COURANTS VAGABONDS
ne doit, à aucun moment, dépasser vingt-cinq centièmes de volt. De plus, le courant électrique circulant sur ces mêmes conduites ne doit, en aucun moment et en aucun point, dépasser un ampère.
C'est aux Compagnies de traction de s'assurer par des essais méthodiques et très aisés à faire, que ces conditions sont réalisées. En les observant, on peut logiquement et scientifiquement penser que Ton évitera les curieux déversements de courants dont notre progrès électrique est l'auteur responsable. Dans un passé récent, on n'avait à compter qu'avec les ruptures ou avec les détériorations des conduites d'eau et de gaz. Maintenant, il faut compter avec les fuites électriques et avec leurs insidieuses électrolyses. Ce sont de nouvelles habitudes à prendre sans rien négliger ni sans trop récriminer.
Pour la marine, les cas d'électrolyse des « courants vagabonds » sont tout à fait curieux.
On a remarqué que les coques en acier des navires fondaient littéralement dans les ports, en particulier lorsque ces navires se trouvaient amarrés par leurs chaînes au voisinage de navires doublés en cuivre.
Il semble bien, en effet, que deux navires mouillés dans ces conditions, constituent, avec l'eau de mer comme électrolyse, une énorme pile électrique.
Les installations d'éclairage électrique et de force motrice électrique, à bord des navires, en lâchant dans la mer leurs courants vagabonds, accélèrent considérablement le phénomène.
Mais, en combien de temps un navire serait-il ainsi mis hors de service, sinon fondu comme un morceau de sucre dans un verre d'eau ?
L'Amirauté russe a voulu s'en informer. Dans ce but, sur sept « destroyeurs » qu'elle fait actuellement construire, six seront éclairés et organisés mécaniquement à
réiectricité : le septième sera uniquement éclairé à l'huile et mécaniquement outillé à la vapeur. Ce sera, par comparaison, à se mettre, comme on dit, « le doigt dans Toeil », à bord du destroyeur à Thuile ; mais enfin, s'il est démontré que les destroyeurs électriques se détruisent eux-mêmes pour commencer, et que le temps ne peut pas manger les autres à Thuile, comme on mange les asperges, cela fera réfléchir, ou bien, ce qui vaudra infiniment mieux, les électriciens, convaincus d'avoir dévoré des navires, seront astreints à de nouvelles précautions.
Un ingénieur naval de Glasgow, en étudiant cet important sujet, a fait, d'ailleurs, une très curieuse remarque.
Il y a des pompes d'épuisement des cales, dans les navires, avec des tuyaux, des robinets, des clapets en cuivre et en bronze. Toute cette tuyauterie se remplit naturellement d'eau salée, très bonne conductrice de l'électricité parce qu'elle est chargée de sels alcalins. Les « courants vagabonds » du navire vont se promener là dedans, et ils électrolysent la tuyauterie et tout ce qui s'y rattache ou s'y attache. Alors, lorsque l'on pompe les eaux sales de la cale d'un navire en métal, on pompe, par le fait, et en même temps, le navire : il se ravale et se digère lui-même électriquement, en quelque sorte. En poussant les choses à l'extrême, un capitaineaimant à avoir ses cales bien étanches et auquel on demanderait, en le voyant débarquer, ce qu'il a fait de son navire,'pourrait vous répondre : « Mon navire? Je n'en ai plus ! Je l'ai pompé. » Danger nouveau à redouter, en plus des abordages, des échouemenls et des diverses variétés de naufrages.
Sans aller jusqu'à des extrémités de ce genre, nous pouvons espérer que le progrès saura concilier, avec le souci d'une prudente conservation, l'agrément des tramways électriques filant à belle vitesse, avec leur trolley à la patte, et le charme des navires largement éclairés par l'électricitéà