LE CAOUTCHOUC ARTIFICIEL
Le rêve industriel et chimique d'une foule de gens est d'arriver à préparer du caoutchouc artificiel. On ne saurait les en blâmer, car cette gomme, dont le premier aspect est sale et repoussant, disait le savant chimiste Girard, « suivez-la dans ses innombrables applications, et vous allez la voir, à chaque instant, se présenter sous une forme différente, sous un aspect nouveau ». C'est la vérité même.
Le caoutchouc est entré dans la vie de chaque jour : sa suppression brusque causerait une perturbation notable dans le fonctionnement de la civilisation.
Gonzalo Femandez d'Oviédo y Valdas le signala, le premier, en i536, ayant vu des Indiens jouer à la balle avec. Mais c'est à deux Français, le savant La Condamine et ringénieur Fresneau, en 1786, que revient l'honneur d'avoir fait connaître exactement le précieux produit et sa véritable provenance.
Le caoutchouc, avec l'avantage de l'élasticité, a l'inconvénient de la viscosité. Il fût demeuré, malgré ses qualités, difficilement utihsable si, en 1889, l'américain Goodyear n'avait imaginé de le vulcaniser,, ce qui lui donna une importance énorme.
La vulcanisation, découverte par Goodyear et perfectionnée par l'anglais Hancok, consiste à soumettre le
caoutchouc naturel, d'abord à Taction du soufre, ensuite à celle d'une température assez élevée. Le caoutchouc vulcanisé conserve son élasticité à basse comme à haute température jusqu'à cent vingt degrés centigrades, et il offre plus de résistance aux agents chimiques que le caoutchouc naturel.
L'élastique substance entre dans tant de fabrications, nous l'avons dit, qu'il n'y en a jamais assez. Il serait téméraire d'essayer d'en faire une statistique, car les débris de caoutchouc usé ne cessent de rentrer dans la fabrication. On craint toujours aussi de venir à manquer de la précieuse matière, car l'exploitation des végétaux qui la produisent est pratiquée par toutes sortes de véritables et authentiques sauvages sous forme de dévastation.
Les gens qui cherchent la préparation du caoutchouc artificiel ne se présentent donc pas sous l'aspect de falsificateurs : ce sont plutôt des gens visant à l'économie d'une matière qui s'épuise. Ce qu'il faut demander impérieusement, c'est que les succédanés du caoutchouc vieux ne soient pas vendus dans le commerce au prix du caoutchouc neuf. A la condition de respecter cette honnête convention, le caoutchouc artificiel, auquel l'Automobilisme vient d'ouvrir encore un nouveau et considérable détouché, se présentera d'une façon favorable.
Jetons un coup d'œil sur ces fabrications spéciales de composés élastiques artificiels.
II y a, d'abord, la coorongite, ou caoutchouc fossile, laquelle constitue de véritables « mines de caoutchouc ». La chose paraît plaisante au premier examen. Des mines de cette étonnante substance ! Autant vaudrait, ce semble, parler de « mines de sucre ». Cependant la coorongite existe et existe bien. Il y en a en abondance dans le sud de l'Australie, aux Etats-Unis, dans le Connecticut, et un peu en France, dans les carrières des environs d'Angers.