PARFUMS COMESTIBLES
ils la retirent de la coniférine, du son d'avoine, du benzène, de toutes sortes de produits naturels qui semblent n'avoir aucun rapport les uns avec les autres. Mais c'est leur grand succès, leur triomphe, car ils la préparent si bien cette vaniliine que les consommateurs ne veulent plus entendre parler de la vanille naturelle, ni des gousses de vanille poussées sous un soleil de feu.
L'essence de persil est une trouvaille, il faut en convenir. Au lieu de semer sur l'omelette, ou sur la salade, les jolies petites feuilles de persil, découpées, recoupées, surcoupées, les chimistes proposent une petite pulvérisation d'essence de persil. Boileau ne nous mettrait plus en appétit avec :
Une langue en ragoût de persil couronnée.
Assurément ! Car nous savons maintenant que l'essence de persil, « c'est Papiol », découvert par Cianician et Silber, et que c'pst un « phénol quadrivalent ».
A la vérité, l'essence de persil se prépare en distillant les graines de persil avec de l'eau et de l'alcool. Mais le jour n'est pas éloigné où, puisque la composition chimique est précisée, on la tirera directement du phénol: ce seront les usines à gaz qui la fourniront.
C'estencore des phénols et des benzènes que l'on extraira les essences d'estragon, d'anis, de thym, de serpollet. Le grand succès, « le clou » de ces travaux spéciaux sera évidemment la synthèse de l'essence de girofle.
Bornons ici notre bref coup d'œil sur les « parfums comestibles ». Le poète Ta dit encore :
Loin d'épuiser une matière.
Il n'en faut prendre que la fleur.
Donc il n'en faut prendre aussi que le i)arfum.
14 ACrtJALirès SCIENtlf^ÛÉS
Ceux de nos lecteurs qui aiment surtout les choses naturelles, — et ils sont nombreux, — ive manqueront pas de faire observer que ces empiétements 4es chimistes dans le domaine gastronomique créeront des complications.
Ce seront simplement, nous 1« croyons plutôt, de nouvelles habitudes à prendre. Déjà les grands magasins d'épicerie ont annexé aux denrées proprement dites un (c rayon de parfumerie » et vendent allègrement à leurs clients des eaux parfumées, des savons parfumés, des essences.
Par une juste et odorante compensation, les parfumeries d'un avenir prochain se mettront , sans doute, à vendre aussi de Tépicerie, et ce ne sera point banal de voir « les jolies parfumeuses » détailler du fromage de gruyère, du jambon fumé, et naturellement aussi, comme spécialité, de la galaHtine.
Souhaitons , toutefois, puisque les parfums deviennent comestibles, que le from^age de gruyère «et le jarabon fumé, piqiiés au jeu, ne deviennent pas gazeux, volatils , impaJpables, et qu'ils ne s'épandent pas totalement en odora;Btes effluves : cela gâterait notre printemps..