TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
Il en est de la télégraphie sans fil, à certains points de vue, comme il en fut des rayons Rœntgen. Ces inventions merveilleuses et prodigieusement révolutionnaires de la Science, dans l'acception la plus féconde du terme, ont apparu soudain : ce fut un applaudissement universel. Puis, après avoir été, tout d'abord, grossis par l'imagination jusqu'à d'invraisemblables limites, les résultats déjà fort imposants ont apparu dans toute leur réalité, et le perfectionnement du mode opératoire pratique a pris son allure progressive régulière, laquelle mène chaque jour à de nouveaux succès.
En ce qui concerne la télégraphie sans fil, son récent progrès a été de donner des oreilles aux bateaux sousmarins : c'est à un officier de la marine française qu'est due celte découverte bien propre à augmenter la puissance aggressive ettutélaire de l'invisible flotte. Car, désormais, au moyen d'un poste de télégraphie sans fil combiné d'une façon particulière, chaque sous-marin pourra recevoir des ordres de terre, ou bien, en escadre, recevoir des ordres de l'un des bateaux naviguant en groupe.
Ce que Ton reprochait tout d'abord aux sous-marins c'était, dès un léger enfoncement, de n'avoir plus ni yeux, ni oreilles. On leur a, en premier lieu, donné des yeux, en les munissant d'un petit tube garni de tubes réflecteurs,
qui émerge seul de l'eau, le sous-marin étant déjà immergé complètement.
Mais, comment recevoir les ordres, dans les mêmes conditions, afin de concerter les manœuvres ? C'est là que la télégraphie sans fil intervient de la façon la plus utile : elle donne, comme nous le disions tout d'abord, des oreilles aux cuirassés.
Dès le début de cette belle invention, l'imagination des inventeurs n'avait pas manqué de se donner carrière. On montra que, grâce aux subtiles ondes, on pourrait peutêtre diriger de la terre ferme un navire, et cela sans toucher effectivement à son gouvernail. Le système qui a été étudié, et même breveté sous diverses formes, consistait à former à distance par télégraphie sans fil un petit contact électrique. Cette fermeture actionnait à son tour un servomoteur puissant, lequel faisait mouvoir la barre du gouvernail, de droite et de gauche, un peu ou beaucoup. Ainsi, une puissance invisible aurait pu diriger un navire sans équipage dans d'étonnantes traversées. Cette conception spéciale de vaisseau-fantôme, laquelle a été Tobjet d'expériences en petit qui ont plus ou moins bien réussi, eut pu recevoir, et recevra, espérons-le, une heureuse solution dans un cas particulier bien intéressant au point de vue humanitaire : c'est dans l'application aux bateaux de sauvetage. Combien d'existences préservées si, du rivage, le bateau tutélaire, non monté, pouvait être mis en mouvement et dirigé exactement vers le but !
Poussant plus loin encore, on a parlé de diriger ainsi, au sein des airs, des aérostats dirigeables. Y parviendrat-on? Jusqu'à nouvel ordre, on se contenterait volontiers de la direction sans fil des navires.
Cette possibilité de transmettre les ondes électriques à distance avec certitude n'a pas manqué de faire exprimer quelques craintes en ce qui concerne, par exemple, les