SOCIALISTES ET RURAUX : SYNDICATS ROUGES ET SYNDICATS MIXTES
I. Les transformations de l'agriculture et de la vie agricole. — Conséquences sociales de ces transformations. — Les socialistes s'efforcent de tirer parti de cette situation nouvelle. — Attitudes successives. — Le programme de Marseille (1892;. — La conquête de la paysannerie française. — II. Les efforts des socialistes pour organiser les ouvriers agricoles se produisent en France, surtout dans le Midi viticole et dans les régions boisées du Centre. — Chez les Bûcherons du Centre. — Les grèves de 1891-1892. — Le succès du mouvement gréviste. — Une période de « sommeil » pour les syndicats de bûcherons. — Le « réveil » sonné par la Bourse du travail de Bourges. — Nouvelle tactique adoptée par les chefs des syndicats de bûcherons. — Un contrat passé avec le syndicat pour une coupe déterminée. — La Fédération des syndicats de bûcherons : les congrès qu'elle tient. — III. Chez les ouvriers viticoles du Midi. — Quelques grèves d'ouvriers viticoles. —L'action des Bourses du travail. — Ce qui s'est passé dans Pouzols « libéré ». — IV. Syndicats d'ouvriers viticoles. — Études des causes qui ont amené la formation et hâté le développement de ces syndicats « rouges ». — Comment, dans le Midi, a diminué la classe des petits propriétaires. — Les dépossédés sont devenus les partisans les plus actifs des syndicats rouges. — Situation difficile des petits propriétaires qui ont conservé leurs biens. — Le régime du travail : longueur et fréquence des chômages. — L'agitation politique. —V. Caractères des syndicats d'ouvriers viticoles. — Anticléricalisme et socialisme révolutionnaire.— Les syndicats viticoles se réunissent en fédération : congrès tenus par cette fédération. — Revendications formulées. — La grève générale. — L'Union fédérale terrienne. — VI. Ce qui a été fait
dans le Midi pour lutter contre les syndicats rouges. — Un nouveau type de syndicat mixte qui donne satisfaction aux ouvriers viticoles. — L'organisation du syndicat agricole mixte de Tourouzelles (Aude). — Une commission de conciliation et d'arbitrage. — Comment à Tourouzelles on a diminué le chômage des ouvriers syndiqués. — Excellents résultats obtenus par c<-s syndicats. — L'n essai de syndical mixte pour les bûcherons du Loiret. — L'organisation professionnelle s'impose comme solution de la crise sociale qui commence à menacer le monde agricole.
Un fait vient de se produire en France, dont l'importance relativement faible encore, pourrait grandir avec rapidité suivant les occurrences politiques et les conditions économiques. C'est l'organisation de syndicats d'ouvriers agricoles, — et de syndicats ayant une orientation nettement socialiste et révolutionnuire.
Comment expliquer la naissance de telles associations et quel en est le développement actuel? Quels remèdes, d'autre part, propose-t-on, pour rétablir la paix sociale, ainsi profondément troublée en certaines régions de notre pays? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous voudrions répondre.
Depuis un demi-siècle, la technique agricole subit de profondes transformations, que l'on exprime, dans leur ensemble, par la formule un peu vague « d'industrialisation de l'agriculture ».
L'introduction du machinisme, surtout des moteurs à vapeur, a modifié jusqu'à l'aspect de la campagne. Aujourd'hui, les routes sont sillonnées de tramways et de chemins de fer vicinaux; dans les cours des fermes ou dans les champs, on aperçoit en mouvement nombre
de machines dont on n'avait pas. jadis, la moindre idée ; parfois, de loin en loin, l'horizon est coupé par la longue cheminée d'une distillerie, d'une sucrerie ou d'une laiterie coopérative. Et si l'on suivait, jour par jour, le labeur du paysan, on verrait combien il s'est modifié avec le développement des méthodes intensives et scientifiques. Dans le monde rural, les choses ont donc quelque peu changé d'aspect et les gens d'occupation.
