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Cf. Byoiïïte sociale, pp. 94 et suiv

aussi dans l'Europe méridionale, en Italie, notamment dans la population ouvrière employée aux travaux des solfatares ou des rizières delaLombardie. Les ouvriers lombards ont communiqué le parasite à tous les travailleurs réunis au Saint-Gothard pour le percement du tunnel, et ceux-ci en se dispersant l'ont emporté chez eux. Mais à mesure que la maladie avance vers le nord, elle perd un peu de ses caractères. Elle devient plus grave. En même temps, elle limite son champ d'action; au lieu d'attaquer indistinctement tous les habitants, elle manifeste une préférence presque exclusive pour les ouvriers qui vivent habituellement dans un endroit chaud et humide, par exemple les briquetiers, ou encore les mineurs. On la rencontre dans un grand nombre de houillières françaises, à Saint-Etienne, à Anzin, à Yalenciennes ; elle est surtout très répandue dans le bassin de Liège où elle a pris depuis 1893 une telle extension qu'on a pu se demander si, dans cette région, il y a des exploitations qui en étaient restées indemnes.

On a découvert aujourd'hui l'explication de cette marche singulière de l'ankylostomiase. La voici résumée, telle que nous la trouvons dans l'ouvrage de M. Duclaux.

L'ankylostome pond ses œufs dans l'intestin. Ceuxci ne subissent aucune transformation dans le tube digestif : il y fait trop chaud. Ils ont besoin pour éclore d'une température voisine de 25° ou 30°. Cette température nécessaire à la formation dans l'œuf de la larve chargée de maintenir l'espèce, les œufs expulsés la rencontrent facilement dans les pays tropicaux où l'ankylostomiase est si répandue. A mesure qu'on remonte vers le nord, cette température n'esthabituelle que dans les galeries de mine. De là une localisation chez les mineurs, et, de préférence, chez les ouvriers du fond.

surtout chez ceux qui travaillent dans des galeries étroites.

On a deviné, sans que nous ayons besoin d'insister, comment la maladie se propage et ce qu'il faudrait interdire pour arrêter la contagion.

Le Comité supérieur d'hygiène publique de Bruxelles, invité à donner son avis sur la prophylaxie de l'ankylos tomiase, recommanda l'adoption d'une série de rigoureuses mesures. Par une étude détaillée ', M.Duclaux n'a pas de peine à montrer que quelques-unes d'entre elles sont « inexécutables par quelque pouvoir que ce soit ». Les autres ne semblent pas « exécutables par le pouvoir qui les commande au nom de l'intérêt de tous », mais elles le deviennent « quand elles sont prises en main au nom des intérêts particuliers à ceux à qui elles doivent servir ». Et c'est ici que nous voyons intervenir très efficacement le groupement professionnel.

Ce serait, en effet, une coopérative liégeoise, la Populaire, qui, d'après! Hygiène sociale- , aurait * signalé le péril et commencé l'œuvre de résistance ». La chose n'est d'ailleurs pas pour surprendre. « Cette coopérative, dit M. Duclaux, compte un grand nombre de mineurs. Elle paie les frais de maladie de ses membres. Les livres de caisse lui ont appris que, dans certaines mines, la proportion des malades était plus grande que dans d'autres, et que dans ces mines le nombre des jours de maladies allaient en augmentant. Surpris de ce fait, ils ont voulu voir, ils ont vu, et dès que les malades ont été visités non par les médecins des Compagnies, mais par des médecins de la coopérative, le mal est apparu dans toute son intensité, et il a fallu se préoccuper de le guérir. On voit par quelle logique une

i. Cf. Ibid., pp. 101 et suiv.

