MARRONS DINDE
Voici bientôt l'époque de Tannée où tombera sur le sol la plantureuse et inutile récolte des marrons d'Inde. Cette récolte va tous les ans en augmentant, d'une part en raison de la croissance de ces arbres, d'autre part, en raison de ce fait que l'on en plante constamment de nou veaux : ils constituent une énorme forêt plus ou moins éparpillée.
Pourquoi donc, alors que l'industrie s'efforce de tout utiliser, ne tire-t-on pas parti des marrons d'Inde ? Nous avons fait une recherche à ce sujet et le cas est, en vérité, curieux.
Le marron d'Inde a le tort de ne pas être comestible pour les humains par suite de son àcreté bien connue : les vaches et les porcs acceptent bien d'en manger un peu, mais c'est sans appétit et simplement en mélange avec d'autres aliments.
Ce qui serait intéressant, ce serait, reprenant des travaux déjà anciens de Baume, Parmentier, et Jacquelain, d'en extraire et d'en utiliser la fécule dont ces fruits contiennent une proportion de 28 p. loo.
On y a déjà songé. Il y a quarante-cinq ans, un industriel nommé M. de Callias installa une intéressante féculerie de marrons d'Inde à Nanterre, près de Paris. Avec une force motrice de douze chevaux il y traitait environ
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210.000 kilogrammes de marrons d'Inde, lesquels lui fournissaient un rendement de Si.ooo kilogrammes de fécule de bonne qualité, préférable même, d'après Payen, à la quantité d'empois que l'on en peut obtenir.
Pourquoi la tentative de M. de Callias, laquelle lui valut toutes sortes d'éloges et de récompenses, ne s'est- elle pas généralisée ? On peut penser qu'à l'époque où il la fit la récolte des marrons d'Inde était beaucoup moins importante qu'aujourd'hui. De plus, une grande partie de cette récolte se trouvait dans les parcs impériaux et dans les domaines de l'État, qui ne voulaient pas en tirer parti. Actuellement, il semble que l'État tirerait très volontiers un parti financier de cette ressource. Les Compagnies de chemins de fer aussi faciliteraient sans doute le transport par wagons complets des marrons d'Inde chargés sur les points du territoire où il y en a en abondance.
Il conviendrait donc, avec le concours des agents des eaux et forêts, de dresser tout d'abord une carte géographique sommaire de la répartition du marron d'Inde en France. De cette carte on déduirait exactement l'emplacement sur lequel devraient s'élever les féculeries spéciales : on aurait soin de les placer autant que possible sur les points où Ton aurait la force motrice hydraulique disponible, houille blanche, ou bien, houille verte de M. Henri Bresson. Vraisemblablement des industries rémunératrices pourraient être ainsi créées.
Au point de vue agricole, le marron d'Inde se présente très bien comme matière première, puisqu'il ne demande aucun frais de culture, de moisson, ou d'arrachage. Il n'y a qu'à le ramasser et à le conserver sur un sol sablonneux par tas d'une épaisseur de 5o à 60 centimètres.
Le» industriels qui entreprendraient cette fabrication n auraient aucun frais de brevets à payer : les brevets qui la concernent sont depuis longtemps tombés dans le
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domaine public. D*autre part, les machines de féculerie et des décortiqueuses nécessaires pour Tépluchage de marron d'Inde sont bien autrement perfectionnées qu'elles n'étaient il y a quarante-cinq ans.
Le grand débouché de la fécule de marrons d'Inde serait évidemment l'empesage des tissus. Mais il n'est pas certain que Ton ne pourrait pas la faire entrer dans la consommation en la dépouillant de son âcreté. L'usine de Callias était parvenue, paraît-il, à faire disparaître cette amertume et un rapport de M. Chevet à la Société d'horticulture, en juin 1859, déclare que « le tapioca de fécule de marrons d'Inde n'est en rien inférieur à celui de la farine de manioc ». On pourrait vérifier très aisément ce fait dans la section spéciale parfaitement outillée qui vient d'être créée au laboratoire d'essais du Conservatoire des Arts et Métiers à Paris : cette section étudie l'utilisation des produits coloniaux ; or, le marron d'Inde, bien que parfaitement acclimaté et naturalisé, a conservé toutes ses allures de matière première exotique.
Voilà ce que nous pouvons déduire de notre pettle enquête sur le marron d'Inde.
Il convient d'y ajouter une utiHsation annexe : c'est celle du bois de marronnier d'Inde. On s'en sert fort peu et Ton a grand tort. C'est un bois remarquablement fin, aussi joli que l'érable et doat on peut tirer parti pour faire des panneaux de boiserie, des bibliothèques, des meubles, du plus charmant effet.
Ce bois offre une granàe résistance aux insectes et aux intempéries. Fourcroy affirme qu'une caisse de marronnier laissée en terre pendant plusieurs années n'avait éprouvé aucune altération : mais le bois avait acquis une belle teinte rouge.
Ce n'est pas sortir de notre sujet que de parler de l'arbre après avoir parlé du fruit. Car les féculeries de marrons
friiiiie possédant la force motrice pourraient très aisément préparer dti bois de marronnier pour la menuiserie et y trouver des bénéfices accessoires.
On nous dft constamment : « Lorsque vous aurez capté les centaines de mille chevaux hydrauliques sur votre territoire, quen ferez-vous? » Nous avons promis de rechercher des iniJuslries qui puissent les utiliser et d'indiquer CCS industries : la féculerie de marrons d'Inde en est une, et nous l'indiijuons