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MONTRES AIMANTÉES

Au début de l'industrie électrique, il y a bien peu d'années encore , quelques observateurs déclarèrent que le voisinage dos machines électriques affolait leurs montres dans leurs goussets et leur faisait marquer, comme on dit, midi à quatorze heures.

On commença par leur rire au nez, bien entendu. Mais les observations se sont multipliées ; de plus, l'étude des effluves et des ondes électriques a aggrandi son domaine. Actuellement, il n'est plus discutable que cet accident, considéré comme exceptionnel et même douteux, au début, ne soit relativement fréquent et d'autant plus fréquent que les installations électriques se multiplient sur terre, comme à bord des navires. Il y a donc, dans bien des circonstances, des précautions à prendre lorsque l'on veut conserver son chronomètre, ou même sa montre, en bon état.

On savait déjà, depuis longtemps, que les orages affollent les boussoles. Nombre de navires ont dû leur perle à un retournement du compas provenant d'une fulguration, ou, plus simplement, d'un état électrique de l'atmosphère.

Or, cet état électrique se produit évidemment dans les petits orages locaux que les machines électriques développent à leurs environs dans la mesure de leurs forcesv

Il se forme et s'épanouit autour d'elles un « champ magnétique », une atmosphère électrisée spéciale, au milieu de laquelle tourne la machine en répandant ses vibrations et ses effluves.

Lorsqu'une pièce en acier vient à passer dans ce champ magnétique, elle se transforme, dans les conditions voulues, et souvent banales, en un « aimant permanent ». Ce mélange de l'horlogerie et du magnétisme est fâcheux.

Voici comment on peut établir scientifiquement la théorie. Chacune des parties, chacun des organes en acier que contient la montre soumise à Tinfluence du champ magnétique prend une « polarité » définie, c'est-à-dire acquiert deux pôles, l'un positif et l'autre négatif, comme en possèdent les aimants. Qu'en résulte-t-il ? C'est que ces petites pièces, auxquelles l'horloger avait assigné une place déterminée, s'efforcent de se placer, chacune pour son compte, dans la direction nord-sud, ainsi que le fai l'aiguille aimantée d'une boussole.

Mais, il y a plus encore. Chacun de ces petits aimants, intempestivement formés, réagit sur le voisin, repousse le pôle de même nom et attire le pôle de nom contraire. Le magnétisme terrestre, avec ses incertains effets, agit également ; il accroît la puissance de quelques-uns des petits aimants adventifs , il en paralyse d'autres. Finalement, l'ensemble mécanique constitué par la montre aux rouages d'acier devient incohérent.

Y a-t-il un remède à ce genre d'accidents ? Ce serait mal connaître nos électriciens que de ne pas le penser tout d'abord ; en effet, la question a été étudiée avec le soin qu'elle méritait.

Tout d'abord, « le médecin des montres » doit s'assurer qu'elles sont bien réellement malades d'un accès de magnétisme.

Pour cela, ainsi que l'a indiqué M. William Lewis, pré-

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sidenl de la « Horlogical Society » de Philadelphie, on place une petite boussole exactement au-dessus de la rouebalancier, sur « le pont » qui la supporte à l'intérieur de la montre soupçonnée. Si l'aiguille de* la boussole oscille avec inquiétude, c'est que son ressort spiral est aimanté, et alors une mise en traitement s'impose.

Ce traitement se pratique au moyen des appareils nommés « démagnétiseurs », auxquels on a donné des formes variées.

Il y a notamment le démagnétiseur en hélice : il consiste en une spirale hélicoïdale de fils conducteurs dans lesquels on lance, soit un courant électrique alternatif, soit un courant continu dont on change et permute le sens au moyen d'un commutateur. La montre malade est suspendue dans Taxe de la spirale : démagnétisées, remagnétisées, les pièces d'acier finissent par reprendre leur équilibre moléculaire primitif.

On se sert parfois aussi d'un électro-aimant à l'intérieur duquel on introduit tout doucement le chronomètre placé sur un petit chariot basculant qui le présente aux effluves sur toutes ses faces, le tourne et le retourne. De l'entrecroisement des lignes de force magnétiques résulte finalement la guérison.

Enfin, n'oublions pas le moyen simple par excellence dont les praticiens des usines électriques disent le plus grand bien, ce dont il faut leur laisser la responsabilité scientifique.

Il consiste à retourner méthodiquement leur montre dans le gousset de leur gilet, de demi-heure en demiheure, pendant tout le temps du service autour des rayonnantes dynamos. On en prend, paraît-il, aisément l'habitude au point que, bien loin de toute machine électrique, les ingénieurs spéciaux ne cessent de retourner leur montre d'un geste automatique et professionnel.

Des horlogers se sont préoccupés de faire œuvre plus durable en substituant à Tacier, dans la fabrication des montres, des métaux non magnétisables, par exemple le palladium, ou bien certains alliages d'aluminium. Lorsque la montre est bonne et bien réglée, c'est une qualité supplémentaire que l'on lui confère ainsi. On a imaginé aussi des petits boucliers, ou boîtiers antimagnétiques ; mais c'est une complication.

En thèse générale, il n'est pas douteux que le fait de magnétisation des montres soit scientifiquement constaté et reconnu. Mais, d'autre part^ les moyens d'y obvier sont également très nets ; l'horlogerie et l'électricité se concilient pour peu qu'on le veuille, sans difficulté.

Pour ce qui concerne spécialement la marine, le service hydrographique s'est préoccupé de trouver les moyens de soustraire les montres, notamment celles des torpilleurs, à l'action des courants électriques de grande intensité. Un premier concours fut ouvert en octobre 1901, à la suite de l'Exposition universelle, un autre en octobre dernier ; les résultats obtenus ont été excellents et fort concluants ; les montres perfectionnées dont il s'agit ont reçu le nom de « magnétiques » ; aux choses nouvelles il faut des noms nouveaux. Le renom de haute précision que possèdent les chronomètres de marine n'est pas près de s'effacer.

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