L INDUSTRIE AGRICOLE
Il y a quelques années seulement — mettons un quart de siècle — ces deux mots accolés, « industrie agricole », semblaient un non-sens. L'industrie, c'était Tusine, la force motrice, la mécanique, la machine ; Tagriculture, c'était la main-d'œuvre élémentaire, en quelque sorte livrée à elle-même, lente, obstinée.
Actuellement l'agriculture est et devient, de plus en plus, une industrie, et surtout une industrie qui groupe une réunion d'intéressés plus considérable qu'aucune autre.
Le progrès a été difficile en raison même des masses profondes dans lesquelles il avait à pénétrer ; mais la graine a été semée en terrain fertile — et quel terrain pourrait l'être plus I — et grâce à l'impulsion donnée par la Science et par une instruction professionnelle de plus en plus répandue, l'agriculture poursuit u»ie marche sans cesse ascendante vers le mieux. Elle se dégage des incertitudes, elle prend ses précautions contre les vicissitudes : ses méthodes culturales ne sont plus des secrets ; ses instruments de travail sont de sûres et robustes machines. C'est donc la victoire méthodique remportée sur les difficultés de la nature ; elle appartiendra toujours, et de plus en plus, à celui qui, disposant du meilleur laboratoire, c'està-dire du meilleur terrain, saura l'utiliser, non pas seule-
ment arec le jJns d'endurance, mais encore avec le plus d'intelligence.
La concurrence entre les nombreux fabricants de machines agricoles a été précieuse pour arriver à cet heureux résultat. Non seulement elle a motivé les perfectionnements voulus dans la construction proprement dite des machines, mais encore elle a fait baisser énormément, dans les trente dernières années, les prix de ces appareils, en les rendant tout à fait accessibles aux cultivateurs.
Ajoutons à cela l'heureuse influence qu'exercent, un peu partout, les jeunes gens sortant de nos Ecoles d'agriculture. Ils diffusent, bien plus peut-être qu'on ne saurait le penser, l'instruction professionnelle qu'ils ont reçue ; ils contribuent à l'amélioration du sol, à la prospérité agricole ; ils vulgarisent d'une façon effective l'usage des machines dont ils ont appris l'organisme et le fonctionnement.
Finalement, aux époques diverses où se font les travaux agricoles, on voit, de toutes parts, actuellement, les laborieuses machines abattre une énorme besogne. La poésie y a-t-elle perdu ? Nous ne le pensons même pas. Si le doux Virgile revenait parmi nous, n'en doutons pas, il célébrerait en d'excellents vers la machine agricole. Sans aller, bien entendu, jusqu'à la discutable prétention d'écrire ce chapitre — surtout en vers latins — jetons un coup d'œil sur lui.
Charrues, faucheuses, batteuses, arracheuses, faneuses, se sont introduites dans la culture et elles y deviennent d'un emploi de plus en plus général. L'Europe les emprunte ardemment à l'Amérique, sans avoir besoin de les copier*
Le perfectionnement de la charrue, son tracé géométrique, logique, ne date guère que de i85o : un demi-siècle à peu près seulement I Le versoir, cette symbolique hélice d'où sort le pain quotidien, a été étudié à fond et mathé"
LINDUSTRÏË AGRICOLE Î6Ô
matiquement. La charrue « à âge tournant » a été un progrès dont on peut à peine apprécier Timportance. Maintenant, voici le labourage à vapeur, le labourage électrique, la charrue automobile même ! Bientôt on ne luttera plus d'efforts, en aucun pays agricole, mais de perfection mécanique et de bonne organisation.
Les moissonneuses et les faucheuses nous sont venues, surtout, de la construction américaine et anglaise. En Amérique, on admet que chaque machine fait couramment la besogne de sept hommes, en n'absorbant comme attelage, conducteur, et amortissement, que la valeur correspondante au salaire de quatre hommes. Trois hommes seront donc supprimés, dira-t-on ? Non 1 Quatre seront mieux payés, se fatiguant moins, faisant une besogne plus digne d'eux et plus relevée.
Les machines à battre sont merveilleuses, non seulement elles égrènent, mais elles nettoient le grain. Fixes ou locomobiles, elles travaillent actuellement dans des conditions telles que bientôt les agriculteurs ne pourront plus s'en passer. C*en est fait du « fléau » qui faisait une si dure et si désastreuse besogne.
Pour mettre en action tout cela il fallait de bons moteurs agricoles, des locomobiles simples, énergiques, et faciles à diriger : elles existent. Bien différentes, assurément, des premières locomobiles, relativement ancestrales, qui se montrèrent pour la première fois en 1862, celles à vapeur sont devenues tout à fait simples et pratiques : mais on leur préfère déjà celles à moteur à pétrole, qui n'ont besoin ni de charbon, ni de chauffeur, et qui ne mettent pas le feu aux récoltes avec les escarbilles. Le moteur à pétrole est un moteur agricole de premier ordre.
Il faudrait maintenant parler des moulins, dans le grand coup d'œil que nous jetons sur l'industrie agricole. Mais cela nous entraînerait trop loin. Qui veut la fin veut les
moyens, dit le proverbe : la fin, c'est la bonne farine extraite du sol de la patrie ; les moyens, ce sont les remarquables machines agricoles dans l'élaboration desquelles ont excellé les constructeurs.
La période de 1878 à 1890 a été, pour Fart de moudre les grains, une période de transformation sans pareille : le blutage et le sassage ont, en même temps, fait des progrès que nul ne devait ignorer, pas plus que les combinaisons si intelligentes des collecteurs de poussières, des appareils de manutention pour les blés et les farines, ainsi que les procédés de conservation.
Certes, les industries, d'une façon générale, ont amélioré leurs procédés avec une intensité étonnante dans les cinquante dernières années. On a vu les usines disparaître ou se transformer, la force motrice se multiplier, se répandre, s'éparpiller dans les ateliers avec une ingéniosité brillante. Il semblait qu'il y eût quelque chose qui demeurait inéluctablement lié aux errements du passé, et c'était le dur travail de la terre ; or, pendant le même temps, dans le calme imposant des plaines que, pendant si longtemps, la sueur de l'homme féconda, l'industrie agricole se créait, se développait, et restait, comme elle l'a toujours été sous un autre nom, la première des industries I