LA FORCE PARTOUT
On parle souvent et beaucoup de la captation de la puissance motrice des chutes d'eau, de cette puissance emmagasinée dans la glace des glaciers, sans cesse renouvelable, et que Téminent ingénieur Aristide Berges a caractérisée d'un terme si poétique et si parlant : la « houille blanche ».
On envisage déjà, nous l'avons dit, au moyen d'appareils appropriés et qui sont à l'étude, la captation de la force tout aussi perpétuelle, plus considérable encore, du mouvement des marées.
Certes, il y a là des réservoirs d'énergie dans lesquels l'homme émancipé par la machine du dur labeur atavique qui fit couler tant de sueur de son front, trouvera le moyen de centupler ses forces : et la perspective est belle pour ceux qui veulent, grâce à la Science, envisager un avenir meilleur.
Mais il ne faut plus se borner à de poétiques et séduisants aperçus, en pareille matière. C'est de l'œuvre de l'ingénieur qu'il s'agit : l'ingénieur doit, avant tout, donner des chiffres.
Quelles sont donc les réalités actuelles de la transmission de l'énergie, de la force, à grande distance ? Sur quoi peut-on déjà compter, calculer? Sur quelles bases précises peut-on fonder des projets?
Nous venons de trouver ces chiffres de bases, conscien-
cieusement établis, dans un important travail d'un ingénieur américain, M. Gibson. Pourquoi citer encore un travail américain, nous dira-t-on ? La raison en est simple et logique. Si la découverte de la transmission de Ténergie à grande distance est française, si elle est due à Gramme, à Hippolyte Fontaine et à Marcel Deprez, c'est après avoir été mûrir en Allemagne qu'elle s'est développée sur le terrain de grande et audacieuse initiative des Etats-Unis. Là, elle est déjà pratiquée ; les grandes canalisations qui déversent de toutes parts le furieux galop des milliers de chevaux électriques se complètent et se ramifient chaque jour. Leur développement demande plus d'attention encore,de la part de la vieille Europe, que celui des énomes « trusts », ou accaparements des produits fabriqués, dont s'inquiète, ajuste titre, le Commerce universel.
Voyons donc, en feuilletant le travail de M, Gibson, quelles sont, en matière de transmission de Ténergie électrique, les réelles possibilités actuelles. La voie, ainsi que nous Tavons dit, avait été ouverte en France dans des célèbres expériences entre Creil et Paris. Mais, on ne connaissait alors que les courants électriques continus dont la tension relativement faible encore et l'outillage restreint ne permettaient que des distributions à quelques kilomètres.
Vinrent les courants alternatifs à périodes triphasées, aux dangereuses tensions, mais qui se rient de la distance. H y a dix ans, des expériences, mémorables aussi, faites à Francfort-Lauffen, permirent, au moyen de courants triphasés, de transmettre une force de 3oo chevaux, sous 3o.ooo volts, à <( iGo kilomètres » de distance. Une installation réalisée, d'après les mêmes principes, à Pomona, en Californie, montra que l'on pouvait compter sur les résultats acquis.
Alors, ce fut un engouement aux Etats-Unis. On admit