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Cf. op. ciï., p

3i4 EN FACE DES LOIS ET DES FAITS SOCIAUX.

quer qu'un ouvrier tuberculeux, devenu invalide au sens que la loi allemande donne à ce mot, reste à la charge de la caisse pendant deux ou trois ans avant de mourir, et touche ainsi une certaine somme. Or, si dès le début de sa tuberculose, on lavait placé dans un sanatorium où il aurait pu se guérir au bout de quatre ou cinq mois de repos, il aurait sans doute coûté moins à la caisse ; il serait à la fin rentré dans le rang et aurait continué à payer ses cotisations. Il y avait donc à cette combinaison un réel avantage financier — sans parler du bénéfice moral pour le malade, sa famille et la communauté.

Mais pour que le raisonnement fût fondé, il fallait, de toute nécessité, prendre des tuberculoses naissantes et par suite guérissables.

On eut donc le souci, comme on l'a dit, de dépister la tuberculose dès son origine. « Cela n'est pas toujours facile ' ; mais comme les cas de tuberculose pulmonaire constituent l'immense majorité, on peut être averti de ce côté par la présence du bacille tuberculeux dans les crachats, longtemps avant qu'aucun signe stéthoscopique révèle la présence de la tuberculose. Mais comment obtenir l'examen de ces crachats? Cela est impossible dans la clientèle privée, où le médecin se trouve trop souvent obligé de ne parler de tuberculose que le plus tard possible, et où, quand il en parle, il est presque toujours trop tard pour intervenir. Mais avec des actionnaires d'une même caisse, avec une coopérative de production de santé, on est plus à l'aise : on peut exercer le droit, consenti par tous, d'étudier ces crachats au premier soupçon de tuberculose, et, en envoyant au sanatorium le malade dès qu'il est atteint, lui rendre service à lui-même, en même temps qu'à la

i. Cf. Duclaux, op. cit., p. 149.

communauté. Il y gagne de se guérir, la communauté y gagne qu'il se guérisse vite, et peu à peu s'implante dans les esprits cette idée salutaire et féconde que la tuberculose n'est pas cette maladie redoutable que tout le monde croit, mais au contraire, suivant le mot de Grancher, la plus guérissable des maladies épidémiques. » Il serait difficile de contester les multiples avantages de cette institution professionnelle.

Mais il y a mieux encore.

Les bénéfices de cette façon de prendre les choses, sont tels que les Offices d'assurances ont pu ajouter une nouvelle charge à celles qu'ils avaient déjà assumées. « Le malade envoyé au sanatorium ou à l'hôpital, en vue d'un intérêt qui n'est pas seulement le sien, a souvent charge de famille, dont le sort le préoccupe, alors que son traitement s'accommode si bien du rspos d'esprit. Pour venir en aide aux siens, il quittait souvent le sanatorium avant d'être guéri. Il a fallu former une nouvelle caisse pour venir en aide aux familles des tuberculeux . Il a fallu, en outre, s'imposer parfois les frais d'une désinfection dans l'appartement du malade atteint de tuberculose, soit pour y détruire les germes préexistants qui ont pu lui donner sa maladie, soit ceux qu'il aurait pu y déposer lui-même. Lorsque au sanatorium le malade a appris la gymnastique respiratoire et reçu l'éducation hygiénique qui lui permettra, une fois rentré chez lui, de n'être plus, en cas de récidive, dangereux pour les siens, il faut quelquefois lui donner les moyens matériels de réaliser cette hygiène de famille. Malgré toutes ces charges nouvelles, conclut M. Duclaux, l'affaire tient financièrement debout, et fait honneur tant à ceux qui la conduisent qu'aux ouvriers qui, tous, acceptent les sujétions et les charges, alors que tous n'en réclament heureusement pas le bénéfice. Quand on songe que le fonctionnement régulier

exige des guérisons nombreuses pour être économique, et que les travailleurs assurés représentent environ le quart de la population totale de l'Empire, on nest pas étonné que les statistiques accusent une diminution frappante de la tuberculose en Allemagne. » Et cette diminution, constante, progressive, qui par conséquent ira en donnant des résultats chaque année meilleurs, peut être traduite dans cette formule : partie il y a vingt ans du point où nous en sommes aujourd'hui en France, F Allemagne perd deux tuberculeux quand nous en perdons trois. Voici ce qui est dû, pour une bonne part, à des institutions professionnelles auxquelles le législateur a donné force obligatoire, il y a là un argument de fait qui mérite considération.

Mais il est des cas nombreux où la force coercitive de la loi ne saurait suffire. M. Duclaux en donne un exemple frappant dans son chapitre sur l'ankylostomiase des mineurs ' : ces considérations médicales illustreraient de façon originale et probante une étude sur l'organisation professionnelle. Nous allons essayer de l'établir par un rapide exposé des faits.

L/ankylostomiase, caractérisée par la présence dans l'intestin d'un petit ver nématode, est une maladie endémique, extrêmement répandue dans certaines régions intertropicales où elle frappe presque tout le monde. Elle est heureusement peu meurtrière et les habitants de ces contrées la portent même assez vaillamment, sans présenter lanémie dont elle s'accompagne dans des régions plus froides. Car on en trouve

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