LES PETITES INDUSTRIES DU SOL X
En voici une autre, tout à fait pratique : Tindustrie de l'osier.
M. Paul Martin Ta décrite dans le Bulletin de la « Société forestière des Amis des Arbres », Société que dirige avec autant de désintéressement que de talent M. E, Cacheux, ancien élève de TEcole centrale des arts et manufactures.
Le « saule-osier », le saule des vanniers, pousse admirablement dans notre pays. Il est emblématique ; le vieux poète Ta dit :
Le Français semble au saule verdissant, Plus on le coupe et plus il est naissant.
C'est « Tarbre de la vannerie » que le saule, et il ne faut pas demander pourquoi il y eut jadis des « rues Vannerie » dans beaucoup de nos villes, par exemple à Dijon dans la Côte-d^Or.
Son emploi est si avantageux que, depuis quelques années, son prix a doublé. L'agriculture française ne suffît pas à en fournir ; l'Allemagne et l'Italie se sont faites productrices aussi du « salix viminalis », type du saule des vanniers, ainsi que du « salix fragilis », pour la grosse vannerie, lequel est exporté en Angleterre et en Amérique, où les besoins dépassent de beaucoup la production.
C^est fort bien que d'exporter de la matière première, " mais il est plus avantageux encore d'exporter des objets fabriqués. Pour cela, il faut travailler vite et bien, donc avoir un peu de force motriqe.
Or donc, n'avons-nous pas la force motrice de nos cours d'eau, la « houille verte » de M. Henri Bresson, de M. Lagrange de Langre, de M. Lévy-Salvator, qui en sont les [)romoteurs? Tressons donc de l'osier !
Au point de vue agricole, la culture de l'osier ne demande ni beaucoup d'argent, i beaucoup de soinSi La dépense
de mise en culture d'un hectare d'osier, d'après M. Paul Martin, est de i5o francs de frais annuels d'entretien et de 5oo francs de mise en culture. Dès la troisième année, l'osier donne, en excellent terrain, un produit net par hectare de 3oo à 4oo francs ; en terrain médiocre, 600 à 700 francs, en pauvre terrain, de 4oo à 5oo francs. Une oseraie bien entretenue peut durer de vingt-cinq à trente ans.
Au point de vue industriel, il suffirait, en y introduisant la force motrice, de régulariser, d'accélérer, de rénover les procédés purement manuels de fabrication. Là encore, la question des emballages soignés, amenant le produit en bon état à destination, trouverait d'excellentes formules, sans préjudice à la fabrication des paniers, des mannes, des chaises, des fauteuils, des canapés, des corbeilles. Les départements de la Marne, du Loiret, de l'Aisne, pourraient augmenter beaucoup leur production et leur fabrication, pratiquer encore mieux « la damasserie », cette vannerie fine en ondes et en quadrillés, dans laquelle excelle Landouzy-la- Ville, dans l'Aisne. Bien d'autres départements pourraient entrer fructueusement dans cette voie, n'en doutons pas.
Ce sont là de petites industries du sol tout indiquées pour utiliser la « houille verte », pour employer la rotation des petites turbines remplaçant les vieilles roues hydrauliques, hors de service et abandonnées.
Il y a d'autres utilisations, bien d'autres utilisations, n'en doutons pas ; cherchons-les, nous les trouverons.