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CHAPITRE III

UN SECRETARIAT D ACTION SOCIALE

I. En ordre dispersé. — Le besoin de coordination. — À quoi peuvent servir les secrétariats sociaux. — Autour de la Chronique du Sud-Est. — II. Origines lointaines. — Journalistes improvisés et catholiques d'action. — Pas d'œuvres de façade ni de « comités à panache ». — Résultats de la méthode. Un excellent état d"esprit.

Il est des gens décourageants qui, toujours, se lamentent, et, toujours, comparent le temps présent au temps passé, uniquement pour louer sans mesure choses et gens de jadis, tandis qu'ils prennent en dédaigneuse pitié leurs pauvres contemporains. A toutes les époques, il y a eu des esprits atteints de cette maladie, distinguée peut-être, mais à coup sûr fort anémiante. Le mieux est de ne point prêter trop grande importance à ces négatifs impuissants.

D'ailleurs, les catholiques français auraient tort de se décourager : partout, ou presque partout, nous apercevons de généreux efforts, des tentatives intelligentes et opportunes. Mais, à dire vrai, ce qui manque à cette activité, c'est la cohésion et une orientation commune. Nous sommes encore trop pénétrés d'individualisme, nous avons un goût excessif pour l'ordre dispersé.

C'est pourquoi nous tenons à signaler ce qui est essayé pour apporter quelque coordination dans les efforts isolés que font nombre de catholiques, pleins de générosité, mais insuffisamment soucieux de ce qu'entreprennent, à côté d'eux, d'autres catholiques, non moins généreux, et non moins individualistes...

Le secrétariat social nous paraît être une des ins titutions qui répondent le mieux à ce besoin de cohésion dans une nécessaire autonomie : il met en relations les unes avec les autres toutes les œuvres d'une région, il leur procure des membres actifs et, d'autre part, il renseigne les catholiques, désireux de faire « quelque chose », sur les moyens pratiques de réaliser ce « quelque chose ». C'est, en somme, dans Tordre de l'activité sociale, une organisation analogue aux bureaux de placement et aux offices d'achats et de vente. Le secrétariat est mieux encore : il ne se contente pas de mettre en rapport l'offre et la demande, mais il suscite Tune et multiplie l'autre, car il est vraiment un « centre vivant d'initiatives » et un « milieu éducateur ».

Ce double caractère vient d'être nettement mis en lumière dans une brochure de Y Action populaire. Sous le titre : Un secrétariat d'action sociale dans le S ad- Est, M. Rémy nous donne l'historique et expose le fonctionnement du très actif secrétariat qui, depuis quelque douze ou quinze ans, se développe dans la région lyonnaise, à l'ombre de la Chronique du Sud-Est. Puisque l'occasion s'en offre à nous, nous sommes heureux de dire combien la lecture de cette revue est réconfortante pour toute âme profondément chrétienne. Elle peut être extrêmement profitable aux jeunes gens qui vont entrer dans la vie ci- Yique, elle est de nature à « former » admirablement illégiens qui dans deux ou trois ans seront des

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étudiants — et bientôt des électeurs : elle leur donnera ce « sens social », indispensable à quiconque veut s'occuper d'œuvres. Si j'avais l'honneur de diriger un établissement d'enseignement secondaire, je ferais connaître à mes rhétoriciens cette publication et quelques autres du même genre. Je sais d'ailleurs des directeurs qui ne se sont pas repentis d'avoir agi de la sorte : à la fin de Tannée scolaire, ils n'ont pas eu moins de bacheliers, et, par contre, ils ont lancé dans la société plus de solides et actifs chrétiens.

L'histoire du secrétariat et de la Fédération du Sud- Est est instructive : elle montre ce que peut réaliser en quelques années le travail d'un petit groupe de jeunes catholiques.

Les commencements sont déjà bien lointains : « L'histoire des origines de beaucoup d'entreprises sociales ne s'écrit point à l'aide de programmes, de faits et de dates. Elle tient bien souvent tout entière dans une coïncidence d'événements obscurs, dans le rapprochement fortuit d'àmes qui se ressemblent et se comprennent, dans la répercussion, en quelques cœurs généreux, d'une plainte anonyme partie de la foule... o Ce fut ici le cas.