Le travail agricole, du moins pour certaines cultures, s'est rapproché du travail industriel : même utilisation de la force mécanique plus ou moins substituée à la force humaine ou aux forces animales, jusque-là exclusivement employées; groupement analogue de travailleurs en équipes dirigées par des contremaîtres. La comparaison peut être poussée plus loin : salariés de l'industrie urbaine et salariés de l'industrie rurale sont parfois également sans attaches solides au sol sur lequel ils peinent et dont ils ne possèdent pas une parcelle, attirés et retenus seulement par l'appât de gains élevés.
Sans doute, en France, les campagnes où l'on constate de tels changements sont encore en très petit nombre. Mais il était dans la logique des choses que partout où les travailleurs des champs se trouveraient dans des conditions de vie et de labeur qui sont généralement faites aux travailleurs des villes, ils seraient naturellement portés à imiter ceux-ci : astreints aux mêmes occupations effectuées en groupe, ils confieraient la défense de leurs intérêts communs à une association professionnelle qui les représenterait vis-à-vis des propriétaires, c'est-à-dire vis-à-vis de leurs employeurs.
Quelques meneurs socialistes s'efforcent de tirer
profit de cette situation en essayant de donner un caractère révolutionnaire à ces groupements naissants, répondant ainsi à une évolution, doctrinale et pratique, de leur parti.
Si Ton en excepte les très anciens écrivains du socialisme utopiste, on peut affirmer que les théoriciens socialistes ont délaissé les questions agricoles. Sans doute, dans le Capital, Marx tient compte de la transformation de la petite propriété anglaise en grande propriété terrienne, mais ce qu'il y a d'essentiel dans le marxisme a pour base des faits d'ordre industriel. Jusqu'en ces derniers temps, il en était ainsi dans toutes les écoles socialistes qui se préoccupaient, avant tout et à peu près exclusivement, des problèmes intéressant les ouvriers des villes. Aujourd'hui, il y a dans les préoccupations des chefs du mouvement une réaction rurale. Elle a commencé à se produire le jour où il est devenu évident que le collectivisme ne se réaliserait point par une brusque et prochaine révolution, mais qu'au contraire la conquête des pouvoirs publics par les moyens électoraux restait la seule chance sérieuse de succès. De ce moment, les socialistes résolurent la conquête des masses paysannes.
Le ralliement des gens de la campagne au programme du « parti ouvrier » ne pouvait s'opérer sans qu'on élaguât le programme doctrinal : il fallait faire disparaître notamment le fameux article portant suppression totale de la propriété privée. Alors, se répandit dans les milieux socialistes, lathéorie de « la reprise partielle de la terre ». Elle fut défendue à la Chambre, en 1893, par M. Jules Guesde qui invoquait les décisions de deux congrès de Roanne (1882) et de Roubaix 1884 ; la première de ces assemblées laissait les instruments de production aux petits producteurs, la seconde conservait leur propriété aux petits propriétaires.
La même année, M. Jaurès déclarait, dans la Dépêche, vouloir « défendre la petite propriété paysanne ». C'est la même thèse ' qu'il soutint en 1897, lors du fameux débat sur les questions agraires. M. Gabriel Deville avait écrit, en 1883, dans sa préface au Capital de Marx : « La petite propriété rurale est vouée à la disparition », ce qui ressemble singulièrement, on l'avouera, à la reprise totale. Mais, en 1896, dans ses Principes socialistes, il change nettement d'opinion et expose une ingénieuse théorie. La reprise du sol par l'Etat, déclare-t-il en substance, a pour but de mettre fin aux maux causés par le capitalisme ; il est évident que. pour qu'il y ait exploitation capitaliste, il faut que le capital ne soit pas entre les mains des travailleurs; par suite, la reprise ne doit avoir lieu que pour la grande propriété, là où le capital est séparé du travail : le paysan qui cultive sa terre n'est assurément pas dans ce cas. La petite propriété doit donc être respectée.
11 ne suffisait pas de ne point effaroucher le rural par quelque théorie malsonnante, il fallait encore, si on voulait le gagner aux idées nouvelles, faire miroiter à ses yeux un programme de réformes immédiates. Ce fut l'œuvre des congrès de Marseille (1892) et de Nantes (1894).
