‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 20 sur 105 · LE CIEL BLEU · texte numérisé non relu

LE CIEL BLEU

Par un radieux jour, lorsque le ciel sans nuages recourbe au-dessus de nos têtes sa superbe voûte d'azur, il n'est point rare que quelque curieux des choses et de leurs causes pose à quelques savants la question suivante : Pourquoi le ciel est-il bleu ?

Les gens terre-à-terre, et essentiellement pratiques, ne manquent pas de faire observer que cela n'a aucune influence sur la politique, ni sur les cours de la Bourse, et que cette coloration est, par conséquent, sans intérêt.

Mais, bien d'autres, que les phénomènes de l'immensité attirent et captivent, ne sont pas du même avis.

Il faut croire qu'ils ont raison dans une certaine mesure, puisque, de temps immémorial, les savants les plus illustres se sont posé cette troublante question.

Pourquoi le ciel est-il bleu ?

Léonard de Vinci, ce génie universel qui a abordé, en quelque sorte, tous les problèmes, en cherchait déjà une explication au quinzième siècle. Il attribuait cette coloration au mélange de la lumière solaire blanche, réfléchie par les couches supérieures de l'air, avec le noir intense de l'insondable espace- Le grand Newton s'y attacha à son tour. Il expliqua la teinte des cieux par la réflexion de la lumière solaire sur les petites gouttes d'eau contenues dans Tatmosphère.

Certes, cette théorie était séduisante. Mais, un autre savant, Clausius, la ruina en 1847. Ce calculateur montra que si l'atmosphère était remplie de petites sphères pleines d'eau, les instruments astronomiques les grossiraient démesurément et feraient apercevoir, dans l'espace, des nuées de soleils, trente-six mille chandelles par coup de télescope I Or, cela ne se produit pas du tout.

Tyndall, en 1869, émit une conception paraissant plus juste et fondée sur ce qu'on nomme la polarisation de la lumière et l'illumination des vapeurs.

D'autres chercheurs ont songé à attribuer la <*olorisaiion à la propagation dés vibrations solaires danf> le milieu poussiéreux que <^onstitue notre atmosphère. 11 est évident, en effet, que la Terre, comme les autres corps célestes, tourne et se promène dans un nuage de poussière provenant de son effritement et de son perpétuel balayage par le vent. Peut-être , probablement même , le Soleil, notre soleil, émet-il des rayons Rœntgen, des vibrations noires, qui, en se brisant dans le tourbillon de poussière, donneraient à nos yeux, sans que Ton sache exactement pourquoi , l'impression visuelle du bleu.

C'est â peu près de cette façon, avec toutes sortes de considérations scientifiques annexes et embrouillées, que les « poussiéristes » expliquent la coloration bleue du ciel.

Mais il y a aussi les « antipoussiéristes w, qui ne veulent pas entendre parler décela. M. W. Spring, distingué professeur de rUniversité de Liège, a résumé leurs opinions à un récent Congrès do la Société helvétique des sciences naturelles.

Pour M. W. Spring, les poussières, au lieu de renforcer l'intensité du bleu, en diminuent Téclat : le ciel serait d'autant plus bleu qu'il y a moins de poussières dans la direction du rayon visuel. C'est une théorie « de propreté »

LE aEL BLEU 59

fort logique si, passant da simple au ooiiaposé, an apprécie les phénonaèoes qui se produisent grandiose ment dans Tespace, en les comparant avec ceux, inflmes et sordides, qui se produisent dans nos demeures terrestres lorsque nous y donnons, dans un esprit de nettoyage, de trop nombreux coups de balai et de plumeau.

Quoi qu'il en soit, le savant liëgois déclare que toutes les apparences d'azur que nous observons sont explicables, et même calculables mathématiquement, en partant de la considération du seul corps « oxygène liquide ».

Cette considération, que nous qualifierons avec la permission de nos lecteurs, de très distinguée, est fort attrayante.

En effet, on est parvenu récemment à liquéfier Tair, à fabriquer industriellement l'air liquide, au commandement et à volonté.

Or, lorsque cet air liquide coule, s'écoule, évolue, se transvase dans les appareils spéciaux et fort simples, d'ailleurs, où on le fabrique, il apparaît d'un superbe bleu d'azur , d'un bleu à réjouir tous les artistes et à faire rêver tous les poètes. On peut donc se demander si les grains de poussières que constituent dans l'espace la Terre et les autres planètes ne sont pas environnés, entourés d'une atmosphère gazeuse en forme sphérique, qui leur permettrait de flotter au sein d'un Océan céleste d'air liquide ou d'oxygène liquide d'un beau bleu.

Le phénomène que les physiciens nomment « caléfaction » fournit une image approchée de cette supposition. Il consiste en ceci. On jette une goutte d'eau sur une plaque de métal rougie. Au lieu de s'évaporer brusquement, elle se met en boule, elle tournoie sur la plaque, avec rapidité , séparée d'elle par une enveloppe gazeuse élastique et préservatrice. Laisse-t-on la plaque se refroidir, un contact s'établit entre le liquide proprement dit et

le métal : Tétat sphéroïdal est rompu, le globule éclate ; une sorte de « court-circuit » — c'en est peut-être bien un au point de vue électrique — s'est produit.

Dans toute goutte d'eau, il y a assurément des microbes, dès « infiniments petits ». Imaginons que ces « infiniments petits » aient un raisonnement. Pendant le temps, qui leur paraîtra long, au cours duquel ils auront peutêtre pullulé, et où le globule d'eau qui les contient aura tournoyé sur la plaque rougie, ils auront vécu au sein de leur atmosphère de vapeur distendue : ils auront perçu les rougoiements de la plaque ardente de métal, c'est leur soleil ! Et tout cela aura duré l'espace d'un instant, mais aussi cela aura duré des siècles pour les infiniments petits qui les mesurent à l'infîniment petite horloge de leur très brève existence. La caléfaction étant finie, la goutte d'eau ayant touché la plaque surchauffée, elle s'est brisée, évanouie, et les microbes se sont dispersés dans l'espace en se demandant peut-être : pourquoi notre ciel est-il bleu ? Nous sommes là pour leur répondre : mais lorsque nous nous posons la même question, infiniments petits que nous sommes, nous aussi, qui nous répondra?

Page 1