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Exode rural, p. 58 et suiv

n'est aussi faible que dans cette région, couverte de bois et dépourvue de localités importantes ; mais nulle part, aussi, l'équilibre n'est aussi parfait entre la population et les subsistances :1e climat est rude; la terre, revêche ; les gens doivent travailler dur pour gagner leur pain: mais l'extrême misère est aussi inconnue que l'extrême richesse. Tous ceux qui connaissent l'Ârdenne — ou des pays de constitution économique analogue — ont fait maintes fois cette constatation, devenue banale : mais il est intéressant de noter que les habitants de ces régions eux-mêmes se rendent compte de ce que leur situation a de relativement favorable.

Un jour, raconte M. Vandervelde, que nous faisions route, à travers la forêt de Saint-Remacle, avec un bûcheron de Hautfays, qui s'en allait au travail, accompagné de son fils, la conversation tomba sur les conditions d'existence de la classe ouvrière locale, et notre interlocuteur, après avoir cité des faits et des chiffres, conclut de la manière suivante : « Ce pays << vaut mieux pour l'ouvrier que le pays bas. J'ai pu « m'en convaincre du temps où j'étais soldat. Dans les " villes, les riches sont très riches, mais les pauvres o sont très pauvres. Ici. toutes les familles ont au < moins une vache et tout le monde fait un peu de « culture, plante du grain et des pommes de terre... »

Il faut ajouter qu'en général, les communaux sont tendus pour fournir à chaque ménage, à chaque « feu », des avantages importants.

Voici comme exemple de ces communes forestières, le village même du bûcheron qui s'entretenait avec M. Vandervelde. Hautfays est une commune de 800 habitants, au cœur de la Haute-Ardenne. Les communaux y sont extrêmement étendus puisqu'ils couvrent

LEXODE RURAL. 119

une superficie de 1.221 hectares sur une étendue cadastrale de 2.301 hectares. Ces communaux se décomposent de la manière suivante :

Haute futaie 311 hectares.

Taillis 686

Résineux 213 —

Terres vagues 10 —

Ce domaine est exploité au profit de la collectivité : la commune vend les écorces et le produit des coupes faites dans les bois de haute futaie ou de résineux; de plus, elle loue le droit de chasse et les tenderies à grives. Lorsque le résultat des ventes annuelles et des locations est supérieur aux dépenses communales, telles qu'elles résultent du budget affiché au préalable, le surplus est partagé entre les habitants. Jusqu'en ces dernières années, on partageait en nature une partie des coupes de haute futaie, et il y a une vingtaine d'années, ces parts annuelles valaient de 80 à 125 francs.

Mais là ne s'arrêtent pas les avantages que la population de Hautfays tire de ses communaux.

Chaque famille reçoit, en outre, la quantité de bois nécessaire à son chauffage: il arrive assez fréquemment que les pauvres vendent leur part et vont en hiver ramasser du bois mort pour leur usage personnel.

Chaque « feu » a droit à une part d'essartage. On sait que l'essartage consiste à couper en larges mottes la superficie d'un bois taillé qui, recouvert de plantes et remplie de racines, forme une espèce de tourbe maigre et légère. On expose ces mottes au soleil afin de les rendre inflammables, puis on les dispose en tas, auxquels on met le feu. Les cendres éparpillées donnent un engrais qui permet d'obtenir une récolte de

seigle et d'avoine sans avoir recours au fumier et aux engrais chimiques. La part d'essartage qui est attachée à chaque feu présente surtout cet avantage, signalé par M. Vandervelde. de fournir aux travailleurs le moyen d'appliquer fructueusement leur force de travail.

La liste des services rendus par les communaux n'est pas encore épuisée.

Dans les coupes de plus de douze ans, chaque habitant a le droit de faire paître son bétail. Il peut également y couper la litière et l'on tolère que, dans les bois de haute futaie, il prenne les feuilles mortes, dans le même but.

Leshabitants ont aussi droit à la ramille des bouleaux, que l'on emploie pour la confection des balais de luxe, vendus dans le reste du pays belge.

Enfin, la récolte des faînes, dans les bois de hêtres, peut rapporter parfois aux femmes qui s'y livrent des salaires de 2 fr. 50 à 4 francs par jour, pendant plusieurs semaines. Des marchands, venus d'Allemagne, achètent ces faînes pour en extraire de l'huile. Enfin, ajoutons, comme dernier produit des communaux, la récolte des glands.