■2. CI. Ibid., p. 10G.

association ouvrière a été conduite sur le terrain de l'hygiène, où il faut se féliciter de la voir apparaître : elle est. en effet, autrement armée que ses membres pour y évoluer à l'aise. Isolé, le malade est ignorant, impuissant, et se résigne. Il n'a, en outre, aucun intérêt à ne pas contagionner son voisin... La situation change pour le malade, dès qu'il cherche dans l'association un remède contre les maux, quels qu'ils soient, dont il est atteint. L'association a intérêt, comme le malade, à ce que la santé existe ou reparaisse parmi ses membres. Comme pour le malade, son intérêt est pécuniaire, mais elle a, pour le servir, d'autres moyens que le mineur isolé : elle peut s'informer, elle peut parler et agir au nom du nombre... » C'est ce qu'elle a fait à Liège.

Comme la maladie est d'autant plus facile à guérir qu'elle est prise plus tôt, on a organisé, sous la direction du Dr Malvoz, un service bactériologique qui « dépiste la maladie et en fait le diagnostic le plus précoce possible )>.

Si la thérapeutique ne suffit pas, l'association ouvrière est. paraît-il. décidée à obliger ses membres à prendre certaines mesures d'hygiène pour éviter la diffusion de la maladie 1 et à exercer une étroite surveillance pour assurer le respect de ces prescriptions. « Mais il faut reconnaître, remarque M. Duclaux. que cette surveillance n'est possible que si les ouvriers en comprennent l'utilité et la font eux-mêmes... La question est de savoir si la Coopérative peut y astreindre ses membres, en leur parlant au nom de l'intérêt mutuel et de

\. « Une mine infectée se nettoie spontanément elle-même, par la mort inévitable de toutes les larves qui ne rencontrent pas un intestin humain pour y terminer leur évolution: si elle continue à rester infectante, c'est grâce à l'apport régulier de matériaux neufs; elle a besoin d'être repeuplée constamment. Il ne s'agit donc, pour la stériliser au point de vue de l'ankylostome, que d'amener les mineurs à se délester avant d'entrer dans la mine. ■ , Duclaux. op. cit.. p. 110.,

celui de leur association. Si elle y réussit, comme tout le fait espérer, un grand pas sera fait, car une société dont tous les membres obéiraient à des consignes, variables dans leur libellé, suivant le métier, mais s'inspirant toutes de l'intérêt d'une association, d'une coopérative, d'une communauté, et servant par là l'intérêt de tous, une telle société, disons-nous, serait très différente de la société actuelle... » Nous ne suivrons pas M. Duclaux dans ses considérations sociologiques : il nous suffit d'avoir montré, à laide de faits par lui rapportés, comment le groupement professionnel peut rendre au corps social des services (\\i a priori l'on n'aurait pas attendus de lui. Il ne serait peut-être pas difficile d'établir que, pour lutter contre les maladies spéciales aux divers métiers, on ne saurait trouver des concours plus efficaces que dans l'association corporative.

Et maintenant, si nous jetons un rapide coup d'œil sur ce chapitre, il nous semble que nous étions bien en droit de dire, comme nous le disions au début, que les découvertes pasteuriennes et les constatations des hygiénistes confirment indirectement deux ou trois des thèses des catholiques sociaux.

Elles nous ont montré, en effet, que chacun de nous avait intérêt à ne pas rester indifférent à la misère de son voisin : le respect du devoir de charité ne comporte pas seulement pour nous des avantages moraux, mais il entraîne souvent d'heureuses conséquences matérielles.

Nous avons vu également que l'initiative privée, si excellente soit-elle, ne saurait cependant suffire à toutes les besognes : pour obtenir certains résultats, on est obligé de faire appel à l'autorité de la loi et à l'intervention des pouvoirs publics.

Enfin, la lutte contre certaines maladies, particulièrement redoutables et répandues, nous a montré l'utilité, à ce point de vue très spécial, des groupements professionnels, venant décupler les efforts de l'initiative individuelle et, d'autre part, s'adaptant mieux à ces besoins que l'action de l'Etat, qui manque parfois de la souplesse nécessaire.

Nous ne saurions prétendre avoir établi une démonstration complète de ces deux ou trois thèses : nous avons désiré seulement apporter une confirmation indirecte et, en quelque sorte, une illustration, peut-être inattendue, de théories sociales dont nous avons jadis essayé de donner l'exposé et la justification doctrinale.

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