‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 49 sur 105 · LES CERFS-VOLANTS · texte numérisé non relu

LES CERFS-VOLANTS

On eut fort étonné les savants, les mieux disposés pour le progrès, en leur disant, il y a quelques années à peine, que Ton pourrait, en 1902, publier un gros livre, disons mieux, un Traité scientifique de science purement appliquée, traitant des cerfs-volants. Cependant, tout arrive, en vérité : un ingénieur distingué et spécialiste en cette matière, M. Lecornu, nous Ta bien prouvé en consacrant aux cerfs- volants un livre qui est documentaire et documenté d'un bout à lautre.

Certes, M. Lecornu est remonté jusqu'à Torigine du cerfvolant, et il n'a pas dédaigné de nous montrer la longue carrière que le curieux.appareil a parcourue entre les mains des enfants, tout simplement pour les amuser. Mais à notre époque éprise des excursions dans l'atmosphère, alors que les partisans du « plus léger que lair », ou ballon, et ceux du « plus lourd que l'air » ou aéroplane, étudient et expérimentent toutes les combinaisons imaginables, on ne pouvait considérer comme négligeable cette machine aérienne qui plane si bien et qui, lorsqu'elle prend bien son envolée, peut emporter avec elle des poids relativement considérables.

On a donc étudié, perfectionné, et utilisé le cerf-volant. Il n'est pas téméraire de penser qu'il sera peut-être l'aéroplane captif de l'avenir, et qu'il jouera par rapport à Faéro-

plane libre le rôle que joue le ballon captif par rapport au ballon libre.

Voyons en effet toutes les utilisations réelles que l'on a tirées déjà du cerf-volant.

Sans nécessiter remploi d'un gaz toujours coûteux et que l'on ne se procura p^i» ^iségaeni partout, il s'enlève sous une légère impulsion, laquelle constitue l'art du « cerfvolantiste », et cela par ses propres moyens. Il atteint de grandes hauteurs, puis il y plane majestueusement avec son fil à la patte. On peut donc lui confier des appareils photographiques ; il l'apportera des cU<îhés recherchés pouri« topographie, le cadastre, le lever des pi^ns. Le^ météorol^istes s'en servent pour fake /les sondages de l'atmosphère et «ussi pour oiÂenir économiquement, ««-r des points sensiblement exacts, des docttfnents relatif^ à la répartition de k température, 4e i'humidité et xie la directiott du vent da«s les couches aériennes supeq>osées. Ces soodages, multipliés, soigneusement inscrits avec la patience professionnelle des météorologistes, contribueront, sa*^ doute, dans l'avenir, k aborder le problème tApi cherché, atsi important, de la prévision du temp«.

Enfin, à la suite de quelques n-^^f rages récents et dont le lugubre souvenir n'est po^nt encore effacé, on a songé au cerf-vplant porte-amarre ; il semble que ce soit une excellente idée. Les navires ne choisissent pas, en effet, le lieu de leur naufrage ; il est souvent, généralement, d';accè6 difficile, loin des communications. Dans ces conditions, on ne peut songer, pendant les quelques he^ires poignantes du sauvetage, à apporte^ sur place un matériel aéronautique, ni surtout le matériel nécessaire au gonflement. Jl est ai«é de supposer, par contre, que l'on pourrait presque toujours disposer, dans des stations maritimes proches des

ieux reconnus dangereux, le léger matériel qui coastitue le cerf-volant sous «a forme technique actuelle. Encore

LES CERFS-VOLÏ^NTS Î86

faudra-t-il des gens exercés au lanternent : maïs c'est un jeu que de s'y exercer, et ce serait une distraction entre les naufrages. Et puis, supposons qu'une manoeuvre de -cerfvolant porte-amarre ait manqué son effet ; nul accident ne pourra en résulter, on en sera quitte pour ramener à terre le petit appareil et pour le lancer de nouveau avec plus de succès, sans aucune dépense nouvelle. Il y a là un point de voe de sauvetage très intéressant.

Déjà plusieurs inventeurs ont combiné des cerfs-voiânts de sauretage qui fonctionnent bien : ce ^ont, en France, M. C. Jobeîi, et aux États-Unis, MM. T. Woglon, David Thayer et le professeur Libby.

M. Lecomu a eonsâcré, d ailleurs, tout un intéressant chapitre a«ix applications les plus originales 4u cerf-volant. 11 y a le cerf- volait signal, qui peul <k>nner dai^ les airs des signaux lumineux colorés ; ie oerf-volanl chasseur, doai k« Chinois se servent conwaae ral^at^teur pour poursuivre le gibier, en l'effrayant par des sons de flûte incohérents ; 1« cerf-volaat conti'ebandier, dont on s'est servi, f>araît-il, pour faire entrer de l'alcool dans Paris, en passant par dessus les fortifications, sans payer de droits d'octroi ; le cerf-volant remorqueur, qui a traîné des radeaux ; le cerf-volant grimpeur^ que le professeur libby utilisa, lors d'une exploration au Nouveau-Mexique, près d'Albuquerque, pour établir des va-et-vient entre la plaine et le sommet de rochers inaccessibles.

A. New-York, lors des élections sensationnelles, on pratique le cerf-volant politique. Il ne manquait plus que cela! Fort heureusement nous ne connaissons pas encore ce genre de réclame électorale. Le cerf- volant politique, innové pour la première fois en 1900, est destiné à faire flotter dans l'atmosphère des noms de candidats énormes (nous parlons des noms et pas des candidats), des affiches suggestives, des bannières ou sont inscrites les devises des

divers partis en concurrence ; pendant le jour on les lit à Vœil nu, lorsque Ton a de bons yeux ; pendant la nuit, on fait des projections lumineuses sur ces bannières, et 1 on imprime, en quelque sorte, indication du succès désiré sur les nuages. Sic itur ad astra. Dans les nuages d'ailleurs, ou bien au ras du soi, pour la grande déconfiture des candidats malheureux, autant en emporte le vent !

Ces essais amusants ou sérieux ont servi néanmoins a montrer que le cerf-volant était un aéréoplane susceptible d'un utile effort d'enlèvement. On a pu étudier, et Ton continue à étudier, les conditions de stabilité de ses surfaces, l'orientation de sa voilure, sa résistance au vent. Et alors, que faudra-t-il en somme pour passer du cerf-volant à l'aéroplane ? Tout simplement, lorsque l'on sera bien sûr des conditions du problème, couper la corde qui le retient captif et remplacer la traction que cette corde exerce par une force mécanique équivalente qui maintiendra l'orientation de la voilure et le fera avancer en louvoyant, comme un navire qui tire des bordées lorsqu'il marche vent-debout.

Déjà, les travaux du savant Otto Lilienthal, qui périt victime de la science, au cours de ses expériences, ont montré et démontré la possibilité de s'élever dans l'atmosphère à l'aide de plans de sustentation convenablement orientés, sans le secours d'aucun moteur ni d'aucun appui à terre. La malicieuse flèche en papier des écoliers pour, peu qu'on la leste d'une épingle à sa pointe, exécute toutes sortes de circonvolutions en l'air, avant de retomber, lorsqu'elle a été lancée d'une main sûre. Ce petit jouet est bien, par sa forme et par son allure, l'indication du type futur et prochain du « plus lourd que l'air », de l'aéroplane.

Quelle belle destinée, nous dira-t-on, vous prédisez ainsi à la flèche en papier des cancres de collège 1 Pourquoi

Page 1