A l'assemblée de Marseille, sur la proposition de M. Paul Lafargue, on vota un programme agricole dont quelques éléments furent empruntés à des revendications formulées par des associations qui n'avaient rien de révolutionnaire. Le voici :
Article premier. — Minimum de salaire fixé par les syndicats ouvriers agricoles et par les conseils municipaux
i. Cf. notamment Études socialistes (Ollendorf, édit.), p. IS.
tant pour les ouvriers à la journée que pour les loués à Tannée (bouviers, valets de ferme, tilles de ferme, etc.).
Art. 2. — Création de prud'hommes agricoles.
Art. 3. — Interdiction aux communes d'aliéner leurs
terrains communaux: amodiation par l'rjtat aux communes
terrains domaniaux maritimes et autres actuellement
incultes; emploi des excédents des budgets communaux
à l'agrandissement de la propriété communale.
Ai:t. 4. — Attribution par la commune des terrains concédé-, par l'État, possédés ou achetés par elle, à des familles in m possédantes associées et simplement usufruitières, avec interdiction d'employer des salariés et obligation de payer une redevance au profit du budget de l'assistance communale.
Art. 5. — Caisse de retraite agricole pour les invalides et les vieillards alimentée par un impôt spécial sur les revenus de la grande propriété.
Art. 6. — Achat par la commune de machines agricoles et leur location à prix de revient aux travailleurs agricoles; création d'associations de travailleurs agricoles pour l'achat d'engrais, de grains, de semences, de plants, etc., et pour la vente des produits.
Art. 7. — Suppression des droits de mutation pour les propriétés au-dessous de 5.000 francs.
Art. 8. — Réduction par des commissions d'arbitrage, comme en Irlande, des baux de fermage et de métayage, et indemnité aux fermiers et aux métayers sortants pour la plus-value donnée à la propriété.
Art. 0. — Suppression de l'article 2102, C. civ., donnant au propriétaire un privilège sur la récolte ; suppression de la saisie-brandon, c'est-à-dire des récoltes sur pied; constitution pour le cultivateur d'une réserve insaisissable comprenant les instruments aratoires, les quantités de récoltes, fumiers et tètes de bétail indispensables à l'exercice de son métier.
Art. 10. — Révision du cadastre et, en attendant la réalisation de cette mesure générale, révision parcellaire par tmmunes.
Art. 11. — Cours gratuits d'agronomie et champs d'expérimentation agricole.
Ce programme, combiné de façon à dissiper les défiances et à flatter les secrètes jalousies du paysan, fut répandu à des milliers d'exemplaires, et l'on édita une brochure qui le commentait :
^ ous savez maintenant, y était-il dit aux cultivateurs, comment le Parti ouvrier, dont on vous faisait un monstre, comprend vos intérêts et leur défense. Vous savez dans quel but il s'adresse à vous et vous invite à vous joindre au prolétariat industriel, déjà organisé pour chasser du pouvoir les faux républicains qui vous exploitent depuis trop longtemps et installer au gouvernement le parti du travail et des réformes. Vous viendrez au Parti ouvrier qui, le premier, a pris votre cause en mains et est le seul parti politique qui ne vous offre pas à manger dans une assiette vide.
En somme le congrès de Marseille marque vraiment le début des tentatives socialistes dans les milieux ruraux français. UAlmanach du Parti ouvrier pour- 1893 le notait en des termes qu'il n'est pas inutile de rappeler, aujourd'hui que nous sommes témoins des premiers résultats de l'action révolutionnaire :
c Le congrès de Marseille, lisait-on en effet dans cet opuscule, aura donné au Parti ouvrier avec un programme agricole, le pont qui lui manquait pour transporter sa propagande dans le milieu rural, enpleine paysannerie française. Jusqu'alors, nous avions dû nous limiter au prolétariat industriel. Le machinisme, en l'agglomérant dans de vastes usines, le livrait pour ainsi dire au socialisme, qui, divisant très intelligemment sa tâche pour mieux l'accomplir, a levé sa première armée dans la classe ouvrière proprement dite. Mais il n'oubliait pas que derrière les serfs de la machine, il y avait, plus nombreux encore, quoique plus éparpillés, les serfs des champs, qu'il aurait à conquérir un jour. Le temps au programme de Marseille de pénétrer dans les campagnes, et le pacte d'alliance nécessaire sera scellé entre le travail agricole et le travail industriel, combinés en une seule armée contre la réaction capitaliste et gouver-
nementale. C'en sera fait de la dernière forteresse sur laquelle le conservatisme bourgeois comptait pour arrêter dans sa marche la Révolution sociale. »
Sous les mots sonores, il est indispensable de découvrir le rêve persistant des meneurs du socialisme, à savoir la conquête de ce qu'ils appellent la paysannerie française '. Examinons où ils en sont de cette conquête ardemment désirée.
