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PRUNES ET PRUNEAUX

La Californie avait dans le passé tout le prestige de son histoire aux reflets d'or, et tous les reflets des légendes. Elle y a ajouté, au cours de ces dernières années, un chapitre d'une envolée plus modeste, mais auquel il convient de porter attention, en raison de l'exemple qu'il donne : c'est le chapitre des pruneaux.

Vous voulez plaisanter, dira-t-on ? La chose est-elle, en vérité, importante ? Les nouveaux pruneaux sont-ils préparés pour la lutte commerciale ?

En effet ? l'acclimatation et la culture du prunier dans la région nord-ouest du Pacifique constitue une industrie relativement récente, mais pleine d'avenir, et menaçant les pruneaux européens d'une rude concurrence.

Or, pendant longtemps, l'Europe, grâce à la France, posséda la suprématie et le monopole de fait en ce qui concerne les pruneaux. Tours avait le privilège exclusif de la vente dans le Nord. C'était un luxe d'en manger de certaine qualité, à Paris notamment. Le poète faisait dire à Madame Denis, dans la célèbre romance de Monsieur et Madame Denis^ dont le refrain tombe en son de cloche SouveneZ'Vous-en I Souvenez-vous-en !

Et ces bons pruneaux de Tours Que je crois manger toujours I

Toujours est-il que pour conserver notre suprématie en matière de prunes et pruneaux, qu'ils soient de Tours, d'Agen, ou de Brignoles, il nous faudra lutter avec les progressistes américains de Californie. Ils ont découvert des mines de pruneaux sous la forme des énormes vergers de Portland , dans TOrégon, de Vancouver, dans le Washington, et de Vallevalle Vallay. Sur ces divers points, les conditions du sol, basaltique, granitique, ou argileux gras, sont essentiellement favorables à la culture du prunier. Quelques parties contiennent des cendres volcaniques qui font merveille, et il y a là, peut-être, une indication à retenir pour le relèvement de notre colonie de la Martinique, si durement éprouvée par l'éruption du volcan de la Montagne Pelée. Avec du bon terrain et de l'irrigation, on fait cracher des pruneaux aux arbres comme les canons crachent de la mitraille.

Les Californiens classent leurs prunes en trois variétés commerciales : l'italienne; qui est le premier choix ; la petite, qui correspond à notre prune d'Agen, et l'argentée, ou « coe golden drop », qui est une spécialité.

Les arbres sont plantés en vergers à l'âge d'un an, distants de sept mètres les uns des autres d'axe en axe. La première année de la plantation, on laisse à l'arbre trois ou quatre branches ; la deuxième année, chacune de ces branches en produit aussi trois ou quatre. La troisième année, on taille les arbres « en buisson », suivant la méthode française intensive du professeur Gressent. La quatrième année, les arbres sont à fruit, et la plantureuse récolte commence.

Une très grande partie des prunes ainsi produites est conservée, comme on peut l'imaginer — car il n'y aurait pas assez de consommateurs sur place — grâce à la dessiccation. On laisse les fruits mûrir le plus possible, afin d'augmenter leur teneur en sucre ; mais dès que quelques*

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