UTILISATION DE LA FORCE DES MABEES
L'utilisation des forces naturelles préoccupe tous les esprits et excite à juste titre toutes les imaginations. Congrès et Commissions spéciales étudient les ressources futures de la « houille » blanche des glaciers, de la « houille bleue » des lacs, de la « houille verte » des prairies. Partout où il y a chute d'eau, naturelle ou possible à créer artificiellement, les espérances naissent et les projets se forment.
Or, il y a une énorme et merveilleuse chute d'eau dont Taménagement colossal paraît devoir se faire encore et bientôt même, dans la rapide évolution du progrès : c'est la marée.
Le problème se pose, — en attendant les grandes difficultés d'exécution — de la façon simple suivante :
On établirait des réservoirs barrés par des digues le long des côtes ou bien on barrerait des anses, des embouchures de fleuves ou de rivières. La marée, en montant, remplit ces réservoirs dont on ferme les portes à marée haute. Lorsque vient la basse mer, on laisse Ténorme chute d'eau se déverser dans des turbines hydrauliques : voilà la force motrice trouvée.
On peut même concevoir des batteries de turbines réversibles dans lesquelles on ferait travailler la marée montante comme la marée descendante.
lU ACTUALITÉS SCIENTIFIQUES
Rien n'est plus logique ni plus séduisant que ce programme. Dans la pratique il présente de grosses difficultés. Elles ont été mises en évidence par Tétude qu'en fit, dès 1890, M. Paul Decœur, Ingénieur des ponts et chaussées pour l'embouchure de la Seine.
Depuis lors, la question a été reprise à divers intervalles et l'on a parlé récemment d'expériences faites en Bretagne, ainsi que d'une utilisation de plusieurs milliers de chevaux sur les grèves du mont Saint-Michel, où montent si furieusement d'amples marées.
L'inconvénient principal des réservoirs, et auquel on n'a pas pu encore remédier, c'est l'ensablement. L'eau de mer immobilisée dans les réservoirs y fait des dépôts solides : elle les « colmate » très rapidement. Alors, plus de réservoirs, plus de chutes d'eau ! Les turbines sont immobilisées, ou bien réduites à un rendement insignifiant.
Ce colmatage par les eaux, même douces, lorsqu'on les immobilise, est précisément la difficulté contre laquelle ont lutté et luttent sans cesse nos barrages destinés à emmagasiner les eaux d'irrigation en Algérie.
Il y a d'ailleurs des difficultés d'autre nature, parmi lesquelles l'inégalité d'amplitude et l'heure changeante des marées. On n'est pas parvenu à établir encore, dans des conditions de prix acceptables, la marche constante des usines de force motrice dans ces conditions.
On a proposé cependant une solution intermédiaire qui n'est pas sans mérite. Elle consiste à affecter les turbines hydrauliques de marée à actionner des pompes, lesquelles refoulent de l'eau dans les réservoirs placés sur des £alaise8 à grande hauteur. L'eau, redescendant de ces réservoirs peut actionner d'autres turbines à grande vitesse et en service continu: cette combinaison mécanique fera peut-être, comme on dit^ son chemin, dans eertains ca3*