16. — Pour rendre exécutable l'engagement ci-dessus énoncé, il sera créé dans notre association locale : 1° un registre spécial tenu par le secrétaire du syndicat, où seront consignées par ordre de date les offres et les demandes d'emploi; 2° un roulement entre propriétaires syndiqués, de façon à ce que chacun occupe à son tour et suivant l'importance de la propriété, les ouvriers syndiqués momentanément sans travail. La base du roulement sera une journée par cinq hectares.
aujourd'hui une force matérielle capable de contrebalancer la puissance des syndicats rouges : ils permettent ainsi à leurs adhérents de résister aux injonctions des groupes révolutionnaires. La ^< mutuelle assistance, dans le cas où il serait porté atteinte à la liberté du travail », se trouve inscrite dans tous les statuts. Et, ce qui vaut mieux encore, cette « mutuelle assistance » n'est pas restée une clause de style : elle se réalise dans les faits. Ainsi, il y a quelques mois, à Saint-Couatd'Aude, le syndicat rouge ayant décrété la grève obligatoire, le syndicat mixte riposta immédiatement par une affiche où il était dit qu'il organisait des escouades pour protéger les travailleurs. Le second jour, une bagarre se produisit. Ce fut la seule : l'attitude énergique des syndiqués suffit à mettre fin à la grève. On pourrait citer plusieurs cas analogues : tous permettent de conclure que ces organisations syndicales ont, en partie, ramené la sécurité dans les vignobles du Midi; comme, d'autre part, ces organisations s'efforcent de donner satisfaction aux justes revendications1 des travailleurs, on est en droit de penser qu'elles contribueront à établir la paix sociale dans un pays violemment déchiré par des luttes qui, parfois, comme à Pouzols, rappellent de lugubres souvenirs de guerre civile.
Les propriétaires, soucieux de leur devoir social et intelligents de leurs propres intérêts, reconnaissent la
1. A côté de la question du chômage, qui est en voie d'être résolue par les syndicats mixtes dont nous parlons, il est une autre cause de difficultés : c'est la durée de la journée de travail. Jadis lorsque les journaliers possédaient un petit lopin de terre, ils s'étaient réservé chaque jour quelques heures pour travailler à leurs vignes : de là, des journées de six heures. Aujourd'hui que la plupart d'entre eux sont malheureusement dépossédés de cette petite propriété, ils veulent néanmoins maintenir les courtes journées. De là conflit avec les propriétaires. il est possible que la solution du différend, parfois très aigu, se trouve daus le paiement à l'heure et non plus à la journée. lient la fixation du tarif des heures • supplémentaires » n'ira D8 débat irritant.
nécessité de ces groupements professionnels. Ils y entrent en grand nombre et acceptent les charges, parfois lourdes, que les institutions économiques annexées aux syndicats, font peser sur les possesseurs du sol. Les ouvriers comprennent les avantages matériels que leur offrent ces associations. Beaucoup n'hésitent pas à quitter le syndicat rouge pour s'affilier à une association qui leur assure de l'ouvrage et des conditions convenables de travail : ainsi, à Tourouzelle, le syndicat mixte compte environ 120 membres ouvriers, tandis que le syndicat rouge réunit péniblement une quinzaine d'adhérents. Dans les autres syndicats mixtes de l'arrondissement de Xarbonne, la proportion, sans être partout aussi forte, est cependant très encourageante. Dans la région de Béziers, le mouvement est également en pleine activité.
Le syndicat agricole de l'arrondissement, nous écrivait-on récemment, comprend à l'heure actuelle 46 groupes communaux, réunissant près de 3.000 membres. La majorité des inscrits (qui peuvent être des hommes ou des femmes > se compose d'ouvriers. Ainsi à Vias, sur 209 inscrits, 2 seulement sont propriétaires. Il faut remarquer, d'ailleurs, que, dans le pays, — la commune de Béziers exceptée, — le nombre des ouvriers ne vivant que de leur travail est relativement rare; ils sont, pour la plupart, propriétaires d'un lopin de terre. Pour la commune de Béziers, le nombre des inscrits n'est que de 121. ici majorité de gros propriétaires, très peu d'ouvriers, à cause de l'influence néfaste des syndicats rouges. Chaque groupement syndical se double d'une société de secours mutuels, d'une caisse rurale de crédit agricole avec une caisse centrale d'arrondissement, et enfin, dans tous les syndicats (sauf deux ou trois) fonctionne le roulement en cas de chômage. Quant à /'influence que ces groupes ruraux ont eue ou moment des grèves, ajoute notre obligeant correspondant, M. J. Sournies, elle est prépondérante. Partout où le syndicat fonctionnait bien, celles du mois de mars de l'année dernière ont fini
régulièrement, et celles qu'on a essayé de fomenter depuis lors, dans ces mêmes endroits, ont toutes avorté. Ceci est dû. en outre de l'existence du syndicat, à la situation de leur fondateur et président. M. Auguste de Crozals, qui s'est voué corps et âme à cette organisation et qui, en divers conflits entre patrons et ouvriers, s'est vu choisir, bien que grand propriétaire, comme arbitre et comme représentant par les ouvriers.
Ce sont là des faits encourageants, et des exemples qui méritent d'être imités. On nous signale, dans le même genre, un syndicat mixte de bûcherons, très heureusement établi par M. H. Brun dans la commune de Ouzouer-sur-Trezée (Loiret). Cette association a commencé à fonctionner en octobre 1903 ; elle s'est surtout occupée du placement des ouvriers, elle s'est également proposé de réglementer équitablement le prix du travail forestier. Elle réunit actuellement 180 membres dont une quinzaine seulement sont des propriétaires ou des fermiers : elle tient énergiquement tête au syndicat rouge », établi dans la commune, et assure du travail à tous ceux qui refusent de s'embrigader dans les rangs des révolutionnaires. Nous souhaitons que ce mode de groupement donne pour les entres forestiers des résultats aussi satisfaisants que ceux constatés dans les pays viticoles du Midi. Mais il faut bien reconnaître cependant que cette forme un peu particulière de syndicat et surtout l'institution du roulement en cas de chômage, ne sauraient convenir en toutes les régions. Le principe en est excellent, mais il comporte des applications qui doivent varier avec le milieu. L'essentiel, c'est que partout il se crée des associations rapprochant, dans une même pensée d'organisation professionnelle et de justice sociale, tous ceux qui possèdent ou travaillent la terre de France.