En France, leurs efforts pour l'organisation des ouvriers agricoles, se sont produits ou, plus exactement, ont été favorisés par les circonstances en deux régions principales : dans le Midi viticole et dans les régions boisées du Centre, chez les vignerons du bas Languedoc et chez les bûcherons du Cher ou de la Nièvre.
Bien que le mouvement, entre ces deux centres, présente quelques ressemblances et, d'une manière générale, s'explique par les considérations que nous indiquions au début de ce chapitre, cependant, pour mieux en marquer les origines et les développements, il convient d'étudier séparément ce qui touche aux ouvriers forestiers et ce qui concerne les viticulteurs.
Vers 1891-1802, les bûcherons du Centre s'étaient mis en grève, dans un grand nombre de localités : ils réclamaient une augmentation des salaires qui étaient
l.CC sur ces efforts Paul Constant, Socialisme et Action rurale (Lecoflre, éditeur). Ce mouvement est particulièrement marqué en Italie : cf. Paolo Mazzoldi. L<- s 'radicalisme rural en Italie dans le Mouvement le du 1*> janvier 1906 [Au Congres de Bologne^ 704 « ligues » étaient représentées comprenant environ 150.000 tra\ ai Heurs agricoles . A ron^ulter sur ces questions l'ouvrage très documenté du cte de Rocquigny : Lifju.es et Grèves de Paysans (A. Rousseau, éditeur, l'aris, 1904).
tombés fort bas. Si l'on s'en rapporte à la thèse que M. L. Roblin a récemment soutenue devant la Faculté de droit de Paris', « les travailleurs du bois en étaient arrivés en 1890 à gagner pour une journée de travail, allant du lever au coucher du soleil, un salaire de 1 franc au maximum ». Si l'on récuse, en raison de ses tendances socialistes, le témoignage du jeune avocat à la Cour d'appel de Paris, aujourd'hui député de la Nièvre, on sera peut-être plus facilement convaincu par l'affirmation d'un propriétaire forestier de cette région, M. le comte de Damas d'Aluezy. qui écrivait en 18942 :
Les marchands de bois ont cherché à se rattraper non seulement sur le propriétaire, qui subit sans trop se plaindre la diminution de ses revenus, mais aussi sur les ouvriers pour lesquels ce n'est pas seulement une question de revenus, mais d'existence. Et ici, l'ouvrier c'est le paysan; tout ce qu'il y a dans le pays de journaliers, de manœuvres, de petits propriétaires, ne vit l'hiver que de son travail au bois. Il s'ensuit que l'offre du travail est plus abondante que la demande : nouvelle raison pour les marchands d'abaisser les salaires, qui en sont arrivés l'avantdernier hiver à 0 fr. 75 environ par jour pour les ouvriers médiocres, à 1 fr. 25 pour les rudes travailleurs.
Les marchands de bois étaient d'ailleurs amenés à cette baisse de salaires par la concurrence qu'ils se faisaient entre eux et par la crise que subissait alors leur commerce.
Une dépréciation générale s'est manifestée presque simultanément sur tous les produits : sur les bois d'oeuvre,
1. L. H. Roblin, docteur en droit, avocat à la Cour d'appel. Les bûcherons du Cher et de la Nièvre : leurs syndicats (Paris, Éditions du Mouvement socialiste, 1903).
