UTILISATION DE LA FORCÉ DES MARÉES
On peut considérer aussi que, puisque l'on se propose d'utiliser, sous forme de chute captée, le gonflement et le dégonflement delà mer, il serait probablement logique de le faire, non pas sur la côte, mais à une certaine distance de la côte, en barrant une portion de mer. A la condition de se placer dans les grands courants réguliers, la mer se chargerait elle-même du nettoyage de ses réservoirs et l'on n'aurait point à lutter contre le défaut primordial du colmatage.
Certes, il faudrait transporter à distance la force motrice ainsi captée en rade; mais cela n'est plus une objection, étant données les facilités actuelles de transport de la force motrice par l'énergie électrique. Des sortes de phares, en mer, servant de stations productives d'électricité, sont parfaitement aisées à concevoir : ce qu'il faut trouver dans ces conditions, c'est le bon récepteur hydraulique d'utilisation, le bon « marémoteur » ; on le cherche, on le trouvera, car diverses indications utiles ont été déjà formulées.
On peut penser aussi à utiliser d'une façon continue, au moyen de flotteurs, ou de moteurs à gros pistons, le mouvement de poussée vertical de la marée. Quelques expériences ont été faites et il y a lieu d'espérer qu'une bonne combinaison mécanique sera trouvée un jour ou Tautre.
Ceux qui s'occupent de cette importante question ont grand intérêt à ne pas négliger les travaux de leurs devanciers ; mais ils auraient tort aussi de se décourager en raison des précédents insuccès. Le problème d'utilisation de la force des marées varie constamment suivant le point du littoral où on l'étudié et rien ne dit que ce qui ne réussirait pas à Dunkerque ne réussira pas à Saint-Malo.
De plus, il y a un précédent technique. On a nié, pendant longtemps, la possibilité pratique d'utiliser les sortes de chutes d'eau que produisent les écluses sur les canaux et sur les rivières canalisées. Or, actuellement, un certain
nombre d'entre ces écluses ont été aménagées avec succès : elles fournissent de Téclairage électrique, suffisent à la manœuvre de leurs portes, el même remorquent électriquement des bateaux sur le canal.
Il en sera certainement de même, dans des proportions utilitaires que Ton peut à peine envisager, lorsque Ton aura trouvé les moyens de remédier aux variations des marées et aux ensablements. Ne calculons pas encore sur les millions de chevaux de force qui seront ainsi captés ; contentons-nous de passer un bon collier à l'encolure de quelques milliers d'entre eux et nous pourrons considérer cet attachant problème comme résolu pour l'avenir.