CHAPITRE PREMIER
Une application pratique des enseignements de Léon XIII. — La grève des manufactures de chaussures de Québec. — On offre à l'archevêque de Québec d'être l'arbitre entre les patrons et les ouvriers. — Comment MsrBégin comprit son rôle.
— La sentence arbitrale s'appuie, dans ses considérants, sur l'Encyclique Rerum novarum. — Droit pour les ouvriers de s'associer. — Règles auxquelles doivent obéir ces associations.
— II. Comment l'archevêque de Québec sut transformer en solution générale et permanente la solution partielle d'un conflit accidentel. — Constitution des commissions de réclamations et de conciliation. — III. Tribunal d'arbitrage. — Le souci du détail. — Le succès de la sentence épiscopale.
Au mois d'octobre 1900, éclatait à Québec une grève des manufactures de chaussures.
Les ouvriers, par l'intermédiaire de leurs diverses associations, avaient formulé des réclamations contre l'emploi des machines et surtout en vue d'obtenir une augmentation des salaires. De leur côté, les patrons voulaient obliger tous les salariés à quitter leurs différents groupements professionnels.
La grève durait déjà depuis un mois, lorsqu'un journal suggéra l'idée de recourir à l'arbitrage de l'archevêque de Québec. Patrons et ouvriers tombèrent d'ac-
cord pour remettre le jugement de leur conflit à la décision de M** Bégin.
L'archevêque accepta cette mission tout à la fois de justice et de conciliation sociale. Il obtint d'abord la reprise immédiate du travail. Puis il examina les causes du différend et les réclamations formulées par les deux parties qui remirent chacune un mémoire détaillé.
M** Bégin consulta une commission spéciale, dans laquelle se trouvaient notamment les curés des paroises ouvrières, et ainsi renseigné, il rendit enfin une sentence * où sont traitées les questions de fait en particulier.
Voici dans ses grandes lignes, la décision arbitrale de Téminent archevêque canadien. « Avant, déclaret-il, de donner une solution pratique à la question soumise à mon arbitrage par les industriels et ouvriers des manufactures de Québec — question qui est à cœur à des milliers de personnes — je désire en peu de mots appeler l'attention sur quelques principes qui doivent être présents pour garantir les droits des deux parties : 1° le droit de former des associations d'arts et métiers ou de toute autre profession est un droit naturel qui a toujours existé et existera toujours ; 2° de ce qu'un tel droit ne peut être contesté, il ne s'ensuit pas que toutes les associations soient légitimes. Pour avoir le droit de vivre et de faire le bien, elles doivent se proposer d'atteindre une tin honnête et juste, appropriée aux circonstances, et, pour l'atteindre, elles ne doivent employer que des moyens conformes à la morale, à l'honnêteté et à la justice. »
M«f Bégin cite ensuite de larges extraits de l'Encyclique Rerum noçarum et il continue en ces termes :