‹ Activités socialesChapitre 32 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour 33 millions d'habitants, plus de trois millions d'émigrés. — Des chiffres qui vont en augmentant. — L'émigré italien : sa condition morale. — Les dangers de l'ignorance. — Une digression. — Songeons à nos émigrants. — II. La condition matérielle de l'émigré italien. — Pourquoi accepte-t-il de bas salaires? — Qualités du travailleur italien. — Son amour de la famille. — Un évoque qui se préoccupe des émigrants : M6rBonomelli, évêque de Crémone. — L'œuvre de l'Assistance des ouvriers italiens émigrés. — Son programme. — Le placement et les indemnités pour accidents du travail. — Les réductions sur les chemins de fer. — III. Le groupement à l'étranger des travailleurs italiens : secrétariats, écoles du soir, sociétés chorales. — IV. Le rôle du missionnaire italien. — Une messe sur la Jungfrau. — Le concours des religieuses. — Un journal qui rappelle le pays : la Patria.

L'émigration italienne est des plus actives. En 1881, lltalie comptait une population de 29 millions d'habitants environ et le chiffre total des émigrés atteignait alors un million; vingt ans plus tard, la population italienne était de 33 millions et le chiffre des émigrés dépassait 3.300.000.

Les statistiques, si incomplètes qu'elles soient, permettent de constater que l'émigration italienne augmente régulièrement toutes les années. Voici un tableau qui montre cette progression :

POUR LES EMIGRÀ1NTS ITALIENS. 317

Nombre des émigrés

En 1870 111.459

Il serait à souhaiter pour les Italiens eux-mêmes que cette émigration se ralentisse K ; la condition matérielle et morale de l'émigrant est souvent, en effet, déplorable. Dans une intéressante brochure 2, MM. A. Dosio et T. Vercelli nous en ont tracé un tableau des plus fidèles — et des plus tristes.

Voici d'abord quelques détails sur sa condition morale : « Chez lui, entouré de sa famille, à l'ombre de l'église qui, par les envolées de ses cloches, l'appelle chaque dimanche ; chez lui, où l'air même qu'il respire est imprégné de religion, louvrier italien est, en général, bon père de famille, honnête, travailleur. Dès

1. Remarque curieuse, cette statistique présente un minimum (Témigrants pour l'Emilie, où le chômage est très développé, tandis que le maximum de départs est donné par la Lombardie et le Piémont, deux régions où la main-d'œuvre est très demandée.

Une accentuation très forte pour l'année 1906 est à prévoir dans l'Italie méridionale : dans certains pays se produit presque une fuite des habitants qui se dirigent en général vers l'Amérique. Il ne faudra pas s'étonner si dans la prochaine statistique, l'émigration italienne atteint le million.

•2. L'émigration italienne en Europe : sa protection, son organisation par V Assistance des ouvriers italiens émigrés, par MM. A. Dosio et T. Vercelli (Collection de l'Action populaire, Lecoffre, éditeur). Cf. également l'Emigration italienne, par Paul Ghio. Journal des Economistes, 15 mars 1906.

qu'il abandonne son foyer et entre dans l'océan du' monde, les dangers commencent pour son âme sentimentale, naïve et simple; exposé aux mille nuances religieuses, frappé par la différence des mœurs et de la vie, il se sent ébranlé et changé tout à coup. Alors, — malheureusement ses pratiques religieuses sont presque toujours l'effet des traditions plutôt que le fruit de la conviction, — au premier assaut, tout l'édifice s'écroule; l'émigré devient la victime de l'indifférence. »

Mais ce n'est pas le seul danger que court la foi de l'émigrant : « A la différence des ouvriers allemands et suisses, l'ouvrier italien, très peu instruit, confond facilement la question religieuse avec la question sociale: dès qu'il se déclare ennemi du capitalisme, il le devient de la religion; tandis qu'en Suisse fleurissent les Arbeiterbund, qui n'ont aucun caractère confessionnel, le socialiste italien ne supportera jamais à son côté un ouvrier catholique : pour lui, être socialiste, c'est la même chose qu'être anticlérical. » De plus, lisons-nous dans cette brochure, « l'indifférence religieuse des émigrés éveille les convoitises des sectes qui essaient de leurs puissants moyens financiers pour conquérir des prosélytes parmi les ouvriers. Mais le fait démontre que le résultat de leurs efforts est nul. Les ouvriers italiens restent catholiques ou deviennent tout à fait indifférents à l'idée religieuse ».