On comprend que de tels avantages, faits à chaque famille, établie dans la commune de Hautfays depuis un an et un jour1, aient retenu et même attiré pas mal de paysans désireux de rester ou de devenir « affouagers ». Aussi l'on constate que de 1890 à 1900, le nombre des habitants s'est élevé de 686 âmes à 799.

Ces chiffres démontrent l'utilité sociale des commu-

1. Jusqu'à présent, les individus, de nationalité étrangère, sont ins- Grits sur la liste des affouagers. pourvu qu'ils résident dans la commune de Hautfays depuis un an et un jour. Chaque année, au commencement de l'hiver, le collège échevinal dresse la liste des afTouagers qui reste affhhée pendant quelques jours, avant d'être adoptée définiti vement par le conseil communal.

naux et, en particulier, leur importance au point de vue de la stabilité et du développement de la population campagnarde. Par contre, on s*explique que la suppression de ces biens collectifs — la principale forme de propriété à laquelle participent beaucoup de ruraux — ait contribué à accroître le mouvement d'émigration vers les villes : avec les communaux a disparu un des liens puissants qui rattachaient le paysan à son village.

Les modifications subies par la propriété paysanne et la diminution progressive des biens communaux ont grandement influé sur le mouvement d'émigration rurale. Mais, à côté de ces deux causes, il en est d'autres qui ont agi non moins activement dans le même sens : avec M. Vandervelde, nous signalerons notamment la disparition de certaines industries s'exerçant à la campagne, et surtout la crise agricole.

L'agriculture est excellemment une industrie saisonnière : il est des époques de l'année où les bras disponibles sont en nombre insuffisant, tandis qu'à d'autres moments les paysans ne trouvent point de besogne pour les occuper tous. iVussi l'association du travail agricole et du travail industriel peut-elle apparaître « comme la conséquence naturelle et souvent nécessaire de l'alternance des saisons, de la succession des périodes de sommeil et de réveil de la terre ». Jadis l'agriculteur employait ses loisirs forcés à la confection des objets qui lui étaient nécessaires : il produisait surtout des valeurs d'usage plutôt que des valeurs d'échange. « Chaque famille se suffit, ou à peu près, à elle-même : elle se loge dans une maisonnette de bois.

provenant de la futaie la plus proche, et se procure sur place le chaume et le torchis; elle se chauffe, exclusivement ou principalement, avec de la tourbe, des bruyères, des ajoncs, du bois mort, ramassés dans les alentours; elle file, tisse, transforme en vêtements le lin ou le chanvre de sa récolte ; elle se nourrit avec son blé, ses pommes de terre, ses légumes, la viande de son porc; elle cuit son pain, fait son vin, son cidre ou sa bière, sèche elle-même son tabac, échange ses œufs et son beurre contre les rares marchandises quelle se procure au dehors : chandelles, pétrole, objets en fer, etc. Bref elle produit à peu près tout ce quelle consomme et consomme tout ce qu'elle produit, ne vendant que le strict nécessaire pour faire face à des dépenses en argent très limitées. »

Cet état de choses tend de plus en plus à disparaître; la division du travail a modifié profondément ce régime de production : un certain nombre de ruraux sont devenus des producteurs industriels, travaillant pour la consommation locale.

Cette production industrielle, ainsi que l'observe très justement M. Yandervelde, reste intimement liée au travail agricole ou sylvicole. Le sabotier, le bûcheron, le scieur de long, le charbonnier s'établissent à proximité des bois ; le faiseur de balais s'installe dans la bruyère ; le meunier transforme en farine le blé que l'on récolte dans son voisinage; le distillateur agricole emploie, pour fabriquer son eau-de-vie. les fruits, les grains ou les pommes de terre provenant de sa ferme ou des fermes dalentour ; le vannier ou le chapelier en paille plantent eux-mêmes ou se procurent sur les lieux les osiers ou les épeautres qu'ils mettent en œuvre; le tisserand fait ses toiles avec le lin ou le chanvre récoltés dans la localité et filés par les femmes du village.

Et, aussi longtemps que ces industries subsistent à la campagne, fournissant à la population rurale un supplément de ressources, l'exode rural se trouve réduit au trop-plein de la population.

