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LE CAOUTCHOUC ARTIFICIEL

Comment s'utilise cette substance ? Les spécialistes pensent qu'elle sert d'adjuvant lors de la préparation de certains caoutchoucs de qualité secondaire : mais, on n'est pas fixé sur les « tours de main », et pour cause.

Tel est le succédané naturel de la classique gomme élastique. Mais, on apporte plus de ressources et d'imagination à la préparation des « factices » que combinent avec une opiniâtre persistance de nombreux inventeurs.

les factices ! Comme ils se présentent bien ! Tout ce qui colle, tout ce qui englue, à froid ou à chaud, se glisse, plus ou moins directement et discrètement, dans les « factices, » avec l'élasticité professionnelle que l'on peut concevoir.

L'huile de lin, cousine germaine à chaud du caoutchouc et mère des vernis, joue un rôle important ; il lui serait disputé par l'huile de noix si le prix de cette dernière n'en arrêtait souvent la mise en œuvre. C'est le « caoutchouc des huiles » découvert par le chimiste Sace en 1846, au cours d'une étude relative à l'action de l'acide nitrique sur l'huile de lin. Les successeurs de Sace ont apporté à son système de remarquables perfectionnements : toiles dites caoutchoutées, simili-cuirs pour sellerie, carrosserie, articles de voyage, tout cela est sorti à profusion, et de bonne qualité d'ailleurs, dans bien des cas, du caoutchouc des huiles.

On doit à Niklès et Rochfelder les « huiles vulcanisées », provenant de l'action du chlorure de soufre sur les huiles grasses : autre formule, et dont les modifications ainsi que les applications sont innombrables aussi. Ces factices sont incolores et ne ressemblent pas au véritable caoutchouc : ils n'ont pas « l'air de famille ». Aussi les remplace-t-on volontiers par les huiles, surtout par la toujours triomphante huile de lin vulcanisée par la fleur de soufre. Trop de fleurs... de soufre ! dans bien des cas. Cependant, on

prépare ainsi de bons enduits pour les toiles imperméables.

On pratique aussi, comme succédané, la dermatine imaginée par Zingler. II s*agit d'un mélange, aggloméré à chaud et sous pression, de déchets de caoutchouc, de fibres textiles, de rognures de cuir, et de carbonate de magnésie.

Nous voyons là intervenir les débris de caoutchouc et cela est, à la vérité, la formule d'un grand nombre de factices, la meilleure formule peut-être. On utilise ainsi, d'une façon profitable, les déchets de caoutchouc vulcanisé résultant du travail industriel des objets manufacturés ou provenant des rebuts de la consommation. Un spécialiste nous a affirmé que, même dans la fabrication des objets en caoutchouc neuf, il était très utile de faire entrer une certaine quantité de ces déchets de vieux caoutchouc ; les fabricants américains, dont les produits sont renommés, ne manquent jamais de faire ce mélange ; il y a là assurément une indication à retenir.

Telles sont, sommairement, les diverses formules actuelles de ce que l'on peut appeler « le caoutchouc artificiel ». Les chimistes ne sont évidemment pas parvenus encore à reproduire la substance par une combinaison précise de ses éléments d'ailleurs complexes : ils ne font que des imitations et parviennent à réaliser, à peu près, les qualités physiques de la matière, mais avec des compositions chimiques différentes. Cependant, il ne paraît pas du tout impossible que Ton puisse parvenir, un jour ou l'autre, à préparer exactement le caoutchouc tel qu'il est produit naturellement et ce serait une grande victoire scientifique.

LA LUSTRACELLULOSE

Aux choses nouvelles il faut des noms nouveaux. C'est à ce titre que nous désignerons à nos lecteurs la soie artificielle sous le nom que veulent désormais lui donner les praticiens de la lustracellulose. Il s'agit, en somme, de la forme nouvelle sous laquelle la nitrocellulose, ou, cellulose traitée par Tacide nitrique, vient faire concurrence à la soie naturelle des « bombyx ».

Le terme même de concurrence est peut-être exagéré. On est admis à penser que les deux produits, le naturel et Tartificiel, se mélangent volontiers et assez agréablement depuis que de savantes recherches scientifiques, des lavages dénitrifiants, ont rendu la soie artificielle sensiblement incombustible. La résistance de 1' « artificielle » est, à la vérité, très inférieure, à sec, au mouillé, ou en charge, à la résistance de «la naturelle ». Mais, comme les dames ne se soucient guère de se repasser des robes et des rubans de soie, de génération en génération, peu importe, iprès tout, la proportion du fulmi-coton dans le mélange. La brillante étofi'e, Téclatant tissu, apparaissent et disparaissent : la clientèle spéciale, et très considérable, qui les demande, leur sait peut-être gré de se rapprocher ainsi du rêve sous une forme éminemment matérielle et chimique.

