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LA GUERRE AUX ARBRES

Au dernier Congrès tenu à Montauban par TAssociation française pour Tavancement des sciences, M. J. Demorlaine, Inspecteur adjoint des eaux et forêts, fit une communication des plus intéressantes dont le titre était : « La pénétrabilité des arbres forestiers. Le sous-titre ajoutait : Par les projectiles des armes à feu », et ce n'était pas inutile. Car, lorsqu'on parle d'impénétrables forêts on songe tout de suite aux forêts vierges des Amériques. Mais nos forêts, même ataviques, se laissent assez aisément et fort agréablement pénétrer.

Il s'agissait donc; dans l'esprit de l'éminent forestier, d'une pénétration violente à coups de fusil.

Mais alors, objectera-t-on, cela ne peut se produire qu'en temps de guerre ; dans les périodes de paix, les sombres forêts sont assurées de leur tranquillité : nul feu de tirailleurs ne peut risquer de blesser les hamadryades.

Erreur profonde I répond M. Demorlaine. On est obligé de s'exercer en temps de paix au maniement et au fonctionnement des redoutables armes à feu, à longue portée, dont sont munies les armées actuelles. On fait donc des champs de tir dans les forêts de l'État, et l'on met une cible à l'extrémité : feu I

C'est'ici que les pauvres arbres commencent à se trou-

ver, comme le dit le mot historique, en mauvaise posture : le service des eaux et forêts a fait, sur ce sujet, de très curieuses observations.

Les arbres, dont le mutisme est connu (ils se contentent de murmurer doucement entre leurs feuilles), ne demandent pas, et pour cause, à être placés en tel ou tel emplacement sur le champ de tir : ils ne peuvent pas le demander. Sans quoi ils demanderaient à ne pas être mis, autant que possible, à gauche du champ de tir. Il y a, en effet, un arbre touché à droite pour deux touchés à gauche, et la raison en est simple. Le tireur, dont Tarme est généralement appuyée contre son épaule droite, a toujours une tendance à dévier vers la gauche. Comme les bons tireurs sont plutôt rares dans toutes les armées du monde, c*est une pluie de projectiles vers la gauche dans ce qu'on nomme « la zone dangereuse ». Des arbres sont percés de part en part, d'autres écorchés :

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés, ainsi que le dit le fabuliste.

Or, il résulte des observations faites que les tares des blessures causées par les balles ne guérissent jamais ; elles s'accentuent, au contraire, avec le temps.

Les forestiers trouvent cela tout à fait fâcheux, et on le comprend aisément. Il y a, en effet, une dépréciation commerciale importante qui atteint la moitié de la valeur de Tarbre propre à Tindustrie à Tâge d'exploitabilité ordinaire, et qui peut devenir totale lorsque l'arbre attaqué, demeurant sur place, est constamment criblé de projectiles et finit par devenir du bois de chauffage.

On sait à quel point le déboisement actuel constitue un véritable fléau contre lequel on ne saurait assez protester. Certes, les dommages causés par les exercices de tir, d'ailleurs indispensables à la défense nationale, ne sont qu'un cas particulier et restreint de ce déboisement féroce

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