Malheureusement, en beaucoup de pays, bon nombre de ces industries sont en décadence croissante. Sur ce point l'Office du travail belge a fait récemment une enquête extrêmement intéressante *. Ces recherches ont établi que les industries rurales à domicile — telles que la clouterie, le tressage de la paille, la filature et le tissage à la main — périclitent et tendent à disparaître, devant la concurrence victorieuse du travail mécanique. Cette décadence a. dans certaines régions, largement contribué à l'exode rural.

Cet exode rural a également été fort accentué par la crise agricole.

Les cultivateurs se sont vus obligés de diminuer, autant que possible, les travaux dont la nécessité n'était pas certaine. « Il y a dans nos campagnes. écrivait en 1894 M. Leplae, beaucoup de misères, causées non par le coût des denrées, mais par le manque de travail. Cela n'a rien d'étonnant, car le cultivateur, réduit aux abois, cherche tout naturellement à payer le moins d'ouvriers possible et se garde bien d'entreprendre un travail aussi longtemps qu'il lui est pratiquement possible de le différer. » Cet état de crise contraignait des centaines et des centaines de travailleurs ruraux à chercher de l'ouvrage dans les industries urbaines ou à s'expatrier, durant une partie

1. Les industries a. domicile en Belgique (Ministère <le l'industrie et du travail. Office du travail), 3 vol., Bruxelles. Lebègue, 1899-1901.

12 i DANS LE MONDE RURAL.

de l'année, pour aller faire la moisson dans les pays où l'agriculture manque de bras.

Concurremment avec cet exode s'est produit un autre phénomène économique — à la fois cause et effet du mouvement démis-ration.

Depuis une trentaine d'années, la technique de l'agriculture subit de profondes modifications. Nous n'insisterons pas sur ce fait que nous avons longuement étudie ailleurs ' , mais il nous faut montrer la corrélation du développement du machinisme agricole avec le développement des émigrations vers les centres urbains.

Une monographie de l'enquête sur les populations rurales de la France, publiée lors de l'Exposition de 1900, fournit d'intéressants détails sur ce point. « L'augmentation croissante du nombre des machines a eu pour conséquence la diminution de la maind'œuvre et la diminution delà main-d'œuvre a été Tune des causes de l'émigration vers les villes. Voici le nombre des ouvriers de notre commune (Soing, Haute-Saône) et le nombre des journées faites par eux dans l'année :

Ex 1852

Nombre Nombre

d'ouvriers. de journées.

Hommes 21 160

Femmes 28 150

En 1899

Nombre Nombre

d'ouvriers. de journées.

Hommes 4 50

Femmes 5 75

« Il ressort de ces chiffres qu'en 1852, 49 ouvriers étaient occupés une grande partie de l'année; aujour-

l. Les Associations agricoles en Belgique, cf. page 13 et suiv.

d'hui. il y a peu d'ouvriers et ils ne sont occupés que pendant les grands travaux : foins, moisson, arrachage des pommes de terre, époques pendant lesquelles tous les cultivateurs voudraient les avoir à la fois. Le reste de l'année, l'ouvrier agricole est obligé de couper du bois ou de casser des pierres sur la route, s'il n'a quelques parcelles de terre pour l'aider à vivre. »

D'autre part, les machines agricoles permettent en général d'exécuter avec un nombre moindre d'ouvriers les gros ouvrages qui jadis occupaient beaucoup d'hommes. Le battage mécanique, notamment, a eu une influence prépondérante au point de vue de l'exode rural. « Quelque utile et indispensable que soit la batteuse pour l'exploitation agricole, déclare l'agronome allemand Th. van der Goltz, son emploi étendu a exercé une funeste influence sur la condition des travailleurs agricoles. Le battage avec le fléau était, autrefois, l'occupation principale des travailleurs agricoles pendant l'hiver. Le battage avec la machine réclame beaucoup moins de personnes; souvent, pour obtenir, le plus vite possible, beaucoup de céréales vendables, il est entrepris pour la plus grande partie déjà en automne, particulièrement là où l'on emploie la batteuse à vapeur. Conséquence : les ouvriers des campagnes, privés de la ressource que leur donnait le battage au fléau, se trouvent contraints par le manque de travail pendant la mauvaise saison, de chercher des occupations nouvelles, en dehors de l'agriculture, et. le plus souvent, en dehors de leur village. »

Après avoir considéré les causes principales qui dé-

terminent l'exode rural, il est intéressant de rechercher de quelle manière s'opère cet exode.

