PRUNES ET PRUNEAUX
uns commencent à se détacher, on fait la cueillette et place aux évaporateurs !
Les évaporateurs sont des étuves à plateaux dans lesquelles on introduit les fruits placée sur des sortes de claies ; on les chauffe avec des combustibles à bon marché vers la température maxima de soixante-cinq degrés centigrades ; une température plus considérable ne vaudrait rien pour la conservation des fruits.
En vingt-quatre heures au maximum, la dessiccation est complète. Les pruneaux retirés de Tévaporateur sur leurs plateaux sont délicatement placés dans des corbeilles, où, pendant trois semaines, afin de se remettre d'une « alarme si chaude », ils résorbent l'eau qu'ils renferment encore, ils s'assouplissent, et, de durs, pâteux, et coriaces qu'ils étaient, ils prennent l'agréable consistance homogène que doit posséder un pruneau digne de ce nom, et qui se respecte.
Alors vient l'exode, l'exode dont la concurrence est évidemment redoutable pour un avenir prochain. Dans ce but, les fruits sont sortis des corbeilles, triés comme des projectiles, puis emballés dans des caisses, ou dans des sacs de coton. Des exportateurs d'une incroyable activité procèdent au triage et à l'expédition ; et par toutes sortes de voies ferrées et de steamers transatlantiques la récolte s'envole et s'éparpille au loin.
Sans vouloir répondre pruneau par pruneau aux Américains, il est certain que les agriculteurs français pourraient se mettre en garde et lutter avec succès contre l'importation menaçante. Ce n'est point une chose difficile que de cultiver des pruniers, ni une difficulté technique de construire des évaporateurs de fruits ; un peu d'initiative suffirait.
Rappelons, en terminant, que les pruneaux ont droit nwx honneurs de l'ancienneté et de la légende. Leurs pro-^
priétés laxatives ne manquent pas de gaîté. On prétend que les pruneaux d*Arménie, restés célèbres dans Fhistoire comme purgatifs, devaient leurs propriétés à une sorte de curieux tour do main. Leurs cultivateurs perçaient le Lronc des pruniers en deux ou trois endroits, puis ils y injectaient de la scamonnée ou une résine drastique. Ils couvraient ensuite ces ouvertures d une terre grasse ou argileuse et la cicatrisation de Tarbre se produisait. Mais quels fulgurants pruneaux, lors de la récolte ! Prenons pour ce qu'elle vaut cette vieille légende écrite sur de vieux papiers... d'Arménie !
Contentons-nous surtout de considérer avec les égards qui lui sont dus cet exemple qui nous vient, une fois de plus, el de loin, de ce que peuvent produire dans les régions fertiles les industries du sol étudiées à propos et convenablement outillées ; ce qui a fait, ce qui fait actuellement la fortune de plusieurs importantes provinces des États-Unis, doit bien plus logiquement et plus naturellement encore conserver la fortune des nôtres. Ne vendons pas notre droit d'aînesse pour une caisse de pru ncaux.