INCENDIES SPONTANÉS DE BALLONS
La flotte aérienne des ballons, de plus en plus nombreuse, doit compter, de même que la flotte maritime des navires, avec un grand danger : Tincendie. Or, si le feu est terrible à la mer, si le marin est souvent surpris et mis en présence de difficultés particulières pour le sauvetage, Taérostier, en ce qui le concerne, est en perdition lorsque rincendie se déclare. C'est la chute et la catastrophe, à moins que la combustion de la nef aérienne ne se soit produite très près du sol.
Fort heureusement les incendies de ballons sont rares. Les ballons dirigeables ne peuvent prendre feu que par suite d*une disposition défectueuse de leur moteur, ainsi qu'on Ta vu, d'une façon si tragique, pour le dirigeable de Taéronaute brésilien Sévero.
Gififard avait éprouvé un accident analogue avec un dirigeable à vapeur : il put heureusement atterrir avant la catastrophe.
Pour le cas encore plus usuel des ballons à gaz non dirigeables, les incendies sont plus rares encore. Il n'y a aucune raison valable, en eff'et, pour que l'on fasse du feu, d'une façon quelconque, dans leur nacelle.
Cependant ces ballons se trouvent souvent pris dans des nuages orageux au sein desquels s'entrecroisent les éclairs. Quoi que Ton en puisse penser, cela n'est point dangereux
pour eux : ce flotteur aérien ne peut, en effet, servir à fermer le circuit électrique entre deux nuages chargés d'un potentiel électrique différent.
Où le danger d'incendie commence réellement pour le ballon libre, c'est lors de l'atterrissage. D'assez nombreux accidents se sont produits dans ces conditions, et, jusqu'à une époque toute récente, on se contentait de les attribuer à rimprudence d'un fumeur ayant allumé un cigare ou une cigarette, près du ballon en dégonflement.
Des observations mieux faites, d'un grand intérêt, ont démontré qu'il s'agissait bien d'incendies spontanés dus à l'étincelle électrique.
En 1893, \q Humboldt, ballon de la Société de Navigation aérienne de Berlin, faisait explosion au moment où le pilote, sorti de la nacelle, tirait la corde de la soupape pour le dégonfler.
En 1902, le Jupiter, appartenant à l'Aéro-Club Viennois, et piloté par un Français, M. Carton, faillit périr de la même façon et ne dût de subsister qu'au sang-froid de son pilote qui étouffa la gerbe de feu jaillissant hors du ballon en l'étouffant sur le sol.
Enfin, plus récemment, en 1908, le ballon Passevitz, appartenant aussi à la Société de Navigation de Berlin, fut sinistré comme les précédents, et détruit. Sa nacelle était en traînage pour atterrir : la soupape, dont la corde était humide et par conséquent bonne conductrice de l'électricité, se trouva en contact avec le sol par l'intermédiaire du corps de l'aéronaute, lequel ferma le circuit, et ce fut l'explosion.
Ces trois observations, presque identiques, du moins très similaires, ne permettent plus de douter que les incendies spontanés des ballons à l'atterrissage aient une cause électrique.
Mais quel est le « processus » de ces accidents ?