LA CUISINE ÉLECTRIQUE
Dès les débuts de la vulgarisation du courant électrique, alors qu'il commença à répandre ses flots de lumière., on s'aperçut que lorsqu'il circulait mal, il chauffait très fort. On se demanda donc s'il ne serait pas possible d'utiliser pratiquement cet échauffement en le provoquant même, au moyen de « résistances » intercalées dans le circuit. Le courant se fâche alors, il s'irrite, il veut « brûler l'obstacle ».; on a donc de la chaleur disponible et très réglable.
Ce fut le début de la conception de la cuisine électrique dont on s'amusa fort, en prétendant que les aliments ainsi préparés auraient un « goût d'électricité ». Pas plus évidemment que les aliments cuits au charbon, au gaz ou à la vapeur n'ont un « goût de calories ». Encore le charbon et le gaz peuvent-ils être suspects de mettre les denrées dans une atmosphère de cuisson ayant « un goût ». Mais l'électricité, cette vibration inquiète qui cherche son équilibre, est bien au-dessus d'un pareil soupçon.
Les électriciens ont donc eu bientôt fait de combiner un matériel spécial pour la cuisine ; car, ce n'est pas tout d'être éclairé, encore faut-il avoir l'estomac garni pour savourer les agréments de l'éclairage : « Primo vivere ! », comme le dit le vieil adage.
On obtient d'excellents résultats pour l'installation de
cette cuisine novatrice au moyen des w résistances métallocéramiques » : elles sont basées sur la diminution de conductibilité des métaux obtenus par l'introduction, dans une poudre métallique quelconque , de corps spéciaux non conducteurs de l'électricité.
Pendant leur fabrication, on soumet ces résistances à une pression considérable et à une très haute température. On a ainsi des sortes de bûches inaltérables, très sohdes, d'un maniement facile, qui chauffent indéfiniment, sans brûler, sans flamber, dès lors que le courant électrique les traverse et qu'il les porte à l'incandescence.
De là, possibilité de dégager, sous un petit volume, un élément excellent et docile du chauffage industriel et domestique, dès lors que Ton dispose du courant électrique. Les grils électriques que Ton combine ainsi peuvent réellement « griller à feu vif » avec une dépense minime.
Pendant l'Exposition universelle de 1900 il y eut un restaurant dans lequel on ne fit exclusivement que de la cuisine électrique et l'on y mangea fort agréablement. Le courant électrique était, naturellement, assez onéreux à l'Exposition, puisqu'il était produit par des machines à vapeur. Cependant la consommation moyenne de courant, par consommateur et par repas, ne fut que de quatre cent cinquante watt-heures et le prix de cuisine de chaque repas revint à vingt-cinq centimes.
11 s'agissait surtout, pour les organisateurs, de montrer la possibilité de nourrir beaucoup de gens en leur faisant de la cuisine électrique et rien que de la cuisine électrique, sans allumer de charbon ni brûler du gaz : l'expérience a été tout à fait démonstrative.
Elle s'est un peu perdue dans le tumulte de la grande Exposition, mais on s'y reportera, par la suite, avec intérêt.
Car l'utilisation de la « houille blanche des glaciers »,