LA FORGE PARTOUT
qu*il n'élait pas plqs dangereux de transmettre, en 1900^ des courants de So.ooo volts, qu'il n'était dangereux de transmettre des courants de 3.ooo volts en 1890.
Le résultat effectif est que depuis cette époque, dans les projets, on peut, sans risque d'erreur, « multiplier par dix » l'étendue de la ligne de transmission de 1890, et « multiplier par cent » la zone de distribution économique de 1 énergie.
Sous une tension de 5o. 000 volts,* on peut transmettre 5o.ooo chevaux avec une perte insignifiante par kilomètre, et moyennant une dépense de conducteur en cuivre de 10.000 francs environ par kilomètre. On peut très bien faire le projet d'une transmission électrique, dans ces conditions, à 240 kilomètres.
Au delà, pour le moment, l'air cesse d'être suffisamment isolant et la ligne a « des fuites » ; mais peut-on douter que nos électriciens ne trouvent quelque moyen de remédier à ces fuites ? Ils ont surmonté déjà de bien autres difficultés.
Voici, d'ailleurs, quelques exemples d'application. La ligne de Seattle à Tacona, aux Etats-Unis, fonctionne sur une longueur de 25o kilomètres. La Compagnie d'énergie du Missouri a établi une ligne de 112 kilomètres. La Compagnie Union-Traction, d'Indiaiia, alimente un réseau de tramways de 246 kilomètres. La Compagnie Rapid Railway du lac Michigan dessert 126 kilomètres. Nous f)ourrions faire d'autres citations d'égale ou moindre importance. Notons bien que tout en mettant en œuvre de puissants courants triphasés à très hautes tensions, on n'utilise, par le fait, que des courants continus à tension très modérée et inoffensive. Cela se fait au moyen d'ingénieux appareils nommés « transformateurs et commutatrices ». A volonté, le courant alternatif se transforme en courant continu, ou inversement, choses qui ont plongé dans un profond étonnement
les électriciens de la première heure ; mais tout arrive, tout se produit, à point nommé, dans notre prodigieux progrès.
Le matériel d'utilisation de ces grandes puissances est un matériel de géants. Aux chutes du Niagara, sur la rive canadienne, on vient d'installer trois machines électriques génératrices, à courant triphasé, de lo.ooo chevaux chacune. Ce n'est qu'un début : il y aura vingt machines semblables dans l'installation tout à fait complète. Les turbines hydrauliques qui font tourner ces machines sont, par unité, de la force de 5.ooo chevaux. Or, comme un cheval mécanique équivaut à environ 3 chevaux en chair et en os, c'est une cavalerie de i5.ooo chevaux que déchaîne le mécanicien dans chaque turbine, en ouvrant un simple robinet. Chacune des génératrices électriques pèse 180.000 kilogrammes et fournit un travail utile de 98 p. 100. Le courant qu'elles produisent est à la tension de 18.000 volts.
On aura une idée de l'éclairage électrique que pourraient fournir, par exemple, ces vingt génératrices de 10.000 chevaux chacune, en considérant que toute la puissance électrique de l'Exposition universelle de 1900 ne comportait au maximum que de 20.000 chevaux. Mais il va sans dire que les 220.000 chevaux des chutes du Niagara ne sont pas seulement destinés à l'éclairage; ils auront pour mission d'actionner toutes sortes de machines établies dans de nombreuses et importantes usines aux alentours.
Un détail intéressant. Au lieu de cuivre, pour ses conducteurs, la Compagnie des chutes du Niagara fait, paraîtil, usage avec succès de conducteurs en aluminium. Voilà pour le « métal de l'avenir » un bel avenir ouvert.
On peut conclure avec le savant technicien dont nous venons de résumer bien brièvement les constatations, que