Après avoir indiqué les dangers courus, nos deux auteurs notent ce qui rend ces dangers particulièrement redoutables à leurs compatriotes : « Pour eux, déclarent-ils, l'ignorance est le grand mal; ne connaissant rien, n'ayant rien que de vagues traditions, ils n'opposent aucun obstacle aux ravages de l'irréligion ; ils se trouvent dans une condition intellectuelle et morale inférieure à celle de leurs camarades... »

C'est bien là d'où proviennent leurs chutes ; ils n'en sont peut-être pas seuls responsables. Mais, croyezvous que les ouvriers et les paysans italiens soient exclusivement dans ce cas?

Pour mon compte, je suis intimement persuadé que c'est la situation de beaucoup de Français.

Et, dussé-je contrister quelques personnes, j'ajouterai que, même dans les milieux relativement religieux, nombreux sont les chrétiens qui ignorent les raisons de leur foi. Combien y en a-t-il qui seraient capables de les exposer et de les défendre devant un sceptique? Ils. ont assurément l'intime conviction que le catholicisme est chose divine, mais aux objections ils n'opposent trop souvent qu'un silence douloureusement honteux.

A ce propos, on nous permettra une petite digression. Il y a quelque temps le Sillon publiait la lettre suivante qui était adressée à un de ses collaborateurs par un directeur d'œuvres de jeunesse ' : « ... Comme suite à notre conversation sur les cercles d'études, je viens, tout amour-propre mis de côté, vous raconter ce qui suit : J'ai causé avec mes cinq ou six patronnés les plus solides; je leur ai posé quelques-unes de ces questions au moyen desquelles les socialistes prétendent embarrasser les catholiques. Je n'ai pas été fier du résultat : pas un seul d'entre eux ne m'a répondu quelque chose. — Mais, leur ai-je demandé, vos camarades socialistes ne vous posent donc jamais de ces questions-là? — Oh! pardon, Monsieur, ce n'est que ça tout le temps. — Et qu'est-ce que vous leur répondez? — On ne leur répond rien, Monsieur. — Alors, ils disent que vous êtes des idiots? — Oui. Monsieur,

l. Cité dans l'excellente brochure de M. l'abbé Leleu sur les Cercles d'études (Lecoffre. éditeur .

ils disent que les catholiques sont des moules.

« J'étais honteux, ajoute le correspondant du Sillon; mais voici le plus beau de l'histoire. Je reprends une de mes questions socialistes pour leur montrer comment il fallait répondre. Changement de tableau : nos bonshommes ne sont plus muets; ils opposent cinquante objections à mon argumentation. Les malheureux ! ils n'étaient pas capables d'une réponse chrétienne, et ils tenaient d'une façon très passable le rôle du contradicteur socialiste. Ce qui est pire encore, c'est qu'ils paraissaient croire à la valeur de leurs tristes raisonnements. Les pauvres enfants voyaient bien que je n'étais pas content; aussi l'un d'eux me dit, sinon pour me consoler, au moins pour excuser ses camarades : « N'est-ce pas, Monsieur, on n'entend « rien que ça à l'atelier, et on y est tout le temps, « nous autres; et puis, ici, on ne cause jamais de ça. » Voilà le bouquet, me dis-je, en écoutant cette réflexion; on n'entend que ça à l'atelier où l'on est tout le temps, et on ne parle jamais de cela au patronage. — Mes chers enfants n'ont pas appris l'économie sociale au patronage; mais ils ont trouvé des professeurs à l'atelier. Je les ai préservés du péril de devenir des démocrates chrétiens; mais, par contre, ils sont devenus socialistes. Ce n'est pas précisément ce que je rêvais. »

