‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 7 sur 105 · PATE DE BOIS · texte numérisé non relu

PATE DE BOIS

Lorsqu'un des innombrables auteurs actuels a produit un ouvrage, un livre, « son livre », l'éditeur qui a bien voulu se charger de l'éditer doit en remettre deux exemplaires à la Bibliothèque Nationale. L'un servira pour être feuilleté, et par conséquent plus ou moins détérioré par les chercheurs qui viennent s'instruire, ou se documenter, dans les vastes archives de la littérature, de la philosophie, et de la Science ; l'autre sera conservé pour les générations futures.

Tel est le fonctionnement théorique et qui paraît irréprochable au premier examen.

Dans la pratique exacte, les deux exemplaires ne sont guère moins exposés l'un que l'autre aux diverses variétés d'outrages, et si les livres pouvaient parler ils nous diraient avec le poète :

Nascentes morimur finisque ab origine pendet!

Car les feuillets de l'un comme de l'autre sont faits de pâte de bois plus ou moins mitigée. Pendant que les doigts mouillés, ou brutaux, du lecteur, détruisent celui qui est livré à la lecture banale, la sécheresse et les produits chimiques provenant de la fabrication se chargent de détruire le second exemplaire sur les rayons, ou bien, dans

les réserves où il attend, à ce que Ton pense, les appréciations de la postérité.

Un législateur, frappé de cet inconvénient, a proposé dernièrement que les deux exemplaires remis k la Bibliothèque Nationale fussent tirés sur du papier spécial, présentant des garanties de durée. Ce serait, en effet, ce semble, le seul moyen de transmettre aux générations futures quelques rares chefs-d'œuvre et beaucoup de documents.

Depuis trente ans, Tindustrie du papier est devenue formidable. Le chiffon de lin, de chanvre, et de coton, qui, pendant plus de quatre siècles, avait suffi pour fournir la matière première, n'est devenu qu'un appoint.

Livres et journaux, dans le Monde entier, absorbent, bon an, mal an, plus de quinze cent millions de kilogrammes de papier : les produits usés de la célèbre maison des Cent mille chemises ne sont qu'une goutte d'eau dans cet Océan.

Les statisticiens nous indiquent, d'ailleurs, avec leur belle assurance, que chaque Anglais consomme par an six kilogrammes et demi de papier, chaque Américain cinq kilogrammes et sept cents grammes, chaque Allemand quatre kilogrammes et quatre cents grammes et chaque Français quatre kilogrammes deux cents grammes. Les autres pays ne sont pas absolument privés de papier, comme on peut le penser, de telle sorte que le total est formidable.

Dès i85o, le chifïon a commencé à faire défaut. On a, dès lors, utilisé, ou essayé d'utiliser la paille, le jute, le phormium tenax, Talfa.

En i855, on a résolument mis en œuvre le bois, défibré chimiquement, et transformé en pâte de bois, en cellulose, en lignose, d'après les procédés de Berzélius, de Liebig, de Kapp, et de toute une série d'éminents et enragés chimistes. C'était la condamnation des forêts.

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