Donc, la soie artificielle a pris sa place désormais sous la dénomination de lustracellulose ; on la prépare, ou plutôt

on la stabilise, en ajoutant à la nitrocellulose des sels de métaux lourds, par exemple de Tacétate de plomb en présence d'acétone, ou bien de Toxyde de cuivre ammoniacal, ou bien de la viscose. Ce dernier procédé donne des fibres tout à la fois si élastiques et gi résistantes, lorsque Ton en associe plusieurs pour former un brin, que les fabriques allemandes Font lancé dans le commerce sous le nom de « crin artificiel ». En entendant celte révélation, suivant le vers de Racine :

Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé !

Superbes crinières flottantes, queues des palefrois, n'étiez- vous donc, après tout, que de la lustracellulose à la viscose ? Les chimistes l'affirment avec un déconcertant cynisme.

On a fait quelques essais pour lutter contre la soie artificielle en se servant de gélatine, de fils d*araignée, de résidus de soie : les mauvais résultats obtenus n'ont fait que confirmer le succès de la lustracellulose.

Elle a d'ailleurs conquis tous les cœurs féminins, en se laissant gracieusement teindre. Les méthodes de teinture sont les mêmes que celles appliquées au coton : il convient seulement de prendre certaines précautions par suite de la faible résistance de la fibre à Tétai humide. Par contre, d'ingénieux fabricants ont mis à profit la différence fonctionnelle entre la soie naturelle et la soie artificielle pour obtenir des effets de nuances tout à fait agréables. En effet, la soie artificielle et la soie naturelle se comportent différemment à regard des matières colorantes, lesquelles teignent de préférence Tune ou Tautre fibre. Il suffit donc de fabriquer un tissu mixte, soie naturelle, ou laine et soie artificielle, et de teindre avec un colorant approprié, pour obtenir des effets variables : les praticiens n'y manquent pas et leurs clientes s'en réjouissent fort.

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Si les vers à soie ont dû faire des concessions en présence de ces succès « lustracellulosiques » de la chimie, le coton ne s'est pas tenu pour battu. Il lutte en se faisant « soie artificielle » par les procédés de plus en plus usités de la « mercerisation ».

Le terme « mercerisation », malgré la consonnance, n'a aucun rapport avec le commerce de la mercerie. Il s'agit encore, en ce cas, d'une opération tout à fait chimique.

C'est en i855, qu'Audemars, de Lausanne, prit le premier brevet relatif à la préparation de soie artificielle au moyen de la nitrocellulosè. Mais c'est en i844 que le chimiste anglais John Mercer imagina la mercerisation. L'un et l'autre procédé devaient attendre une cinquantaine d'années pour entrer dans la pratique et prendre dans l'élaboration des textiles une place très importante.

J. Mercer, en se livrant à des analyses de laboratoire, observa qu'en filtrant une solution alcaline concentrée à travers des tissus de coton, la fibre se retirait et devenait, par contre, plus épaisse et plus translucide. En outre, le poids spécifique de la solution diminuait. 11 en conclut, avec sagacité, que l'on pouvait imiter la soie de cette façon et donner à des fils ordinairement sans éclat, comme le coton ou la laine, un brillant soyeux. La mercerisation était, dès lors, découverte, ses applications sont nombreuses, car le coton mercerisé ressemble à la soie de façon à tromper véritablement des yeux même exercés : pour les étoffes d'ameublement, le succès est complet. Peut-être verrons-nous des étoffes tissées avec un mélange de coton mercerisé et de lustracellulose : ce serait le « modem style » par excellence.

John Mercer est fort honoré par ses compatriotes : ils lui ont récemment élevé un monument commémoratif flatteur à Great Harvood. Les habitants de Lausanne n'ont point songé encore à en élever un à la mémoire d'Aude-

mars, et c'est certainement un simple oubli qu'il suffira de leur signaler pour rétablir un juste équilibre dans Thistorique des soies artificielles et leurs applications.

Indiquons enfin pour terminer une tentative toute récente de production, non pas de soie artificielle, mais de teinture artificielle de la soie. Elle consiste en ceci :

Un ingénieux chercheur a eu Tidée d'imbiber des feuilles de mûrier avec des matières colorantes, acide picrique, ou couleurs d'aniline, et de les donner en pâture à des vers-àsoie. Les bombyx ont consenti à ronger ces feuilles suspectes, et après avoir pris tout d'abord pour leur propre compte la couleur du colorant, ils ont docilement filé de la soie identiquement colorée. Cela est fort curieux à divers points de vue, et il y a là une preuve de courage et de résistance delà part des vers-à-soie qui leur fait honneur. Mais, en dehors des justes satisfactions que celte expérience a données aux zoologistes, il est plus que probable que la victoire finale restera largement acquise à la lustracellulose et au coton mercerisé : nous sommes, de moins en moins, qu'on le regrette ou qu'on le déplore, au temps où la Royne Berthe filait, et les pauvres vers, pour sauver , leur mise, ont beau filer doux, on ne leur en tient guère compte.

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