Remarquez qu'il s'agissait là de jeunes gens fréquentant un patronage, c'est-à-dire d'une élite de la jeunesse ouvrière au point de vue religieux : or, pas un seul n'avait été capable de répondre à une objection courante contre la vérité catholique. Supposez — l'hypothèse ne concorde que trop avec la réalité des faits — que, deux ou trois ans plus tard, tel ou tel de ces braves garçons quitte sa petite ville ou simplement même son quartier, bref qu'il change d'entourage :

croyez-vous que sa foi ne courra pas de très grands dangers, alors qu'elle ne sera plus maintenue par l'assiduité dans la chapelle jusque-là fréquentée et qu'elle n'aura pas étéétayée sur des arguments solides? C'est l'histoire de beaucoup d'hommes du peuple : ils ne sont pas restés chrétiens pratiquants parce qu'ils n'avaient pas reçu une instruction chrétienne suffisante et surtout appropriée aux besoins de leur temps et de leur milieu : un simple déplacement de lieu suffit souvent pour leur faire oublier le chemin de l'église.

C'est l'histoire de ces pauvres émigrants italiens auxquels nous revenons, en nous excusant de la parenthèse que nous avons ouverte.

La condition matérielle des émigrés italiens n'est pas toujours supérieure à leur condition morale.

Ceux qui quittent le pays sont le plus souvent de pauvres diables sans formation professionnelle ; à l'étranger, ils trouvent à s'employer surtout comme manœuvres pour les rudes travaux qui ne sont pas les mieux rétribués. Le chômage vient fréquemment leur enlever toute ressource. Ils sont sobres généralement, se nourrissent et se logent à peu de frais, et c'est ce qui leur permet d'accepter de bas salaires dont un Français ne voudrait pas — et ne pourrait pas d'ailleurs se contenter.

Il est juste de reconnaître qu'à côté de défauts très apparents, l'émigrant italien possède des qualités réelles : « L'amour de la famille est admirable chez lui; le nombre de ses enfants prouve sa moralité. A l'occasion, on le verra se sacrifier pour eux, donner des exemples d'un dévouement absolu qui trouvera

chez d'autres peu d'imitateurs. Il sait vivre avec soixante centimes par jour, s'il faut soutenir de ses épargnes la famille qu'il a dû abandonner. » Un fait permettra d'apprécier sa sobriété et son esprit vraiment familial : dans le seul mois de décembre 1901, les 1.826 ouvriers italiens qui travaillaient au tunnel du Simplon ont envoyé en Italie par mandat postal, la somme de 30.257 francs.

Malgré ces qualités, les émigrants italiens sont fréquemment dans une situation qui devait toucher le cœur de quelques-uns de leurs compatriotes plus fortunés. Ce fut Mgr Bonomelli, évêque de Crémone, qui indiqua le premier ce qu'il y avait de pratique à faire pour ces pauvres gens.

Il entreprit tout d'abord d'organiser l'émigration dans son diocèse. Puis, peu à peu, les concours de toutes sortes s'offrirent à l'évêque qui, au mois de mai 1900, créait l'œuvre de l'Assistance des ouvriers italiens émigrés.

Le fonctionnement de l'œuvre repose essentiellement sur les secrétariats ouvriers.

En voici le programme :

1° Procurer à l'ouvrier émigrant des passeports, ainsi que les papiers et actes dont il pourrait avoir besoin ;

2° Lui faire, à titre gracieux, des traductions, des correspondances ainsi que des expéditions d'argent;

3° Faire les démarches nécessaires pour obtenir le paiement d'une indemnité en cas d'accident du travail ;

4° Obtenir des réductions sur les chemins de fer, soit lorsqu'il quitte sa patrie, soit lorsqu'il y revient;

5° Renseigner les ouvriers, qui désirent émigrer, sur les conditions du travail et du placement à l'étranger;

6° Mettre à la disposition de l'émigré des livres et des journaux.

Les deux points du programme qui touchent le plus Témigrant sont évidemment ce qui a trait au placement et aux démarches pour recevoir l'indemnité en cas d'accident. Les secrétariats s'occupent donc tout particulièrement de ces deux questions.

Chaque année, ils placent bon nombre d'ouvriers. La direction de l'œuvre est en train d'organiser un service de placement général qui coordonnerait les efforts de tous les secrétariats en leur facilitant la tâche : il répartirait les émigrants en proportion des besoins de chaque pays et préviendrait ainsi, dans une certaine mesure, l'exploitation aussi bien que le chômage.

