CURIEUX ACCIDENTS
Un savant spécialiste, M. W.-A. Harris, secrétaire d'une grande Compagnie d'assurances anglaise, s'est attaché récemment à relater les causes d'incendies curieuses que lui a révélées le cours de sa carrière. Il a pu en écrire un livre entier, et, en vérité, c'est un livre qui n'est pas banal.
On dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu, et inversement on pourrait dire qu'il n'y a pas de feu sans fumée. On est donc toujours averti, plus ou moins vite, que le sinistre s'est déclaré et, d'une façon générale, on trouve assez aisément la cause.
Cependant, il y a des cas, où même les gens très instruits et très malins sont embarrassés ; ils ont envie de dire : « Il y a de la diablerie là-dedans ! »
Ce sont ces cas particuliers que M. Harris a collectionnés. En voici quelques-uns :
Vous vous croyez bien tranquille lorsque vous avez dans les magasins de votre usine un tas de minerai métallique. Comment voulez-vous mettre le feu à cela ?
Hé bien ! On a vu un approvisionnement de minerai de cuivre de la Nouvelle-Zélande prendre feu. Les chimistes en en recherchant le motif ont observé que ce minerai était de la « chalcopyrite », c'est-à-dire du sulfure oxydable à l'air et que l'oxydation porte à l'incandescence. En méditant là-dessus^ par la suite, on s'est expliqué pour ^
quoi plusieurs navires chargés de ce genre de minerai avaient été incendiés en mer sans raison valable. Pauvres navires ! Cela ne les remettra malheureusement pas à flot.
Les briquettes de houille, en belles piles bien alignées, semblent ne devoir brûler que sur les grilles des foyers de chaudières à vapeur. Cependant elles sont beaucoup plus sujettes qu'on ne le croit à la combustion spontanée : les variations barométriques et les sautes de vent leur sont fatales. Tout d'abord, sur Tune d'elles se forme une mince couche de cendres qui gagne toute l'épaisseur : la combustion est commencée et ne s'interrompt plus. Par un temps orageux, si une ondée survient, arrosant d'eau chaude le tas « en travail », c'est tout aussitôt un brasier.
M. J. Falconner King , d'Edimbourg, a communiqué à la Société Royale de Physique l'exemple d'un tas de déchets de minerai de fer qui s'est enflammé, probablement par oxydation et sulfuration , aux abords d'un puits de mine. Il n'y avait presque pas de métal dedans, c'était plutôt de la terre : cependant on dut renoncer à éteindre ce feu sournois. On prit des échantillons du las ; on essaya de les faire brûler dans des foyers de chaudières à vapeur : ce fut peine perdue ; cette matière ne se consumait que sur place, assurément dans des conditions de pression, de ventilation, et d'humidification, spéciales, que le hasard avait combinées et concentrées.
Une aventure plutôt amusante maintenant. Un chimiste, M. Marsh, avait gratté la rouille d'un vieux fusil. En bon chimiste, il eut l'idée de l'analyser :
Un vrai chimiste
En exercice Saisit d'abord un petit tube en verre,
L'agite un peu,
Puis sur le feu Tout doucement, doucement, il opère.