Il se produit sous trois formes principales : il y a d'abord l'émigration permanente, puis l'émigration quotidienne, enfin l'émigration saisonnière.

L'émigration permanente des ruraux vers les centres industriels varie d'intensité suivant les régions. Ainsi, en France, 62 départements ont une population décroissante, non seulement parce qu'en beaucoup d'endroits les décès l'emportent sur les naissances, mais parce que, chaque année, des milliers de villageois vont s'établir, définitivement, ou pour longtemps, dans les agglomérations urbaines. En Belgique, il en va différemment : sur 41 arrondissements, il n'y en a que 4 où, par le fait d'émigrations permanentes, la population ait diminué pendant la dernière période décennale.

En retour, l'émigration quotidienne est extrêmement active chez nos voisins du Nord : plusieurs milliers de campagnards se rendent chaque matin à l'usine, à la mine ou à l'atelier et regagnent, le soir, leur domicile.

Les uns font la route à pied. « D'autres profitent des chemins de fer, des tramways de pénétration, des trains vicinaux, et. dans les régions à voie navigable, des bateaux à vapeur. 11 en est, dans le Tournaisis, qui se font conduire au charbonnage où ils travaillent, par des charrettes à chiens. D'autres enfin, plus nombreux, recourent à la bicyclette. C'est ainsi, pour ne citer qu'un fait entre mille, que dans les villages des bords de l'Ourthe (province de Liège , nombre d'ouvriers ruraux, qui travaillent en aval, dans les carrières de grès, possèdent une « bécane », achetée d'occasion, ou payée par abonnement. »

Le chemin de fer est le mode de locomotion adopté

de préférence par les ruraux qui vont travailler en ville.

Pour que les campagnards choisissent ce moyen de transport, il faut que les trains soient nombreux et que les tarifs soient très réduits. Nulle part ces deux conditions ne sont aussi parfaitement remplies qu'en Belgique où la plupart des chemins de fer sont exploités par l'Etat : depuis plus de trente ans, sous la pression des chefs d'industrie, en quête de maind'œuvre à bas prix, le gouvernement belge a organisé, sur presque toutes les lignes, des trains ouvriers dont les tarifs sont très peu élevés et dont les heures d'arrivée ou de départ coïncident avec les heures d'ouverture ou de fermeture des établissements industriels.

Pour les abonnements de semaine des ouvriers, les tarifs sont d'une extrême modicité : ainsi, un coupon leur donnant le droit de faire six voyages ne leur est vendu que 2 fr. 25 pour 50 kilomètres, tandis que les voyageurs ordinaires paient 3 fr. 05 pour le même trajet, aller et retour en 3e classe : ils donnent doncmoins pour toute une semaine qu'un autre voyageur pour un seul billet !

On comprend qu'avec de tels avantages le chiffre des coupons de semaine ait crû dans des proportions considérables. Voici un tableau qui permettra d'apprécier cette progression, en indiquant le nombre de ces tickets distribués annuellement depuis leur création (10 février 1870! :

En 1870 1 L223 billets.

Dans Y Exode rural, M. Vandervelde trace un tableau très exact — et fort intéressant — des modifications que ces migrations ont apportées à la vie des campagnes belges. « Rien de plus frappant, dit-il, pour le voyageur qui passe de Londres à Bruxelles, que le contraste entre les pâturages solitaires du Kent et les plaines si animées, qui avoisinent nos grandes villes. De quelque côté que Ton aille, en Ilesbaye ou en Flandre, la campagne est couverte d'innombrables maisons blanches, à toits rouges, dispersées ou agglomérées en villages populeux. Cependant, si vous vous arrêtez pendant le jour, dans l'un ou l'autre de ces villages — j'entends ceux où il n'y a pas d'industrie locale. — vous n'y trouverez guère d'ouvriers adultes, et vous seriez portés à croire que la population se compose surtout de vieillards, de femmes et d'enfants. Mais attendez le soir et le spectacle change.