2. Science sociale. Enquête sur le mouvement social le Bazois, 1894. p. 81.
causée par la substitution du fer au bois dans les constructions, par L'achèvement des grands réseaux ferrés, par la ruine de la marine marchande. L'importation des bois de Norvège pour la marqueterie et la menuiserie, celle du
sapin et «1rs gros arbres pour tous les emplois a été de plus en plus forte : de 18(.M à 1898. nous avons environ 140.780.000 francs par an d'importation et l'exportation ne s'élève qu'à 41.822.000 francs.
On consomme de moins en moins le bois de chauffage : en 1873, Paris en achetait plus de 400.000 stères ; une vingtaine d'années plus tard, la capitale diminuait du quart sa consommation ' ; par contre, dans le même laps de temps, l'emploi de la houille triplait environ. Le charbon de bois est également remplacé par le charbon de terre. Il n'est pas jusqu'à l'écorce, utilisée pour la tannerie, qui ne se place aujourd'hui plus difficilement. Résultat : une baisse de prix qui entraîne une baisse dans les tarifs payés aux bûcherons.
La baisse considérable 'des salaires ne fut pas acceptée. Les ouvriers agglomérés dans les coupes, au nombre de quinze à soixante ou même quatre-vingts par coupe, prirent conscience de la communauté de leurs intérêts et s'encouragèrent mutuellement à la résistance. Chaque fois que, dans le bois, l'agglomé-
1. Les droits d'octroi sont pour quelque chose danscette diminution. Aussi, à son assemblée générale de 1903, la Société des Agriculteurs de France, qui prend toujours en mains la défense des intérêts agricoles, rotait-elle le vœu suivant : « Considérant que, depuis 1872, la consommation de la houille a quintuplé, tandisque celle du bois a diminué d'un tiers et celle du charbon de bois de un huitième... Que le bois de chauffage, payant un droit d'octroi égal et même supérieur à sa valeur d'origine, doit subir une détaxe proportionnelle, d'autant plus qu'il se substitue aux houilk-s d'Angleterre et de Belgique... Que le charbon de son entrée à Paris, paie 33 pour 100 de sa valeur, tandis que la houille paie l* pour 100 seulement... La Société estime qu'il y a lieu dedemandei le dégrèvement total des droits d'octroi sur les charbons de bois, fagots et coterets, un dégrèvement des deux tiers sur les bois à brûler, e( une augmentation proportionnelle de 0 fr. 2H sur les houilles et charbons de terre ».
ration fait défaut, nous constatons l'absence de grèves et la soumission des travailleurs aux offres de l'employeur. Ainsi : « les abatteurs, les charbonniers, les scieurs de long, dès l'origine ne se coalisent ni ne s'organisent, quoiqu'ils eussent, pour le faire, les mêmes motifs que les bûcherons proprement dits. Mais c'est qu'ils sont par deux ou par quatre perdus dans les forêts, couchant dans les cabanes ; ils n'ont point entre eux de communications, ils sont plus sérieusement sous la main de l'employeur. Ils ne peuvent songer à profiter des avantages que leur donnerait, dans une lutte ouvrière, leur situation privilégiée de travailleurs ayant une instruction professionnelle » .
Pour faire triompher leurs revendications, les bûcherons se mirent en grève et organisèrent des « comités de résistance » qui se transformèrent le plus souvent, surtout dans le Cher, en associations permanentes et syndicales : « Chez les bûcherons, lit-on dans une publication de l'Office du travail f, la grève a précédé le syndicat ; celui-ci a été la conséquence de celle-là. »
Le mouvement se généralisa : après plusieurs semaines de lutte, les marchands de bois se virent obligés de céder sur bien des points et les salaires se relevèrent d'un seul bond de près de 50 pour 100. Ils atteignirent en moyenne 1 fr. 75 à 2 francs. Le retentissement de ce succès fut d'autant plus grand que. l'été venu, les bûcherons syndiqués, se répandant dans les villages, s'employèrent aux travaux des champs et vulgarisèrent, parmi les paysans, les idées nouvelles de « lutte des classes ». La Fédération des syndicats forestiers du Cher émit, en juin 1892, la prétention de fixer les prixpourles labeurs agricoles. Le groupe de