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L'EAU OXYGÉNÉE

L'eau oxygénée, il n'est pas inutile de le redire pour les personnes qui ne s'occupent pas régulièrement de chimie, n'est point de l'eau dans laquelle on a mis mécaniquement de Foxygène en suspension, ou en dissolution, comme on met de l'acide carbonique en dissolution dans l'eau pour préparer l'eau de seltz artificielle. C'est un liquide chimique qui a son autonomie, un bioxyde d'hydrogène, incolore, sans odeur, et à saveur métallique. Ce liquide possède la propriété de se décomposer à la température de quatorze degrés au-dessus de zéro en dégageant quatre cent soixante- quinze fois son volume d'oxygène. On peut penser quel accumulateur d'oxygène on a ainsi sous la main avec une petite quantité seulement de ce curieux liquide.

L'eau oxygénée se prépare très simplement en traitant du bioxyde de baryum par l'acide chlorhydrique : l'hydrogène, pour bien montrer qu'il est un métal, se substitue au baryum avec la meilleure volonté du monde.

Après avoir été pendant longtemps une curiosité de laboratoire, l'eau oxygénée est devenue un corps de préparation industrielle et dont les emplois sont de plus en plus nombreux. C'est à ce titre qu'il convient de se tenir au courant de la question.

Un des emplois de l'eau oxygénée, et qui a ceaucoup

contribué à la vulgariser, consiste dans la décoloration des cheveux.

De nombreuses chevelures noires ont dû à son action de passer à la couleur blonde jugée plus avantageuse par les titulaires.

On a heureusement fait des choses plus utiles que cela avec ce liquide actif. On Ta employé pour le nettoyage de la bouche, et récemment deux médecins d'hôpitaux, Tun Bordelais, l'autre Parisien, les docteurs Recaz et Roger, ont constaté que Ton pouvait en faire usage comme moyen de désinfection pour les plaies, dans les gangrènes. Il en faut très peu pour procurer beaucoup d'assainissement.

Mais il y a mieux encore. L'eau oxygénée lutte, paraîtil, victorieusement contre les entérites chroniques, si dangereuses surtout pour les enfants, et aussi contre la terrible dysenterie, dont les ravages et les souffrances ne se comptent plus.

Pour remployer dans le tube intestinal, la précaution à prendre, d'après les savants qui ont trouvé cette application de Teau oxygénée, consiste à la neutraliser : l'eau oxygénée à douze volumes est en effet acide. Mais une réaction chimique très simple lui enlève cette acidité.

On pense bien que d'autres affections intestinales que la dysenterie, diarrhées chroniques, entéro-colites mucomembraneuses, pourront être attaquées avec succès par le même procédé, aisé à appliquer. Ce serait un bienfaisant résultat.

Dans un ordre d'idées différent, mais qui présente aussi un réel intérêt, le professeur R. Lezé appelle l'attention sur le parti que l'on pourrait tirer de l'eau oxygénée pour la conservation du lait.

On ne sait que trop comment le problème de la conservation du lait est résolu, dans la plupart des cas, au moyen de substances chimiques. Ces substances sont, à la vérité,

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incorporées au lait en petites quantités. Néanmoins leur présence n'est pas rassurante lorsqu'il s'agit de faire passer ce lait dans des estomacs affaiblis, ou de le donner en nourriture à des petits enfants. Bicarbonate de soude, borax, acide salicylique, ne disent rien qui vaille, et sont tout à fait fâcheux lorsqu'ils interviennent par surcroît, dans un lait mouillé et écrémé, comme cela se voit si souvent.

La proscription de ces agents chimiques est justifiée, dit le professeur Lezé. Mais ne convient-il pas de faire une exception pour l'eau oxygénée ?

On est bien tenté de suivre le savant professeur sur ce terrain, car l'eau oxygénée est un antiseptique bien différent des autres. Pas de résidu à craindre lors de son action : quand elle se décompose, c'est pour donner de l'eau el de l'oxygène, c'est-à-dire une chose inoffensive et une chose excellente, un « pabulum ». On en a la preuve anticipée, puisqu'en se rinçant les muqueuses de la bouche, si délicates et si absorbantes, avec de l'eau oxygénée, on n'observe jamais aucun accident.

En Allemagne, la législation sur la conservation des denrées alimentaires, laquelle est rigoureuse, a admis l'eau oxygénée pour la conservation du lait. Peut-être serait-il bon d'en faire de même en France, dans l'intérêt de l'hygiène et pour substituer aux antiseptiques jugés dangereux un antiseptique en somme inoffensif ?

Il convient, dans l'application, d'employer de l'eau oxygénée chimiquement très pure, à dix volumes, et parfaitement dépouillée de tout acide chlorhydrique, provenant de sa fabrication, lequel pourrait véhiculer des traces de sels chimiques dangereux. Deux à trois centimètres cubes par litre suffisent à assurer la conservation d'un lait qui n'a pas encore commencé à fermenter ; en cas de fermentation, et pour l'entraver, il faut naturellement augmenter

la dose. Il convient de procéder à chaud, en maintenant pendant trois quarts d'heure environ, à soixante-quinze degrés centigrades, le lait qui a reçu sa petite ration d'eau oxygénée.

Le prix de l'opération n'est pas excessif, si Ton considère que Teau oxygénée, delà meilleure qualité, est fournie industriellement au prix de 3 francs le kilogramme.

En résumé, après avoir justement combattu et proscrit les antiseptiques conservateurs du lait, en voici un qui paraît se présenter comme admissible et sur Temploi duquel il serait bon de s'entendre sans parti pris. Car, il se consomme des flots de lait, et principalement dans les villes, cet altérable liquide est fortement travaillé dans un but de prolongation que le commerce conseille d'une façon inéluctable. A tant faire que de mettre de l'eau dans le lait, ce que l'on ne fait que trop, ce serait peut-être une chose intelligente et même utile d'y mettre un peu d'eau « oxygénée. »

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