« Nous sommes, par exemple, à vingt kilomètres de Bruxelles, dans une petite gare du Brabant wallon, Rixensart, Genval ou La Hulpe. Arrive un train de longueur anormale, composé presque entièrement de voitures de troisième classe : de toutes les portières, brusquement ouvertes, s'écoulent des flots d'ouvriers, aux vêtements poussiéreux ou tachés de boue, qui se précipitent vers la sortie, bousculant tout sur leur passage, dans la fièvre d'être plus tôt chez eux, où les attend le repas du soir. Et, de quart en quart d'heure, depuis le crépuscule jusqu'à la nuit tombée, d'autres trains se succèdent, déchargeant une- partie de leur cargaison humaine, débarquant des escouades de travailleurs, — maçons, plafonneurs, paveurs, menuisiers portant au dos leur sac de tapisserie. Ailleurs, ce sont des charbonniers, des métallurgistes, des ouvriers travaillant dans les laminoirs ou les glaceries, qui viennent des bassins de Mons, de Charleroi ou de Liège

et qui rentrent chez eux, parfois à 50 ou 60 kilomètres de distance, dans quelque coin perdu de la Flandre ou de TArdenne. ce sont des dockers du port d'Anvers, des tisserands occupés dans les usines de Roubaix ou de Tourcoing, des ouvriers métallurgistes, qui vont tous les jours en France, dans le bassin de Longwy, et qui regagnent, après leur journée faite, la commune rurale où ils ont conservé leur dortoir. Bref, il n'existe plus beaucoup de villages en Belgique, qui ne contiennent un noyau de travailleurs industriels, occupés dehors et souvent à de grandes distances de leur domicile. »

Parmi ces travailleurs, la très grande majorité part le matin et revient le soir. Mais il en est qui, en raison de l'éloignement ou pour toute autre cause, prennent le train le lundi matin et ne rentrent chez eux que le samedi soir. Ils emportent souvent des vivres pour toute la semaine et n!ont ainsi à payer que le couchage. Leur installation — leur dortoir — laisse à désirer aux points de vue de l'hygiène et de la morale : les pauvres gens sont exploités par des logeurs peu scrupuleux et ils sont exposés à toutes les corruptions.

Pour leur venir en aide, matériellement et moralement, les catholiques belges ont organisé en de nombreux centres industriels des Hôtelleries ouvrières. Ces hôtelleries sont tenues — et admirablement tenues — par des congrégations, surtout par les Aumôniers du travail. En visitant les établissements de ce genre établis à Seraing et à Charleroi, nous avons constaté de visu les immenses services rendus par ces « hôtels » à un grand nombre d'ouvriers qui, moyennant quelques sous, — moins que le prix coûtant. — trouvent bon gîte, saine nourriture et soins discrètement dévoués. Un détail qui a bien son importance : chacun de ces établissements possède quinze à vingt salles de bains.

et, ie soir, en sortant de la mine ou de l'usine, le travailleur peut gratis se débarbouiller de fond en comble, et, redevenu propre, reprendre des vêtements qui ne sont pas noirs de charbon ou de cambouis. J'ajoute que. dans ces maisons religieuses, on respecte profondément la liberté de conscience : on demande seulement à chaque pensionnaire de ne point blasphémer et, dans l'intérieur du local, de ne pas se livrer à la propagande anti-chrétienne. Ce respect des opinions, joint à une bonté dévouée, produit la plus heureuse impression sur les ouvriers qui apprennent à mieux juger les prêtres et les apôtres du Christ.

Malheureusement, ces hôtelleries sont en nombre insuffisant pour loger tous les travailleurs qui passent la semaine dans les centres industriels. Et il est incontestable que ce va et vient des ruraux entre la campagne et la ville contribue, dans une assez large mesure, à la diffusion des idées socialistes révolutionnaires dans les milieux agricoles. C'est là un des effets les plus importants de ce mouvement d'exode rural.

Enfin, il est un troisième mode d'émigration : c'est l'émigration saisonnière.

En de nombreux pays, en Belgique, en Italie, en Irlande et dans le sud de la France, ces migrations sont assez considérables : chaque année, *à des époques déterminées, une grande partie de la population masculine quitte la région et s'en va, dans des contrées plus ou moins éloignées, louer ses bras aux propriétaires qui ne trouvent pas, autour d'eux, assez d'ouvriers agricoles. En France notamment, dans le centre, des centaines de Flamands et de Wallons viennent tous les ans faire la moisson et la récolte des betteraves.

Les catholiques se sont préoccupés de la condition matérielle et morale qui était faite à leurs compa-

triotes : ils ont institué des œuvres spéciales qui ont peur but de veiller sur les intérêts des émigrants1. Nous allons les étudier dans le chapitre qui suit.

1. Cf. également page 310 et suivantes ce que nous disons de l'œuvre catholique organisée pour les émigrants italiens.

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