SUCRE DE GOUDRON
Talcool. Il n'y a pas de difficultés spéciales de fabrication.
En France, nous l'avons dit, l'emploi de la saccharine est interdit hors de la pharmacie. En Allemagne, la fabrication de ce produit atteignait, en 1900, quatre mille neuf cent trente-huit quintaux métriques, correspondant àl'emploi de deux cent soixante-dix mille tonnes de sucre de betterave.
Ou a passé, en Allemagne, toute cette saccharine ?
En général, dans la bière, dans la célèbre bière allemande, d'après ce que nous" apprend M. Grandeau, et surtout dans la bière vendue sous le nom de « bière des nourrices » ; mais, par ailleurs, toutes les bières allemandes renommées, y compris les « bières de santé » (gesundheits-bières), contiennent de la saccharine. Cet emploi généralisé du sucre de goudron semble avoir pour but final de substituer au produit du malt et du houblon, cher à Gambrinus, un liquide fabriqué avec des éléments chimiques que l'ancienne Brasserie ignorait complètement. Avis aux amateurs !
On trouve aussi la saccharine allemande dans les sirops, les limonades, les boissons gazeuses, et les bonbons. C'est un beau début de « saccharinade ».
Nous l'avons dit, une question primordiale se pose. La saccharine est-elle vénéneuse, ou du moins, médicamenteuse d'une façon intense pour l'homme? Des expériences ont été faites et elles sont plutôt concluantes pour l'innocuité. En Russie seulement on la classe parmi les substances vénéneuses, mais c'est une affaire de classement fiscal.
Le docteur Jackih, dans un ouvrage intitulé « lei^ Poisons », dit que l'usage prolongé du sucre de goudron, ou saccharine, supprime l'appétit et provoque la diarrhée.
En 1898, le docteur allemand Bornstein a opéré sur lui-même. Pendant huit jours, sans rien changer à son régime ordinaire ni à ses occupations, il a absorbé quotidiennement vingt-cinq centigrammes de saccharine. Le
résultai a été, dès le second jour, diminution d'appétit, troubles digestifs, diarrhées, et constipations alternatives. Mais il faut reconnaître que le docteur ajoutait ainsi à son régime quotidien l'équivalent de soixante-quinze grammes de sucre par jour et cela sous une forme médicamenteuse. Delà peut-être les troubles de la santé.
D'après Kornauth, les chiens, les chats, les porcs, les canards, peuvent absorber de la saccharine en grande quantité et ne s'en portent pas plus mal. Le lapin, au contraire, est fort malade : cet animal timide et nourrissant, comme le veut la vieille formule , ne semble pas éliminer aisément le sucre de goudron.
D'ailleurs les expériences d'une drogue faite sur les animaux ne sont jamais entièrement concluantes pour l'homme: on abuse souvent de ce genre de démonstration. Tout ce que l'on peut en déduire pour la saccharine, c'est qu'elle n'est pas un poison proprement dit, mais évidemment un médicament. Combien d'autres médicaments figurent d'une façon analogue dans l'alimentation des gens civilisés ! Il n'y a, en thèse générale, qu'une question de mode et de proportions.
La conclusion de tout cela n'est point aisée à tirer. On se ralliera volontiers à celle de M. Grandeau qui propose, pour le moment, d'édicter et d'appliquer des mesures en vue de mettre fin à la substitution de la saccharine au sucre et de s'opposer à la fabrication, ou à l'introduction en France de confitures, de conserves de fruits, de sirops, et de bières, adultérées par les produits extraits du goudron de houille, en un mot de traiter l'emploi de la saccha" rine comme une falsification. Ou bien encore de mettre la saccharine sur le même pied que le sucre en diminuant les droits sur le sucre et en frappant la saccharine d'impôts égalisateurs : en tous cas, il y a quelque chose à fairCj et quelque chose de très important en cette matière»