‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 64 sur 105 · MODERNES HESPÉRIDES · texte numérisé non relu

MODERNES HESPÉRIDES

Un peu partout, sur tous les territoires du globe où Ton sait travailler, on observe Taugmentation des récoltes sur le sol nourricier. Laissons de côté, pour le moment, ce qu'il en peut résulter de conséquences au point de vue économique général ; constatons tout d'abord qu'il y a là un grand succès scientifique, non pas une victoire brutale de l'homme sur la nature, mais le résultat de patients efforts méthodiquement accumulés. C'est là un véritable succès , une conquête qui se renouvelle sans cesse , une énorme u leçon de choses » remarquable à étudier dans ses laborieuses péripéties.

Pendant des siècles et des siècles, la culture du sol consista à arracher péniblement à la terre, au hasard de l'instinct, à la merci des traditions, de maigres produits.

La grande évolution qui consiste dans l'étude de la composition du sol, dans son aménagement raisonné, dans la pratique physique et chimique des engrais et des amendements, est à peine centenaire. On a peine à le croire : cela est cependant un fait acquis.

En i8o3, le jardinier Forsyth fut considéré comme un original et un snob. Or, c'était un précurseur. Il préconisait, non s'en qu'on se moquât de lui, l'amendement par l'apport de plâtre dans les terres fortes ; il conseillait de pratiquer des tranchées pour assainir les terres humi-

des, renlèvement des terres à remplacement des anciennes plantations et leur remplacement par des terres de gazon additionnées de fumier et de terreau.

Tout cela est devenu de nos jours Tenfance de Tari.

Maintenant, il faut constamment parler de l'emploi raisonné que Ton fait de nombreuses variantes d'engrais organiques et d'engrais chimiques. On a la récolte, non pas que Ton mérite, mais celle que Ton a voulue et préparée.

Travaillez prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins !

dit « le laboureur à ses enfants » dans la célèbre et philosophique fable du bon poète La Fontaine.

Le conseil est resté excellent , mais cependant insuffisant dans la redoutable concurrence actuelle. Les sols les mieux préparés peuvent manquer plus ou moins de Tun des quatre éléments reconnus scientifiquement essentiels : la potasse, Tazote, l'acide phosphorique, et la chaux. 11 faut les leur procurer ; il faut nourrir la terre pour qu'elle nous nourrisse ensuite avec abondance. L'analyse du sol est là pour fournir ses précieuses indications, il reste ensuite à déterminer la forme sous laquelle cette nourriture spéciale du sol, c'est-à-dire l'engrais reconnu nécessaire, sera apporté et mis en élaboration ; c'est alors la nature du sol qui servira de guide à ses nourriciers. Il faut lui ajouter ce qui lui manque et lui rendre ce qu'on lui a enlevé, c'est-à-dire compléter et réparer. Telle est la grande formule agricole fondamentale et actuelle à laquelle nul ne peut se soustraire s'il ne veut s'exposer aux incertitudes et retourner aux pratiques incertaines et souvent décevantes des temps anciens.

Les superphosphates sont excellents en terrain cal-

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Caire ; Jes scories de forges sont préférables eu terrain siliceux. Le fumier de ferme, le bon vieux fumier de ferme, est et reste Fengrais par excellence ; mais, souvent il est trop riche en azole et insuffisamment riche en acide phosphorique. Alors, les engrais chimiques du commerce interviennent pour donner finalemjent le « pabulum » complet.

Les matières organiques^ employées sous forme d'engrais , fournissent le précieux « humus » et agissent comme amendements ; la chaux et la marne jouent le double rôle d'engrais et d'amendement, car elles aident à la transformation des matières azotées dans le sol, en même temps qu'elles empêchent l'argile de se délayer dans les eaux de pluies. Le plâtre, que préconisait intelligemment Forsyth, solubilise la potasse contenue dans l'argile, si bien qu'en ajoutant du plâtre dans un terrain argileux, il semble que l'on y ait mis de la potasse ; c'est de la bonne prestidigitation scientifique.

Pour les arbres fruitiers, les résultats de ces méthodes précises sont absolument remarquables. On peut dire que l'on « fabrique » méthodiquement des fruits lorsque l'on est au courant des derniers progrès.

Nos ancêtres faisaient cela un peu au hasard, en se passant de génération en génération des formules qu'ils croyaient être des secrets. Ils plantaient :

Insère, Daphnipiros, carpeni tua poma nepotes.

M. Truffant a montré, par de savantes et claires études, qu'il ne suffit pas de planter pour récolter. On peut exacment calculer, actuellement, la quantité d'azote, de potasse, d'acide phosphorique, et de chaux, nécessaire pour la formation de un kilogramme de Tensemble de la production annuelle d'un végétal ; ensuite on détermine avec

précision le rendement annuel en feuilles, bois, et fruits. Le sol est, dans ces conditions, d'une fécondité régulière et incessante, puisqu'on lui rend loyalement tout ce qu'on lui emprunte ; il est juste de dire qu'il paye à ceux qui procèdent ainsi de beaux intérêts.

Ainsi, vous avez des cerisiers, des pêchers, des abricotiers, il faut leur fournir de l'engrais azoté, deTazote.

C'est de la chaux que réclament surtout les pruniers, les pommiers et les poiriers. L'abricotier est, dans cette série, le plus riche en potasse. Le poirier est grand consommateur d'acide phosphorique. Et l'on ne saurait contester que, pour le consommateur de fruits, il y ait finalement, dans cette façon de les « fabriquer », des indications philosophiques qui ne sont pas négligeables. On récolte, au point de vue de l'hygiène et de la richesse finale, ce que l'on a scientifiquement semé.

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