L'assistance aux victimes d'accidents du travail ne rend pas moins de services aux émigrés. Ignorant des diverses lois, comprenant mal la langue du pays où il est employé, l'émigrant risque fort de ne pas recevoir la juste indemnité auquel il aurait droit. L'œuvre dirigée par Mgr Bonomelli intervient très efficacement en pareille matière. « Les secrétariats traitent directement avec les patrons ou avec les sociétés d'assurance des intérêts de l'ouvrier. Cette assistance, adroite et énergique, empêche que le sinistré soit exploité ou trompé dans ses droits. Quand les démarches pour la conciliation n'aboutissent pas, le secrétariat a des médecins et des avocats qui méritent confiance, et qui donneront d'exacts certificats sur la santé de l'ouvrier ou qui plaideront consciencieusement pour lui. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les rapports mensuels des secrétariats pour se rendre compte du succès de leurs démarches en ce qui concerne les indemnités. »

Enfin, il est un autre genre de services, très apprécié des émigrants, que leur rend l'œuvre italienne.

Elle leur obtient de fortes réductions sur les chemins de fer, surtout lorsqu'ils voyagent plusieurs ensemble. On estime que, durant la seule année 1904, presque un million de francs fut ainsi épargné aux émigrants italiens par les représentants et délégués de l'œuvre dans les gares de Bâle, Chiasso, Metz, Constance, etc.

A côté de ce rôle économique, l'œuvre de Y Association des ouvriers italiens émigrés a un rôle moral et social : elle cherche à grouper les émigrés afin que leur cohésion augmente leur force de résistance aux malsaines influences ambiantes. « Ces ouvriers, unis par le lien d'une reconnaissance commune, se retrouvent souvent. Ce ne sont pas toujours les offices du dimanche qui les réunissent : c'est l'école du soir, c'est la salle de lecture... On profite de leurs sentiments et de leur union parfaite pour leur exposer futilité de l'association, de la mutualité, de l'organisation. La semence est jetée : elle donnera de bons fruits. Ce sont parfois ces ouvriers eux-mêmes qui demandent à être organisés. »

En maints endroits, c'est le Secrétariat qui entreprend l'œuvre du groupement. Ainsi, il y a un an, à Carouge, près de Genève, on constata, dès la création du Secrétariat, qu'il n'existait aucune association italienne. Le terrain était particulièrement difficile, mais cependant, peu de temps après, une société de secours mutuels fut fondée : c'est la Fratellanza. On nous dit qu'aujourd'hui elle est en pleine prospérité.

Les secrétariats créèrent des associations de même genre à Saint-Gall, à Bâle, à Fribourg-en-Brisgau, à Lyon et en plusieurs autres villes.

Ces associations se doublent souvent d'écoles du soir : il en est notamment ainsi à Carouge et à Lausanne où des étudiants italiens de l'Université se sont offerts à faire gratuitement des cours à leurs compatriotes peu fortunés. Enfin, à Saint-Gall, à Genève, les secrétariats ont organisé, entre Italiens, des sociétés chorales.

Il eût été surprenant que l'œuvre de Y Assistance des ouvriers italiens émigrés se désintéressât du côté religieux.

Sans doute, elle accorde son appui à tout émigré, quelles que soient ses opinions : « L'Œuvre de l'assistance, écrivait son fondateur Mgr Bonomelli dans un récent appel, veut le bien, et seulement le bien, en dehors de toute question politique, de tout parti et de tout intérêt de classe. Il faut bien remarquer que les missionnaires et les Sœurs de l'œuvre ne s'enquièrent pas des opinions des émigrés et visitent sans distinction toutes les familles italiennes, et, le plus souvent, celles appartenant aux partis extrêmes. Ces familles, pour plusieurs raisons, sont d'habitude les plus misérables. Le Secrétariat est ouvert, gratuitement et toujours, au catholique, au protestant, au juif, à l'athée, au socialiste, à l'anarchiste, au bon et au mauvais, à tout le monde. Le besoin, c'est la seule bonne raison à invoquer ; c'est le seul titre qu'on demande pour être accueilli et aidé. »