Donc, vers 1891-1892, autour de M. Victor Berne, se groupèrent quelques Lyonnais, jeunes, ardents, également dévoués au Christ et au peuple. Ils fondèrent une Croix régionale. Peu de temps après, on créait des Croix départementales dans tout le Sud- Est. Mais, sous l'influence de M. Léon Harmel — que l'on retrouve partout où il se fait du bien — ces journalistes improvisés résolurent de ne pas restreindre

leur activité à la publication et à la diffusion de journaux populaires : ils songèrent à tirer parti de l'influence de la presse catholique pour susciter les initiatives sociales. On tint un petit congrès, et d'un commun accord, on s'arrêta au programme suivant :

1° Sans cesser de poursuivre directement son œuvre de diffusion par les moyens classiques (crieurs, dépôts et comités de propagande , chaque rédaction de Croix départementale cherchera à constituer un secrétariat actif qui prendra souci de la vie et du développement des conférences, des œuvres sociales, des groupes de toutes formes ;

1 Ces secrétariats en communication constante avec la rédaction du journal, entretiendront des relations de services pour tout ce qui concerne leur action ;

31 Le secrétariat lyonnais sera le point de liaison entre les autres secrétariats, et pour lui permettre de remplir plus efficacement sa mission, une petite revue, la Chronique du Sud-Est, sera publiée chaque mois et contiendra les lettres des secrétaires départementaux.

Nous avons là. à l'état embryonnaire, l'organisation qui. développée aujourd'hui, constitue pour les catholiques une force d'action considérable dans toute la vallée du Rhône. Nous y trouvons notamment cette préoccupation essentielle d'éviter les œuvres de pure façade. « De peur qu'on perde de vue, écrit M. Remy ', les résolutions du premier congrès, la Chronique des comités revient sans cesse sur la méthode adoptée. Ce qu'elle s'attache à démontrer à ses correspon-

1. Le nom de Rémy cache, si nous sommes bien renseigné, une des personnalités les plus actives des groupes du Sud-Est; dans la brochure de Y Action populaire, l'auteur, dont nous ne nous croyons pas autorisé a défoiler le pseudonyme, n'a oublié que lui-même : il est \rai qu'il est coutumier du fait.

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dants et lecteurs, c'est l'importance, la nécessité évidente des organismes baptisés du nom de secrétariat. D'abord, elle voudrait échapper, avec cette forme nouvelle, aux difficultés et à l'impuissance des co-* mités à panache, lourdes machines, trop lentes à mouvoir et embarrassées par la paperasserie administrative. Ses rédacteurs savent que les initiatives fécondes et durables ne viennent pas toujours des hommes en situation, mais bien souvent de milieux modestes; qu'il ne suffit pas de voir le but. mais qu'il faut aussi être capable de l'atteindre, et que. dans bien des villes ou des campagnes, l'homme de condition moyenne, en contact journalier avec la masse, peut plus utilement servir à populariser une idée ou une œuvre que tel personnage plus haut placé, mais justement trop haut placé pour avoir accès auprès du peuple. Aussi bien veulent-ils grouper des éléments de travail, des hommes pratiques qui sachent calculer la somme de labeur nécessitée par une entreprise et ne craignent pas d'en assumer les charges. » Et, de fait, les groupes du Sud-Est ont été fondés et dirigés par des jeunes gens, appartenant pour la plupart aux classes moyennes ou populaires : ils n'en ont pa< moins prospéré, se fortifiant, se multipliant, sans le concours de ces « comités à panache » que raille si agréablement M. Rémy.

La méthode était bonne : actuellement la fédération relie 222 groupes pour lesquels elle est un centre de vie. Appliquant la grande loi de la division du travail, elle a réparti les services de son secrétariat en un certain nombre de sections dont le nombre augmente avec les besoins nouveaux.

Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette organisation très intelligemment comprise, maisnoustenons à relever une tendance que l'on ne saurait trop approu-

ver : « Par destination, écrit M. Rémy, le Secrétariat n'aspire pas à faire double emploi avec les groupements régionaux existants ; il ambitionne, au contraire, d'apporter à ceux qui rentrent dans le cadre prévu dans son programme, un concours loyal et désintéressé. Si, par hasard, les doctrines sociales de ces groupements sont flottantes, il compte sur l'influence naturelle des contacts et sur l'ascendant des idées précises que ses membres propageront pour dissiper les préventions et rallier les esprits hésitants. » C'est là, nous le répétons, un excellent état d'esprit; il explique la sympathie qui, dans la région lyonnaise et hors de cette région, entoure les groupes d'études et d'action fédérés autour de la Chronique du Sud-Est '. 11 a été pour beaucoup dans le succès de la dernière innovation de celte jeune et puissante fédération : nous voulons dire l'institution des Semaines sociales2.

I. On lira avec intérêt une brochure de M. Joseph Vialatoux, intitulée ration (tes Groupes d'études du Sud-Est (son but, ses tendances sociales. s<-s coûtâmes). Aux bureaux de la Chronique du Sud-Est H), quai ïilsitt).

■2. Nous en avons parlé précédemment, cf. pages 177 et suivantes.

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