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la Croix-Rouge dressa un tarif pour ces mêmes travaux. Celui de Chantenay avait fait afficher des séries de prix dans son ressort. L'association des bûcherons de La Fermeté avait fondé, à côté de lui, un syndicat de domestiques de ferme. Les femmes mêmes se laissèrent gagner et, en 1892, se constitua, dans le Cher, à Saint-Amand. un syndicat des laveuses de lessive !

Ainsi donc, le succès avait dépassé les espérances des meneurs : daprès les publications officielles du ministère du commerce, le Cher et la Nièvre comptaient, en 1892, 28 organisations d'ouvriers du bois avec 3.893 adhérents, et, en 1893, 34 syndicats avec 5.158 membres '. Mais ce succès très rapide, — trop rapide pour être durable, — fut en partie la cause de la décadence progressive de ces associations : ayant obtenu satisfaction pour leurs salaires -', les bûcherons sentirent de moins en moins Futilité des groupements professionnels :

Les ssociations de 1891, sorties de la grève qui s'était produite partout à la fois, avaient conservé l'empreinte de cette origine : leur vitalité devait se borner au temps que dureraient les conflits aigus... Les adhérents timon cachaient de leur affiliation et ne faisaient pas de recrues.

1. La Fédération départementale «les syndicats de bûcherons du Cher ;i tenu sept congres «Unit voici les dates : -2~ mars 189-2, juin 1892,9 octobre 1899, -2.; avril 1893, 1" novembre 1893, février 1894 et 99 avril 4894.

-2. M. Roblin reconnaît <|ue l'élévation subite des salaires en ikîu eut pour conséquence de ruiner un certain nombre de commerçants qui;

dans leurs achats de coupes, a\aient tablé sur des tarifs bien inférieurs : • Iteaucoup de marchands de bois, les plus pauvres, dit-il, avaient cessé leur commerce à la suite des grèves. Ils n'avaient pu faire face à leurs dents : leurs coupes avaient été achetées trop cher et ils avaient été obligés de donner aux ouvriers des sommessupérieuresà celles qui leuravaient servi de base pour l'estimation. Leurs bois avaient, de plus, suld des retards pourl'exploitation, et les propriétaires avaient réclamé, nonobstant la grève, l'argent qui leur était dû. Ces marchands de bois, «lui n'avaient aucune avance et qui comptaient sur l'écoulement de leurs produits pour se libérer vis-à-vis de leurs vendeurs, s'étaient ruirn-s. » Cf. r<]>. cit., p. 201.)

Le syndicat, dans le calme, ne donnait pas d'ordres, ou quand il en donnait, n'était pas écouté.

Insensiblement, les syndicats de bûcherons entrèrent en un sommeil qui dura plusieurs années. Mais, vers 1899, dans les milieux forestiers du Centre, la vie syndicale reprend une nouvelle activité.

Cette rénovation n'est point due, dans l'ensemble, à des conflits qui auraient surgi entre marchands de bois et ouvriers de la forêt. Elle est surtout le résultat de la propagande menée par quelques militants, soutenus énergiquement — c'est là un fait à noter — par la Bourse du travail de Bourges. Celle-ci engage une correspondance journalière avec les milieux forestiers *, elle est tenue au courant de toutes les tentatives, les encourage et, au besoin, en suscite d'autres 2. Cette active collaboration des groupements socialistes urbains à la formation et aux progrès des groupements d'ouvriers agricoles n'est pas chose spéciale à la région du Centre : nous constaterons une immixtion analogue des Bourses du travail de Béziers et de Narbonne dans les associations des viticulteurs du Midi.

Le développement, régulier et relativement rapide, des syndicats de bûcherons s'explique aussi, en très grande partie, par un changement dans la méthode d'action : désormais les dirigeants du mouvement s'efforcent de substituer à l'ancien contrat individuel une sorte de contrat collectif, ou, en termes plus exacts, essaient d'obtenir pour tous leurs membres les mêmes conditions de travail. Leurs efforts sont souvent couronnés de succès et cela seul suffirait à expliquer que les bûcherons soient amenés à s'affilier au syndicat de leur commune.

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