LE VOLCAN CÉLESTE
Pendant que nous nous préoccupons, à la surface de la Terre, d'une foule de petites questions secondaires, le Soleil paraît vouloir se mêler de nos affaires, d'une façon magistrale à laquelle on ne s'attendait pas.
Ainsi, le 3i octobre 1908, sans nous avoir aucunement prévenus par voie d'affiches, il a pendant plusieurs heures supprimé le service télégraphique universel. Comme l'a dit, d'une façon amusante, un de nos confrères, ce n'était plus de la « télégraphie sans fil » dont on disposait, c'était des « fils sans télégraphe ».
Le réseau dans lequel circulent constamment tant de nouvelles diverses, plus ou moins intéressantes, était parcouru par des « courants électriques telluriques » qui brouillaient et embrouillaient tout. Il a fallu acheminer les télégrammes et les messages téléphoniques par chemin de fer. Pour les messages téléphoniques, il n'y avait que demi-mal : ce service fonctionne si bien, en temps ordinaire, que, le 3i octobre, les téléphones sont parvenus en avance à destination : ce fut presqu'une indication d'en revenir à une organisation de diligences téléphoniques du système Laffite et Gaillard. Mais pour ce qui concerne des dépêches télégraphiques, il y a eu ce que les télégraphistes nomment dans leur argot pittoresque, un fort « mastic »•
Pourquoi s'en est-on pris au Soleil de cette fâcheuse plaisanterie ?
Mettre le Soleil en accusation comme cela, tout de suite, il semble que ce soit tout d'abord imprudent. Aussi les astronomes ne se sont-ils pas décidés, pour l'instant, à décerner contre ce bel astre un « mandat d'amener ». On s'est contenté de le faire prévenir par toutes les Académies que l'on allait instruire son procès. C'est ce que l'on fait.
Sachons donc que le Soleil prend, depuis quelques années, des allures de « volcan céleste » tout à fait inquiétantes. II se comporte dans l'espace comme le volcan de Fa Montagne Pelée s'est comporté à l'infortunée Martinique.
Constamment, ce sont à sa surface des éruptions volcaniques, des taches, des facules, des flamboiements : si le Soleil n'était pas vraisemblablement une boule, on pourrait penser que l'on a mis le feu aux quatre coins. Pendant l'année 1902, sur deux cent trente-six jours d'observations, on a noté soixante-quinze jours de taches à la surface solaire. Cela est intolérable. Aucune Compagnie d'assurances ne consentirait, raisonnablement, à s'occuper d'un astre dans cet état. Les annonces des agences matrimoniales ont, à la vérité, de grands succès en proposant à leur clientèle « jeune fille ayant tache ». Un « SoleiT ayant tache » pourrait également piquer la curiosité : mais un soleil ayant des taches, ayant soixante-quinze taches en moins de huit mois, cela devient écœurant : à moins que ce ne soient des taches de rousseur, et encore !
Pour rentrer dans des considérations plus sérieusement astronomiques, il convient de constater que nous étions tout à fait prévenus par les savants des surprises désagréables auxquellles nous exposaient les phénomènes solaires du vingtième siècle. Il en a été* fort question, en