Mais, si le Secrétariat fait bon accueil à tout Italien qui se présente pour demander un service, il n'en est pas moins vrai que la présence du missionnaire est déjà une excellente prédication chrétienne. Or il y a

un missionnaire italien dans tout secrétariat. « Le missionnaire, en dehors de son service habituel du dimanche, et des visites aux familles, à l'hôpital et aux prisons, trouve le temps de donner ses soins aux ouvriers qui sont éloignés de sa demeure et il pénètre là où Faction des consulats ne pénètre pas, ni même la propagande socialiste, si tenace et si intense dans les grands centres. Soit que l'ouvrier se trouve à 4.200 mètres sur les hauteurs de la Jungfrau, soit qu'il travaille sur les blanches montagnes de l'Engadine ou dans les sombres vallées de la Forêt-Noire, il a la consolation de recevoir, de temps en temps, les visites du missionnaire. Cette visite lui apporte le souvenir de la patrie lointaine ; il lui semble revivre au milieu de sa famille et assister aux sermons de son bon curé. Cette joie délicieuse se conçoit. L'émigré souffre cruellement de son abandon; il ne connaît personne; l'ignorance de la langue est souvent un obstacle que rien ne peut renverser... Les missions donnent parfois lieu à des scènes émouvantes: que de beaux spectacles dans le duché de Bade, dans la Suisse allemande, lorsque nos rudes travailleurs se rangent autour d'un prêtre de leur pays pour retrouver, en l'écoutant, les enseignements de leur jeunesse et accomplir les devoirs d'une religion qu'ils ne savaient plus comment pratiquer! » M** Bonomelli a visité, l'an passé, plusieurs des secrétariats de l'œuvre établie en Suisse. Le 20 août, il faisait l'ascension de la Jungfrau; en présence des cent cinquante ouvriers italiens qui travaillent au chemin de fer qui transportera les touristes au sommet de cette montagne de plus de 4.000 mètres, il a célébré le saint sacrifice de la messe. Le Momento du 25 août 1905 disait la joie de ces émigrés en voyant et en entendant l'évêque de Crémone — un èvêque de chez eux.

A côté du missionnaire, l'œuvre envoie des Sœurs

italiennes qui apportent à leurs malheureux compatriotes, avec leurs soins dévoués, le souvenir de la mère-patrie et de la famille restée au pays. Ainsi lors des travaux du chemin de fer de l'Engadine où les Italiens embauchés étaient très nombreux, l'on confia aux Sœurs Joséphines la tenue d'un hôpital, d'une école et d'un asile pour les enfants des émigrés. Les travaux du percement du Simplon amenèrent dans la région une nombreuse colonie italienne : à Xaters, plusieurs centaines d'enfants reçoivent les soins des Sœurs de Saint-François de Sales, envoyées par l'œuvre de M*r Bonomelli.

Il en est ainsi en de très nombreuses localités. En quelques villes, notamment à Bàle et à Chiasso, l'association possède des hôtels de passage où les travailleurs italiens sont, à titre gracieux, logés et hébergés pendant un jour ou deux.

Enfin, nous n'aurions garde d'oublier une des créations de l'œuvre, — une des dernières en date, mais dont l'efficacité doit être grande pour resserrer les liens, un peu relâchés, qui unissent les émigrés à leur mère-patrie. Jusqu'à présent, les pauvres gens vivaient sans nouvelles du pays : les quelques lettres, fort rares, qu'ils recevaient les tenaient seulement au courant de ce qui touchait leur famille ou les voisins, mais ne disaient rien de ce qui concernait ces familles agrandies que sont la province et la patrie. Aussi, peu à peu, les émigrés se désintéressaient-ils des questions nationales... L'œuvre italienne en publiant, à l'usage des émigrés, un journal hebdomadaire spécial, la Patria, a voulu leur permettre de vivre de la vie de leur pays. Le succès montre à quel besoin pressant répondait cette fondation.

L'Œuvre des émigrés italiens n'est encore qu'à ses débuts, mais déjà elle s'annonce comme devant être

extrêmement féconde et bienfaisante. Nous souhaitons quelle rencontre bon accueil auprès des Français que les circonstances mettront en relations avec elle. Ne faisons-nous point partie de ce que Ion nommait jadis d'un si beau nom : la Chrétienté? Sachons donc ne pas oublier nos devoirs de membres de la Société catholique; cela ne nous empêchera nullement — bien au contraire — de remplir nos obligations envers la patrie.

Page 1