‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 5 sur 105 · SUCRE DE GOUDRON · texte numérisé non relu

SUCRE DE GOUDRON

Le progrès scieaiifique est comme le serpetnt emb>Iématique fdi se naord la q^eaie. Dès que Ton a aperçu les grands ai^ntages d'orne découvea1;e, cm lui découvre -aussi de grands ènconvénients.

•C'est le 'cas pour la saccharine, ou « sitcre de goudroaa », récemmertt inventée par les chimi&tes. Ce produit chimique n'^st nullement laii aliment ; mais il possède un pouvoir sufcrant trois cents fois sapérieur à celui du sucîîe de be-tterave ou de canne. H y a même des variétés -de sacchari»es, 4es « dulciiies » encore pi'ms sucrantes que cela !

Alors, vous voyez quelle tentation pour les fabricants et les commerçants de produits sucrés, de remplacer le su<M»e par la saccharine ! Ils n'ont pas manqué d*y céder au point 'que l'on a dû, actuellement, fprokiber rempkû <le la saochaa^e et »des édukorants pour to*«s les usages autres qne ceux de la pfearmacie. Mais pourra-^t-on 'maintenir cette prohibition ?

Si Ton autorise l'usage de la saccharine dans la pharmacie, eemjble-4-il, c'est que la sacc^harine n'est pas considérée comme 'un poison. Alors comment lui barrer la rcxite en dehors de l'officine et pour quelles raisons ? A£n de sauvegarder la culture tle la betterave et la. fabrication du sucre, 4ira-t-on ? Voilà malheureusemeoEt ujie

chose fatalement indifférente à Tégoïsme naturel du consommateur.

Quand le consommateur, en effet, met un morceau de sucre dans sa boisson ou dans son plat, c'est dans le but de manger quelque chose de sucré : ce n'est pas principalement pour se nourrir, encore que le sucre soit un excellent facteur de Talimentation. Lors donc que le consommateur pourra sucrer sa pitance avec autre chose que du sucre, et si ce quelque chose coûte moins cher, il n'hésitera pas un seul instant à l'employer. Il y a donc là une éventualité des plus dangereuses et des plus scabreuses. L'alizarine artificielle a triomphé de la garance, ne l'oublions pas ; la soie artificielle ou cellulose nitrée est fort dangereuse pour les vers à soie ; l'alcool d'acétylène synthétique est menaçant pour l'esprit de vin et pour l'alcool actuel de fermentation. Faut-il arrêter net, par des législations, par des prohibitions et des taxes, ces étranges et remarquables progrès ? Convient-il de se contenter de les aiguiller dans des directions nouvelles ? Ce redoutable problème est posé : bien téméraire serait celui qui voudrait envisager à l'avance les péripéties futures de la solution I

Pour en revenir à la saccharine, « au sucre de goudron », au « faux sucre », cette substance, très facile à préparer, est en somme, chimiquement, un dérivé de l'urée. Son nom chimique est « paraphénol-carbamide », ou, (que nos lecteurs nous pardonnent !) « imide de l'acide benzoïque orthosuif oné ».

On prend du toluène retiré du goudron de houille, on le traite par les sels de sodium, le trichlorure de phosphore, le chlore, le permanganate de potasse ; on décompose le produit par un acide : voilà la saccharine, en jolis petits cristaux blancs peu solubles dans l'eau froide, très solubles dans l'eau bouillante, assez solubles dans

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